Tu veux que je te raconte, Petite ?
Par Intellexuelle • vendredi 27 juin 2008 à 12:53 • Catégorie: Nouveau, PsyritualitéJ’ai appris ce que tu voulais faire, Petite, en lisant cet article chez La Fêlée. Tu es l’une de ces 18 adolescentes ayant scellé un pacte de maternité avec tes copines du lycée. Quelle étrange idée ! Décider d’accoucher ensemble, dans le même laps de temps, et élever vos bébés ensemble… c’est bizarre, inusité, voire choquant et intrigant. Mais cela s’est déjà vu, dans certaines communes au temps des fleurs. Aucune de vous n’a plus de 16 ans. Aucune ? Voilà qui me déboussole.
Comme dans bien des cas, tu ne peux pas savoir, Petite, avant de l’avoir essayé, n’est-ce pas ? Tu te crois plus maligne que ces autres, sans doute, qui ont tenté de te prévenir, de te raconter, de te faire repenser ta décision. Et évidemment, toi, l’expérience vicariale, tu n’en as rien à faire. Tant que tu n’as pas touché le rond brûlant, tu ne croiras pas que tes doigts vont cramer…
Tu veux que je te racontes, Petite, comment elle sera, maintenant, ta nouvelle vie ? Elle sera précocement truffée de combats magistraux. Faite de puits disséminés ça et là où tu devras aller chercher ces forces qui parfois te manqueront. Elle sera, il est vrai, remplie de l’autre et de tous ses sourires, mais également remplie de tout ce qui est, sauf toi. Ces moments où tu ne réfléchissais qu’à une façon d’arrimer ton bonheur à la vie, ils seront désormais bruyants ; pesants ; trop houleux pour que tu puisses y réfléchir calmement. Et puis tu ne seras plus cette insouciante qui désire et espère rapidement être adulte en pleine maîtrise des évènements qui se bousculent devant les portes de ta vie. Parce que tu seras un “vous”. Toujours. Sans arrêt. Aucun répit dans la maternité, ma chouette. Aucun.
Petite, tu veux que je te dises ?
Tu as volontairement pris une drôle de décision. Et j’ignore si tu en as mesurées toutes les conséquences auparavant. Tu savais, dis, que la vie, c’est justement une vie, et que tu viens de choisir de t’y engager à plein, tous les jours, tous les mois, tous les ans, jusqu’à… jusqu’à ton dernier souffle ? Sans répit. Sans folie. Sans en décrocher une seule seconde. Parce qu’à partir d’aujourd’hui, tu deviens responsable du bonheur d’une autre personne que toi. Et qu’on vit en Amérique, Petite. Que tu voudras pour lui ce qui se fait de mieux. De bon. De juste. De solide. D’opulent et de grandiose. Mais tu peineras à joindre ce bout de vie que tu laisses derrière à cet autre bout de vie que tu mettras au monde.
Petite, je ne te parle pas de ces moments où tu mettras bien loin au fond de ton âme les termes “regrets” et les “si”. Il est fort possible d’ailleurs que tu ne veuilles jamais les utiliser. Ce sera peut-être à ton honneur. Mais je te parle de ces moments où tu dois devenir toi. Où tu dois apprendre à te savoir et à te connaitre avant d’en enseigner les rudiments à ton petit.
Ces moments-là, tu vois, ils ne seront disponibles pour toi qu’à retardement. En place et lieu de ce que tu veux être et des possibilités qui s’offrent à toi pour devenir, tu as choisis d’avoir. Comment conjuguer être avant avoir ? Je te le dis, Petite, c’est loin de l’ordinaire sémantique.
Pour le moment, tu dois bien te demander ce qu’il y a de si terrible à vouloir donner la vie. Rien, Petite. Rien de si terrible. Ce n’est que la partie facile, tu vois. Donner la vie, quand on a tous les morceaux pour le faire, est facile. Même l’accouchement te sembleras un jeu d’enfant quand tu pourras comparer avec ce qui vient.
Tu sais ce qui s’en vient, Petite ?
Ce qui vient, au-delà du jugement sans empathie des gens qui te croiseront, ce qui vient est d’un domaine que tu n’imagines même pas. Tu ne peux l’imaginer, d’ailleurs. Puisqu’il faut le vivre pour en prendre la pleine mesure. On ne peut occulter toute une vie les responsabilités de mettre au monde un tout petit. Non plus que tu ne sauras occulter les failles, quand elles se présenteront. Cette responsabilité-là ne peut être imaginée. Et ces amies qui seront toujours là pour toi ? Tu crois qu’elles n’en auront pas plein les bras à morceler leurs propres avenirs, à tenter de croire aux fées et aux lutins, elles aussi ?
Tu crois, Petite, que tu t’en sortiras ? Je te le souhaite sincèrement. Tu crois que toi, tu n’es pas comme ces autres qui penseront à l’abandon, à la déchéance, à la solitude et à l’espoir qui ne se pointe jamais longtemps ? Je te souhaite alors que cela n’arrive jamais. Tu crois qu’à la différence de ces autres filles-mères tu sauras prendre les bonnes décisions, élever ce petit avec ton âme et ton coeur, laisser ses intérêts passer avant les tiens, donner ce que tu as de meilleur - alors que tu doute encore de ce meilleur à donner ? Soit. Je te le souhaite.
