Quand Wilfrid, John et Élisabeth prennent l’air…
Par Intellexuelle • samedi 26 avril 2008 à 15:27 • Catégorie: Cabotinage, NouveauLe soleil rend heureux. Les compliments, aussi. Être en amour rend heureux. Célébrer une fête aussi. Souligner une naissance rend heureux. Trouver un trésor aussi.
Toute petite, je me souviens, trouver un dollar par terre était une immense joie. Passé les douanes maternelles, une fois toutes les réponses émises ; “Oui, je l’ai vraiment trouvé”, “Non, il n’est à personne, il n’appartient qu’à moi puisque je l’ai trouvé”, “Oui, j’ai demandé autour de moi si quelqu’un l’avait perdu…” ; passé ces douanes, l’argent trouvé m’appartenait, et j’étais riche instantanément, sans avoir à garder toute la soirée, sans avoir à passer les journaux. Juste un coup de hasard. Ma loterie, quoi.
J’ai toujours gardé en tête ce petit bonheur instant, cette toute petite joie momentanée, ce sourire involontaire que créait ma richesse subite.
Et puis un jour, je suis devenue grande. Je mène une vie superbe, comblée par les éclaircies du quotidien qui me permettent d’espérer toujours l’éclat du soleil. J’ai trimé dur, j’ai déjà compté les cennes, je connais la valeur de l’argent, d’autant plus que la valeur de l’absence d’argent. Heureusement, je suis riche de tous mes bonheurs. Alors de temps en temps, pas souvent, mais de temps en temps, je fais prendre l’air à Wilfrid, John et Élisabeth.
C’est souvent Wilfrid qui sort en premier. Il embarque tout le temps dans ma sacoche quand je rentre du dépanneur ; il fait pratiquement toujours partie du petit change qui se perd au fond de ma besace. Il est très souvent disponible, Wilfrid. Alors au resto du centre commercial, quand je vois la mine déconfite de cette petite à qui maman ne peut acheter que la soupe, pas le dessert, je sors Wilfrid et je lui fais prendre l’air. Je vais m’asseoir près de la petite 5 secondes, j’abandonne Wilfrid juste avant de partir et je décampe sans un mot. Wilfrid reste là, la petite le voit, et bingo. Le dessert. D’autres fois, je le dépose près de la portière d’une voiture déglinguée.

C’est parfois John qui prend l’air. John est souvent réservé aux grandes personnes. John, je le laisse dans un autobus bondé, sur un coin de trottoir achalandé, dans une allée pour produits de bébés à la pharmacie. John aime bien être coincé sous une roue de mini fourgonnette pleine de sièges d’auto pour enfant.

Moins souvent aérée, Élisabeth. Elle, je lui dis adieu sur un banc de parc universitaire, dans une page d’un volume à la bibliothèque, juste à côté d’un centre jeunesse, dans une cour d’école, quelques minutes avant la cloche, quand les mamans vont chercher leurs petits. Élisabeth apprécie également être déposée dans la boite aux lettres d’une monoparentale, quand le mois s’étire.

Peu importe lequel d’entre eux prend l’air, chaque fois qu’il trouve preneur, et que j’ai la chance d’assister, de loin, à sa capture ; chaque fois, un sourire nait dans le visage de la personne chanceuse. J’ignore tout de ces gens que je ne connais pas pour la plupart. J’ignore tout de leurs besoins, de leurs envies, du bienfait ou pas de cet argent tombé du ciel. Je l’ignore et ça me convient.
Il s’en trouvera pour dire, évidemment, que je devrais investir mes bidous dans d’autres activités, à mon profit ou au leur. Que je devrais donner à de bonnes causes…
Faire prendre l’air de temps en temps à Wilfrid, John et Élisabeth, c’est “ma” bonne cause, vous voyez ? C’est ma façon de faire sourire les inconnus. Évidemment que le cancer, la recherche, les marches pour ceci et pour cela ont une part de mon pactole. Mais pour rien au monde je ne troquerais ce plaisir que je me fais de penser que peut-être, une fois, sinon plusieurs, peut-être est-ce que la personne qui trouvera l’un ou l’autre des billets en avait réellement, tellement, vraiment besoin.
Des fois, je me demande à qui je fais le plus plaisir : moi ou l’autre ? Ça ne prend pas tout le temps une “cause” pour redistribuer, quand on peut le faire. Juste à me dire qu’entre un sourire qui nait sur un visage inconnu et un magazine ou un DVD que je fais le choix de ne pas acheter, je choisis le sourire…






