On paie mal un maître en ne restant toujours que l’élève
Par Matoue • jeudi 29 mai 2008 à 09:54 • Catégorie: Nouveau, PsyritualitéIl y a longtemps, très longtemps même, je me suis découvert une passion pour les études… passion qui ne s’est jamais démentie, de ces dévorantes illusions qui ne sauraient être qu’éternelles. Quoiqu’il en soit, toute bonne chose ayant une fin, je recevrai, cette année ou l’autre, à la mi-trentaine, le titre de “maître ès sciences”, si tout se passe bien…

Du primaire à la maîtrise, j’ai eu maille à partir avec plusieurs « maîtres », plusieurs bien-pensants, quelques pédagogues, compétents ou non. Certains d’entre-eux souriront au souvenir de mon caractère passionné, certes, mais également atrabilaire ou tout simplement inflexible !
Au-delà de ces rencontres élève-professeurs, j’ai eu la chance et l’avantage de développer certaines amitiés, certaines affinités avec quelques-uns. Par-dessus tout, j’ai eu le loisir et le privilège de les rencontrer tous.
Dans ma blogobulle, je lis plusieurs blogues de “profs”. Le monde En Saignant, Prof Malgré Tout, Le gars qui chante mal, Les confessions du maudit, le Masqué, Hortensia, M dans la brume… Et je me demande souvent s’ils savent à quel point ils auront, un jour, une influence positive marquante, déterminante, dans la vie d’un des petits à qui ils s’adressent ! Quant à moi, certains auront eu définitivement une image très positive, évolutive. Le don de soi, gratuitement, rienque pour mon cerveau :
Madame Jocelyne Gagnon, mon enseignante de sixième année primaire. Grâce à elle, le plaisir de savourer les mots d’une langue magique, le désir de les utiliser à bon escient, et le goût naissant de la communication devant un groupe…
Madame Marthe Simard, ardente défenderesse de mes initiatives, au secondaire. Grâce à elle, le pouvoir de m’affirmer, de ne pas laisser une idée à laquelle on tient au fond d’un tiroir par peur du ridicule. La douceur d’une confiance jamais trahie. La force de réclamer mon droit à l’éducation malgré ce ventre gonflant qui en gênait plus d’un…
Madame Josée Marois, tutrice pour l’adulte que j’étais à peine. Grâce à elle, la fierté de découvrir que tout est possible. Le goût du bonheur par l’écriture. La découverte d’un talent et le désir d’en faire bon usage. Mais surtout, les outils pour développer cette confiance qui me faisait si cruellement défaut.
Madame Claire Bergeron, professeure en communication. Point de départ de mes choix universitaires. Grâce à elle, l’amitié et l’ouverture vers le monde des « grands ». Le goût d’aller « encore plus loin ».
Madame Amra Ridjanovic, trois fois « mentor » pendant mon BAC. Grâce à elle, l’envie de partager mes expériences, de découvrir « l’autre monde », de donner le meilleur de moi en toutes circonstances. La générosité et la complicité entre le maître et l’élève. Et surtout, l’ouverture à d’autres cultures.
Madame Caroline Hébert, passionnée et communicatrice d’excellence. Grâce à elle, le pouvoir des mots, le pouvoir des sourires. Le bonheur qu’apportent une marque de confiance inconditionnelle et un coup de pouce inespéré mais combien bienvenu.
Monsieur Julien Guillemette, point de départ, au secondaire, d’une passion littéraire qui ne s’est jamais éteinte. Grâce à lui, la découverte des « Grands cahiers » et de leurs personnages attachants, magnifiquement interprétés par ses voix dansantes. Clins d’œil complices et encouragements constants qui m’ont très certainement aidé à bâtir cet imaginaire particulier qui me définit.
Monsieur Bernard Gagnon, premier « employeur » au collégial. Grâce à lui et à son Cendre d’Aide en français, j’ai pu partager ma passion de la langue, certes, mais également découvrir que l’enseignement était une voie probable d’accomplissement. J’ai compris qu’outre la théorie, la langue devient mélodie à qui veut bien l’écouter.