Pour t’encourager un peu, Petite…
Il est vrai que certaines de ces histoires se terminent bien, Petite. Quoique, je dois te l’avouer, elles ne se terminent jamais. Ni avec le temps, ni avec l’âge, non plus qu’avec la maturité de ces petits qu’on porte à la vie. Tu le sauras bien assez tôt ; le travail que tu as volontairement décidé d’accomplir devra se faire en parallèle de tous les autres, en tout temps, jusqu’à ton dernier souffle. C’est une bénédiction et une damnation à la fois.
Petite, je tiens à te dire que je ne te parle pas sans savoir. Bien sur, tu te demandes qui je suis pour oser t’adresser ces mots sur ce ton, pour oser prétendre savoir et connaitre, pour avancer autant de généralités sur ton état, sur ta décision, sur l’avenir qui viendra. Laisse-moi t’avouer, Petite, que je sais.
Je sais autant que Barbara, Dannielle et Guylaine, mes compagnes d’infortune de la “promotion 1990″. Du moins celles qui avaient plus de “positif” dans la colonne droite que de “négatif” dans la colonne gauche. Je sais parce que nous avons toutes accouché pratiquement en même temps. Nous avions toutes à peine 16 ans.
À la différence de votre bande d’amies, nous, nous avons été complices de bedaine parce qu’un malin clown avait mis des coups d’aiguilles dans le bac à condoms gratuits, sur le comptoir de l’infirmerie de l’école. Ou oublié de l’enfiler, ce soir là. Nous n’avons pas choisi volontairement de fabriquer ces bébés. Mais nous avons volontairement choisi de les mettre au monde. Tu vois, Petite, je sais.
Je te souhaite le meilleur, Petite…
Quoiqu’il en soit, Petite, je termine en te disant que ces contes de fées que tu crois inventer, ils existent depuis la nuit des temps. Parfois, les princesses deviennent reines et s’en sortent bien avec de nombreux coups du sort et à force d’acharnement. Parfois, même, elles retournent à l’école, apprennent à réfléchir et conviennent qu’il aurait mieux valu s’y mettre avant, à la réflexion. Parfois, aussi, elles réussissent et arrivent à faire mentir les statistiques décourageantes. Ou prennent des mesures inimaginables. D’autres fois, elles en crèvent. D’autres fois, elles n’ont à offrir que ce qu’elles vivaient en rêve : un ersatz d’amour.
Je te souhaite ma version du conte, Petite. Elle est pleine de lumière à travers les brouillards. Elle est pleine de réussites à travers certains échecs. Mais surtout, je te souhaite d’avoir autant d’appuis, d’amis et de soutien familial que moi j’en ai eu. C’est à cela que nous saurons si tu étais dans le champ avec ton désir d’enfanter : à la lumière qui brillera - ou pas - dans les yeux de ce petit que tu mettras au monde pour ton propre bonheur. En espérant qu’il puisse avoir cette chance heureuse de survivre à tes idées saugrenues et de connaître la vie dont tous les gamins devraient rêver : être désiré, aimé, choyé, et arriver en bout de course avec tous les outils humains nécessaires pour éviter les écueils et savourer le vent, une fois adulte à son tour. C’est possible. Difficile, ardu, mais possible.
Cela te coûtera une adolescence, quelques expériences folles, beaucoup de sagesse et de décisions à crever le coeur, très peu de folie, énormément de travail, de l’abnégation, des dons de soi que tu arrives surement mal à imaginer en ce moment, et cet amour de tous les instants qui te prendra aux tripes dès que tu le verras poser les yeux sur ton sein. Cela te coutera inévitablement un nouveau surnom, également. Tu peux réussir, Ma grande. Tout est possible. C’est le prix de cette réussite qui m’effraie, pour toi.
Bonne chance, Ma grande. Bonne chance.








Ils ont des lycées et des communes aux States?
Très belle “lettre ouverte”.
ze brem
«À la différence de votre bande d’amies, nous, nous avons été complices de bedaine parce qu’un malin clown avait mis des coups d’aiguilles dans le bac à condoms gratuits, sur le comptoir de l’infirmerie de l’école.»
Ce que je ne peux pas comprendre, c’est qu’il y a des attardés mentaux qui ont dû se croire bien drôle au moment de commettre ce geste…
C`est tout de meme mieux qu`un pacte de suicide!!!! meme si l`idée n`est pas tres bonne……
Si je peux me permettre de partager un peu…
J’avais 21 ans quand j’ai décidé de plein gré de construire mon enfant. J’avais soif d’avoir une vie en dedans de moi. J’avais cette envie de prendre des responsabilités pour ce petit être qui allait avoir au moins la moitié de toute ma génétique. Oui je voulais vraiment concevoir.