Je comprends ce que tu veux dire. C’est une autre façon de faire plaisir, et ce, sans donner l’impression à la personne qui reçoit qu’on lui fait la charité. J’essaie aussi de faire “prendre de l’air” à Wilfrid et John, une fois de temps en temps, mais vu ma situation d’étudiante, c’est surtout les ours qui prennent l’air.
Tu me fais penser… Un guichet ATD m’a déjà donné un 20 $ de trop, probablement qu’ils étaient collés. Je l’ai remis à la caissière de l’établissement, sans hésiter. Une fois que je fus sortie, la caissière l’a mis dans ses poches et, à voir son sourire, c’est sûr que la compagnie ATD ne le récupèrerait pas.
Tant pis, j’ai eu la conscience tranquille!
ah que j’aimerais donc avoir la chance de trouver un de ces amis laissés “par hasard” par une personne aussi généreuse et sensible comme toi! Chapeau, s’il y avait plus de gens comme toi, qui sont gentils sans raison sauf faire plaisir, le monde se porterait mieux.
Une de mes étudiantes a trouvé l’an dernier un Robert à côté de son abribus. Oui, oui, un Robert ! Pas le dictionnaire, le billet. Ça n’a pas fait sa journée, mais son mois tout entier !
J’ai posté trop vite !!!
J’abandonne les romans lus comme ça, mais de faire prendre l’air aux billets, quelle excellente idée.
J’adopte ton idée.
P.S. : C’est toi qui as déposé le Robert dans l’abribus de Cindy ?
JOSIE : Sans raison, je ne sais pas… Au fond, comme je l’écrivais, j’ignore si ça ME fait plus plaisir qu’à eux ! J’adore voir les gens trouver des “trésors” comme ça ! Parfois, je laisse des poèmes trainer sur une table. D’autres fois, un livre que je viens de terminer. J’imagine qu’ils sont autant de sourires pour qui en a besoin !
MISSMATH : Comme je le mentionnais à Jessica, charité bien ordonnée… Monsieur Borden, quand il visite ma besace (mais c’est tout de même rare, le guichet automatique ne crache que des Reines !) n’y survit pas très longtemps ! Ça m’arrive également, comme toi, de laisser mes bouquins terminés. Souvent, je mets une note en première page, du genre “terminé aujourd’hui - j’ai bien apprécié. Je libère ce livre à votre attention, cher(e) inconnu(e) : je vous souhaite bonne lecture !”. Parce que j’ai remarqué qu’il arrive souvent que les gens qui tombent sur un livre abandonné n’osent pas repartir avec ! Ainsi, je m’assure qu’ils sachent que le bouquin est pour eux !
À le faire, j’aurais toujours le sentiment que c’est quelqu’un qui en aurait pas besoin qui le prendrait… Mais bon, j’suis fait comme ça. Très louable ce que tu fais.
Vraiment généreux de ta part et une magnifique idée !
Sinon, je me rappelle cet été où nous avions loué un chalet à l’Anse-St-Jean. Je roulais à vélo, je devais avoir 8 ans, et j’ai roulé sur une Élisabeth. Je me rappelle ma joie du moment…
Sinon, il y a quelques années, j’étais bénévole pour Nez Rouge (encore au Sag). Nous raccompagnions un homme connu pour son porte-feuille imposant. Alors que nous allions repartir, je vois un Robert sur le siège, près de l’endroit où était assis notre passager au nez bien rouge. J’aurais très bien pu le récupérer et n’en dire mot, mais j’ai plutôt demandé à mon collègue de faire demi-tour. J’ai sonné chez notre joyeux luron qui était si heureux que j’aie l’honnêteté d’aller lui rendre, qu’il me l’a offert.
Moi la seule fois où j’ai trouvé un billet…c’était un John et j’avais 8 ans. Je revenais de l’école et juste à côté de la voie ferrée…il y avait ce billet qui m’attendait…simplement. Pourtant plusieurs enfants étaient passés devant moi et ne personne ne l’avait vu. J’ai pris ce billet et j’ai mijotée à savoir ce que j’allais m’offrir avec…Bein entendu , les enfants qui me suivaient de près, ont tous assistés à cette apparition d’un GROS 10$…et tous me donnèrent leurs idées à savoir comment le dépenser..sauf une…Véronique…fille de parents archi-pauvre…Vous savez, celle qui est habillé à la dernière mode des CENTRAIDE…celle qui ne peux jamais avoir les cahiers d’écoles neufs, les crayons trippants..autre que les HB..laids….celle qui se fait toujours écoeurer par les autres..parce que…elle est différente…!!!, et bien après un gros 10 minutes d’écoute et de réflexion..je me suis tournée vers cette Véronique…et lui ai tendu le billet..en lui faisant promettre qu’elle parte au dépanneur du coin et qu’elle s’achète de la réglisse, dela gomme, des cigarettes Popeye, de la p’tite poudre qui pétille dans la bouche..(ben en fait, tous ce que nous, ont se permettaient presqu’à tous les jours…)
WOW!!! Je me rappelle encore de son sourire…
C’est à 8 ans que j’ai appris à donner et j’ai jamais perdu cet acquis car le sourire de cette mignonne gamine…je le vois toujours dans ma tête lorsque je donne…et ce sourire est une forme de nourriture pour mon moral, mon esprit et mon coeur!!! C’est ma drogue à moi!
MADO : On devient facilement accros à ce genre de sourire ! Accro à l’envie de les faire naître, aussi.