Monsieur Jacques Nadeau, philosophe impénitent. Le professeur-fou. Grâce à lui, le désir de convaincre, intellectuel, physique, logique. Et le goût de la réflexion en profondeur. La découverte d’un enseignement en mode « parfait », de l’absurde dans le réel, du rire loufoque et de la certitude qu’à défaut d’être sain d’esprit, il vaut mieux assumer sa part d’anormalité !
Monsieur Alain Lavigne, professeur de relations publiques. Grâce à lui, la majorité des théories qui me rempliront le porte-feuille. Mais également la générosité d’un conseiller qui m’a pris sous son aile pour me mener hors du nid, autant que l’approbation du professeur qui me laissait sa salle de classe pour éconduire le sérieux de la chose !
Monsieur Gilles Gauthier, professeur d’argumentation. Grâce à lui, je sais comment, je sais pourquoi et je sais quelle voie prendre quand tout semble perdu d’avance. Le meilleur cours auquel j’ai assisté, celui qui m’a servi et sert encore à clouer le bec aux mauvais syllogismes, et à élaborer mes rhétoriques !
Monsieur Érick Chamberland, d’abord professeur en négociation, puis directeur de maîtrise. Grâce à lui, je sais que la barre est haute. Et je sais que j’ai tous les éléments pour m’y rendre.

Ces images ont été prises lors de ma graduation, en 2003. Les enfants étaient si petits ! Enfin, me voilà, bien des lunes passées, bachelière, communicatrice, relationniste, bientôt maître ès science de la gestion. Et sincèrement reconnaissante. J’ai puisé en un peu de chacun d’eux, de leurs enseignements, de leurs découvertes, de leurs encouragements, de leurs méthodes de travail, de leurs idées, de leurs critiques, de leurs appuis. Je les remercie, en terminant, tous à la fois. Simplement parce qu’autrefois, j’ai oublié de le faire, parce que je n’avais pas pris le temps, parce que je n’osais pas, parce que je ne croyais pas cela essentiel.
Il est maintenant temps pour moi de prouver qu’ils ont eu raison de choisir la voie de l’enseignement. « On paie mal un maître en ne restant toujours que l’élève » racontait Nietzsche.
Dites, vous avez déjà bénéficié d’un enseignement de qualité, où ça paraissait à “ce point” que le prof avait la “vocation” ? Et vous lui avez dit ?
À tous ces profs, de même qu’à tous les autres qui enseignent avec passion, en appréciant chaque jour ce don qu’ils mettent au service des élèves, merci, sincèrement, d’avoir une telle portée.






Jamais été un fanatique de l’école… La vie s’est chargée de rire de moi un peu en me dénichant une carrière dans le domaine de l’éducation aux adultes… Weird!
Pas eu grand prof d’influent… Pour ne pas dire aucun! Et sont encore beaucoup trop souvent comme ça, des blasés qui reculent devant le vent de fraicheur des p’tits nouveaux comme moi
Comme ce billet fait du bien à lire, surtout en cette fin d’année scolaire après d’éprouvantes journées de correction! Des profs qui aiment leur métier, qui sont inspirés et inspirants, au contraire de Drew, j’en ai eus et, maintenant, j’en côtoie plein, mais, sans pour autant jouer les victimes, il faut avouer qu’on reçoit beaucoup plus souvent le pot que les fleurs dans l’enseignement, alors ton texte me touche particulièrement.
Félicitations pour ta maîtrise! Comment comptes-tu célébrer l’événement?
Merci, car voilà qui me donne le courage qui me manquait pour les dernières piles de corrections.
Je dois dire que certains étudiants nous marquent également, nous rendent meilleurs, nous donnent de l’énergie et quand on voit ce qu’ils deviennent, ça nous réveille souvent la petite fierté “maternelle”. C’est tellement merveilleux de pouvoir passer nos journées avec des gens qui ont encore l’espoir de changer le monde.