J’avais 22 ans quand je l’ai prise dans mes bras pour la première fois après un 20 heures de travail intensif….Enfin, j’avais ma poupée…oh! oui! ma poupée!
J’avais à peine 23 ans quand j’ai su que mon enfant était atteint d’une grave maladie dégénérative…23 ans..C’est jeune pour assumer une telle nouvelle. Beaucoup plus de responsabilités…Une vie qui s’écroule..un rêve qui fond…Une poupée qui n’est plus qu’une poupée de porcelaine.
J’ai 34 ans aujourd’hui. Je ne regrette rien du fait d’avoir eu mes enfants si tôt…cependant….
Avoir su….
Mais c’est vrai que ça arrive toujours aux autres…et surement pas à une ado de 15 ans..qui cherche le moyens de vieillir plus rapidement de plein gré!!!!!
Encore un de vos billets si empreints de cette sagesse à la fois ouverte et maternelle qui vous caractérise.
Savez, à 19 ans, âge auquel je suis devenue enceinte de mon premier enfant à ma dernière session de cégep, la volonté de PROUVER aux autres que j’y arriverais était si grande que j’étais prête à tout pour démontrer que j’avais raison.
Avec du recul, je réalise combien furent parfois lourdes les abnégations. Humblement, je sais que ma volonté d’alors fut hors du commun (je sais que vous possédez la même) et je souhaite que la plupart de ces demoiselles sauront puiser en elles et autour d’elles suffisamment de ressources pour y arriver fièrement en arrivant à se préserver aussi.
Tu as tellement raison ma chère… C’est moi Danielle qui est passé par la à 15 ans pratiquement en même temps que toi, et aujourd’hui à 34 ans cela me suis toujours j’ai toujours autant de responsabilité envers ce petit être qui a maintenant 19 ans et oui il a toujours autant besoin de moi, de mes conseils, de mon amours, de mon réconfort….. il est tout pour moi comme je suis tout pour lui, mais la montagne m’a paru plus abrupte plus cahoteuse à 15 ans tellement longue j’en suis presque qu’à moitié il me manquait tellement d’équipements pour la gravir….. il m’a fallu des milles et des milles pour en trouver en chemin.
Continue …. tes textes sont superbe
bisous
Danielle
Le coup des aiguilles dans les condoms, quand je l’ai lu la semaine dernière, j’ai été choquée. C’était comme une légende urbaine qui prenait vie.
Ce serait bien qu’une de ces jeunes filles tombe sur ces mots remplis de compassion et d’espoir pour elle, en même temps que de vérité.
La lettre est superbe…
Mais que vous dire peut-être que je suis un oiseau rare …. J´ai trente ans et ma plus vieille a presque 15 ans mes deuxième oui des jumeaux ont 13 et ma toute dernière 5 ans. Je travaille ,je suis étudiante universitaire et mère de famille. Ils est vrai que ce n´est pas facil tout les jours je ne me paie pas des vêtements de marque ni des voyages dans sud à toutes les années, mais mon sud à moi ce sont mes enfants mon mon mec qui depuis nos 15 ans nous somme ensemble responsable etc etc
Bref chacun doit etre tout simplement responsable et savoir ce qu´il veut dans la vie
@Marc: J’espère qu’un de ces attardés, héhé, a eu une blonde qui s’est servi de ces condoms-là… nan. J’espère pas ça pour de vrai !
@tite-souille: Effectivement… c’est moins drastique, disons !
@Mado: Mais c’est là tout le bonheur des enfants malades : ils ont des parents aussi géniaux que vous ! Tu étais en pleine forme, dans la force de la post-adolescence !
@Grande-Dame: Je me suis souvent chanté “So they say…” avec un petit rire en coin. J’ignore si j’aurais eu autant de fer dans ma volonté, s’ils ne m’avaient pas provoqué, ces oiseaux de malheur qui ne croyaient en rien !
@Danielle: Je suis contente que tu sois passé lire ce billet, Danielle! Ça ajoute de la véracité aux faits !
@La Fêlée: Ce serait bien… si ce ne sont pas celles-là, peut-être alors que d’autres tomberont sur ce billet avant de faire le grand saut volontaire ! Je l’espère, du moins !
@Nie: Depuis 15 ans avec le même amoureux qu’à l’adolescence ? Oui, vous êtes des oiseaux rares ! Qui plus est si vous avez désirez ces enfants à un si jeune âge ! Je vous lève mon chapeau ! Bravo d’y être si bien arrivés… et d’être resté unis, ensemble.
LA maternite… A n’importe quel age c’est pas facile…. Alors a 16 ans…
J’avais 17 ans quand ma petite a pris vie dans mon bedon. J’étais fière d’affronter tous les jugements, les préjugés et les nombreuses embuches de la vie pour mettre cette petite au monde. Je l’ai fait avec amour et courage et je réalise aujourd’hui , avec une certaine tristesse, que j’ai été si forte que certains ont cru que c’étais facile…Je suis la plus fière des maman et je ne regrettrai jamais , mais faut savoir que c’est loin d’être toujours facile pour une petite fille de devenir une femme d’un coup…