Quand je t’ai mis au monde…
Par Intellexuelle • dimanche 16 mars 2008 à 15:01 • Catégorie: Mamour'ing, NouveauQuand je t’ai mis au monde, mon petit, il n’y avait que toi et moi. Et l’adversité à abattre. Les longues nuits, aussi. Les nuits à attendre que tu deviennes un homme. Toutes ces nuits, toutes celles des 17 dernières années, ont contribuées à maintenant. Aujourd’hui, petit homme, les nuits sont moins agitées pour moi, alors qu’elles commencent à devenir folles pour toi.

Quand j’entendais tes cris affamés, mon petit’ilnu, je te serrais tout contre moi, je t’offrais à boire, et nous étions. Simplement. Nous étions. Soudés et imperturbables. Parfois, certaines nuits, il te fallait entendre ma voix pour apaiser les angoisses que font naître les ombres. Je murmurais alors à ton oreille toutes ces perles que j’appréciais et ces chansons qui m’ont aidé à te bercer.
Puis vinrent les nuits tranquilles, fiston. Les nuits d’où tu émergeais en souriant, après avoir été chevalier, aventurier, porteur d’images extraterrestres. Ces nuits qui nous ont tranquillement préparé à devenir, mon fils.
Les autres nuits, celles des cauchemars, étaient ça et là parsemées d’encore un peu de nous, bien que ce fut mon oreille et mes caresses dont tu avais désormais besoin. J’étais là. Tant que tu y étais, j’y étais aussi. Nous étions.
Et le temps a passé, mon enfant, mon grand. Ton frère est arrivé et j’ai repris mes rondes de nuit à ses côtés. Même affection, même amour, mêmes chansons. Vous avez bien grandi… Tes nuits t’appartiennent, désormais. Tu les dors, souvent. Tu les ris ou les aimes, autrement. Tu y invites ton coeur et celui de la petite que tu aimes, et la vie prend soin de te faire sommeiller au matin, repu de tendresse et d’étoiles. Nos nuits ne sont plus pleines de promesses échangées et de protection maternelle. Nos nuits appartiennent à la vie, désoudées, indépendantes.
Il y a une chose, mon grand, que je ne t’ai jamais dit : de toutes les nuits passées depuis la toute première, pas une n’a existée sans que je m’adresse à toi. Les yeux clos, dans un silence maternel. J’y voyais un gage de protection, sans doute, un grain de cordon, probablement, un pont entre tes rêves et ma main disponible pour la poser sur ton front, si tu avais trop peur.
Toutes ces nuits, jeune homme, je m’adressais à toi pour gonfler mon orgueil de mère, pour parer aux éventualités, pour ancrer en toi les objets de ma quête, pour fabriquer ton cœur et ta tête. Pour te parfaire l’adulte qu’il te faudra être.
Je te disais “Mon fils, tu seras un homme” et je tirais des extraits de Kipling pour m’en assurer. Je t’implorais en silence de devenir alerte, pour que tu puisses tirer profit de tous ces jours où le soleil se lève et lèche ton nez pour en goûter tout le sens. Je te chantais mes espoirs de te voir sourire devant cette adversité connue, et mes envies de te savoir affamé de bonheur. Je murmurais que tu avanceras, parfois à tâtons, parfois sans toucher terre, parce que ton coeur te le dictera. Que tu es né pour saisir à pleines mains les gouttes de joie que t’apporteront tes amis, tes amours, ta famille, ta vie. Tu sauras les moments où il te faudra taire cette rage ; ces autres où il faudra l’exposer un peu. J’inventais des prières, pour toi. Pour qu’aux moments difficiles, tu les chantes en toi comme si tu les connaissais depuis toujours. Un vieux refrain pour leitmotiv.
Tu as lu dans le billet “L’envol” que c’est fou comme de devenir parent ne nous prépare pas nécessairement à devenir autre chose que le gardien du temps entre le moment où l’enfant dit “maman” pour la première fois, et celui où il dit “love you mom, à plus tard”.
Je voulais te dire, mon amour, qu’entre ces deux moments, il y eut toi. Et toutes ces nuits où sans le savoir, tu as grandis pour devenir. Devenir. Je fais bien des blagues à propos de ces repas que tu prendras qui serviront plus à nourrir tes papilles que ta santé. À propos des ces nuits rallongées sans cris vers le sous-sol où je t’y entends pitonner. À propos de ces draps qu’il faut inévitablement laver avant l’hiver. Je fais bien des blagues, mon fils, mais c’est pour ravaler mes larmes. Parce qu’au fond de moi, je sais. Je sais que toutes ces nuits ont été vivantes de toi, et m’ont donné ce fruit incroyablement mur que tu es devenu. La pomme se détache du pommier, mon trésor. Et elle est mure à point. Je sais. Ce n’est pas toi qui a peur.
Je voulais te dire, coco, que je te sais capable d’affronter ces autres nuits où je ne serai pas à quelques mètres de toi. J’ai mis en toi tout ce que j’avais de meilleur, de fort, de brave et de débrouillard. Ton papa nuhta y a aussi mis tout ce qu’il a de meilleur, de guerrier, de chaman, de Pishu et de Matishu.
Quand j’ai vu ce sourire, le premier du genre, sur ton visage, j’ai su. Immédiatement su. “Vous êtes convoqué le mardi 18 mars 2008 pour la seconde étape d’admission au programme de graphisme du cégep de Sainte-Foy”. J’ai su que tu me disais merci pour toutes ces nuits. Et je t’ai assuré que ce serait l’avant-dernière étape avant de lâcher un peu de lousse dans ta grande main.