Vraiment un beau billet! Inspirant aussi! Tu m’as donné le goût de parler de mes figures marquantes. C’est vrai qu’on ne dit pas assez souvent aux gens qu’on les apprécie…
DREW : Je pense moi que la vie a plus d’un tour dans son sac !
HORTENSIA : Je compte célébrer en me faisant la promesse de NE PAS m’inscrire à aucun cours d’aucune sorte pour essayer le coup d’un doctorat. Je me connais trop… après le master, ça va me picoter de ne plus étudier… et pourtant, là, j’en ai vraiment ma claque des livres et des travaux ! (Ma plus grande célébration, remarque, c’est quand je reçois le bout de papier qui signifie, au-delà de la réussite du programme, “tu vois ma grande, t’as réussis à y arriver !”).
MISSMATH : L’espoir de changer le monde… et les bonnes personnes, autour, pour aider à donner le petit coup de pouce qu’il manque ! (Étudiante, j’adorais les travaux corrigés avec “amour du métier” - ceux qui présentent des commentaires pertinents en vue d’améliorations futures… :-))
JESSICA : Tu as raison. Et pourtant, partant de soi, on apprécie se faire dire un tout petit mot sur l’influence positive qu’on a eu quelque part, quand c’est le cas ! On est de drôles de bêtes, n’est-ce pas ? Le texte que tu as écrit sur le sujet est très émouvant Jessica.
J’en ai eu ^plusieurs , surtout lorsque je suis retourné aux études après 7 ans…. et j’ai plusieurs personnes dans le milieu autour de moi.
Ils ont tous eu cette foi en l’ensiegnement , certains l’ont perdu à l’usure.
Usure de la population qui en veux aux profs pour les 2 mois d’arrêt.
Usure par des parents qui transfèrent leurs peurs , et leurs responsabilités pour faire de ce métier un calvaire parfois.
Mais certains réussisent à garder cette ferveur, cette patience ,ce dévouement qui en fait de vrais héros pour moi.
Deux petits billets publiés sur mon blogue en réponse au vôtre.
http://www.annickgauvreau.com/2007/07/perle-denseignante.html
http://www.annickgauvreau.com/2007/07/monsieur-poirot_31.html
Il faut rendre à César ce qui appartient à César.
Un sentiment de gratitude qui n’est pas exposé est comme une œuvre d’art reléguée au placard, appauvrie et stérile.
J’ai eu trois enseignantes qui chacune à leur façon m’ont poussée à me surpasser et aussi, à prendre conscience de mon potentiel et de mes forces et faiblesses. À l’une je n’ai pas eu la chance de lui dire à quel point en tranchant sur les autres dans sa manière de nous enseigner, elle m’a appris… mais j’ai eu la chance de revoir Margot, une de ces trois enseignantes il y a 7 ans. Alors que j’attendais mon dernier rdv dans la salle d,attente de mon doc enceinte jusqu’aux yeux. Je l’ai reconnue…. et à ma grande surprise elle aussi m,a reconnue! J’ai pris de ses nouvelles, et pris le temps de lui dire à quel point elle avait été importante, à quel point elle avait eu une bonne influence sur plusieurs apsects de ma personne, de mes choix aussi. Et puis, il y a eu cette autre enseignante avec laquelle j’ai garder contact jusqu’à sa mort il y a quelques années. Elle est partie en sachant qu’elle avait changé le parcour d’une de ses élèves. Et même de plusieurs… toutes trois avaient l’amour de leur métier et de l’intérêt sincère pour leurs élèves. Elles avaient, la vocation, oui, comme on dit.:)
REGOR : Certains héros, oui, tu as raison. Tant de passion qui s’éteint difficilement, c’est héroïque !
ANNICK G : Je retiendrai avec bonheur vos derniers mots. Exposons alors avec bonheur nos gratitudes !
CREIRWY : La vocation ! Exactement.