Quand je t’ai mis au monde, je savais assurément qu’un jour comme bientôt allait arriver. Et je me suis acharné à te léguer ce que j’ai sans doute de plus cher : la conviction d’être capable de tout et la force de la régénérer, si elle venait à faillir.
Quand je t’ai mis au monde, mon petit Yawata, j’espérais que tu sois à ce point capable de te battre pour tes volontés et de relever tes manches devant les moments difficiles. Nous avons tous pu apprécier cette force à un moment où un autre. Et voilà que…
Quand je t’ai mis au monde, je savais qu’un peu de moi s’ancrerait en toi. Et tu sais quoi, mon petit ? À te voir aller, craintif mais fonceur, apeuré et excité, inquiet et enthousiaste, je suis fière qu’il en soit ainsi.






Ouah! Je te lis souvent, anonyme, mais je devais te dire que ce billet-là est extraordinaire. Ton garçon s’en rendra sûrement compte, il a l’air si allumé, mais le plus beau, c’est qu’il le chérira encore plus avec chaque année qui passera. Merveilleux.
Oufff… je suis émue.
Votre fils a exactement l’âge du mien, et vos sentiments reflètent parfaitement les miens. Curieux attachement que la maternité, quand même, qui consiste à tant aimer qu’on laisse mieux partir, avec pour bagage le sac à dos dont on les a équipés, lesté de tous les outils auxquels on a pensé pour mieux affronter la vraie vie, la leur, qui commence sans nous. On en aura sûrement oublié un ou deux, mais pourvu qu’on y ait mis l’essentiel, l’amour de soi et des autres, ils feront leur chemin et trouveront leur place.
Et de temps en temps, ils seront contents de revenir goûter au cassoulet maternel, qui pour toujours, aura un goût d’amour inconditionnel, celui de leur mère. Enfin, on espère.
Est-ce encore une larme que j’essuie sur ma joue…
Tu viens me chercher …tellement..dans toute ta profondeur!
C’est un don cette façon dont tu as d’exprimer tes émotions. À chaques fois, j’en vibre!
Émouvant ce billet… et magnifique.
TASSILI : L’ado a rit en lisant le “cassouLAIT” maternel, héhé ! C’est fou, ça, de se dire “faut que je le laisse affronter ça tout seul, s’il se pète jamais la gueule, il apprendra pas…” et en même temps, on révise tout ce qu’on lui a inculqué pour être certaine que s’il se la pète, ce soit en douceur… Courage, mère, courage ! Vous avez cependant un pas d’avance sur moi, question tanguage et laisser-aller (les yeux grands ouverts, la nuque offerte, les souliers rouges pointés) en faisant confiance !
MADO :
KENNZA : Merci, très gentil compliment.
Émouvant….!!
Beau billet empli d’amour et de respect. Un enfant qui grandit , qui avance sur le chemin de la Vie, nos surprend et nous ait découvrir Autre aussi.Toujours une mère, un père, un parent qui grandit aussi au rythme de son enfant.
Aujourd’hui grand’mère, je découvre aussi mes enfants autres : époux , épouse, parent à son tour !’ C’est tellement merveilleux et touchant de découvrir son enfant parent à son tour ! Comment exprime-t-il son amour de parent à ses enfants ?
Eh ben, il a grandit ce bébé Dan, ya pas à dire… C’est des petits trucs comme ça qui me font me rendre compte que, moi aussi, je vieillis.. ahah
Ton texte est magnifique, et je suis certaine qu’il a, dans son sac à dos, assez de ressources pour survivre dans la pire des jungles qui soit!
Et merci pour tes passages chez moi, ton dernier commentaire a été particulièrement véridique et apprécié
xxx
Je te lis, et je sais exactement ce qui se passe, dans ta tête, dans ton coeur. L’amour. La fierté. L’espèce de gros ballon qui se gonfle par en-dedans et dont on sait qu’il ne cessera jamais de gonfler, dont on sait qu’on aura toujours la place pour qu’il continue, parce qu’il se gonfle de toute la tendresse, tout l’amour, tout l’orgueil maternel, toute la fierté, tout ce qu’on donne de soi-même pour les équiper face à cette vie qui ne fait pas toujours de cadeaux, et toute cette joie qu’on éprouve à les regarder vivre. Je sais. Et tu as une si merveilleuse plume pour bien le rendre. Ton texte est magnifique, tout comme toi. xxx
CHRISTINE : Je ne suis pas encore à ce point excitée de découvrir mes enfants dans leurs rôles de parents, mais je sais que tôt ou tard, cela viendra. Et effectivement, ça doit donner une toute autre perspective !
YZABEL : Grandit, c’est incroyable. Sur tous les plans, d’ailleurs ! Je souhaite tellement que j’aie mis tout ce qui était possible d’ajouter dans son sac, pour qu’il puisse se débrouiller. D’heure en heure, il passe du bébé au grand, de l’ado au pépé…
NICOLE : Oui, le gros ballon qui fait que des fois, il se place juste au coin des yeux et fait naître des larmes qu’on n’aurait jamais cru possible…
“Puis vinrent les nuits tranquilles, fiston. Les nuits d’où tu émergeais en souriant, après avoir été chevalier, aventurier, porteur d’images extraterrestres…”
Tu sais quoi (si tu permets que je te tutoies)? Ce soir, j’irai voir dormir ma Loutre, ses quatre ans et demi bien étendues sur son lit, et je la verrai princesse, archéologue, astronaute ou simplement elle, la plus belle image qui soit. Et je penserai à tes mots, à la chance pour ton fils de pouvoir lire ce billet et de SAVOIR.
Merci, réellement. Peu de billets m’ont touché à ce point. Tu permets que je te mette dans mes favoris?!?
Au plaisir!
ma premiere visite ici , et ouff tout un billet et très touchant .