Ma quête

Par Intellexuelle • lundi 29 mai 2006 à 00:01 • Catégorie: Mamour'ing

Je travaillais dans une bibliothèque, à l’époque. J’y avais mon bureau, en fait. Juste devant les vieux bouquins à retaper. Devant moi, il y avait le poste de Lise, ma très chère Lise, ma secrétaire. J’adorais Lise. Vraiment. Puis devant elle, une large vitre, à travers laquelle on pouvait voir les clients, les lecteurs, les internautes, qui allaient et venaient entre les rangées, près des postes informatiques.

Lise était excellente en pratiquement tout. Sauf avec Internet ! Le plus , c’est que depuis que Monsieur et Madame Gates avaient permis d’installer des ordinateurs dans la bibliothèque, les utilisateurs se bouscoulaient presque. Et Lise capotait, littéralement ! J’ignore le nombre de ctrl-alt-delete qu’elle a effectué en une seule année, mais ça devait friser le million. Des postes publics, c’est souvent la cata. Quand je pouvais (souvent, donc), Lise m’appelait au secours. «Mat, tu peux aller voir le petit gars là ?». «Martyne, est-ce que c’est de la porno, ça ? Comment on bloque les pop up ?». «Les ordis sont encore plantés, comment je reset Martyne ?».

Bref, un matin comme tant d’autres, Il est passé. Est entré. A demandé à se servir d’un des ordinateurs. En le voyant, Lise m’a dit, tout bas : «Hey, t’as vu le joli garçon ?». Non, je ne l’avais pas vu. Pas intéréssée. Je venais à peine de vivre la de ma vie. Je n’avais d’yeux que pour moi-même et mes fils. Une vie stable, douce, casée, rangée.

Un matin comme tant d’autres. Un comme tant d’autres.

Il a demandé à être aidé. J’y suis allé en grogant. «J’étais cencée prendre congé aujourd’hui… blablabla…Ça finit par être chiant de toujours aller aider des types qui ne savent pas comment écrire avec word.» Et je me rendais vers lui en bougonnant.

J’ai remarqué ses yeux d’abord. Puis son . Et sa voix. Dans cet ordre exact. Je l’ai aidé. Évidemment. Lise regardait, derrière sa vitre. Lise savait, derrière sa vitre. Lise a senti, derrière sa vitre. Je l’ai senti. Il l’a senti. Puis il m’a remercié, pour l’aide. Je l’ai remercié, pour ses yeux. Je savais, Il savait. Mais…

Faut savoir que la Vie avec un grand V, celle qui décide quand même à notre place, elle se charge bien de nous en plomber plein la tronche, hein…

À ce moment là, dans ma vie, ma liste était faite. J’ignorais réellement ce que je «voulais», mais je savais ce que je ne désirais plus. J’attendais. Je magasinais. Je faisais du lèche-vitrine. Parfois, j’essayais. Toujours en attente. Sur le qui-vive d’on ne sait jamais.

Et puis il est arrivé. Rien à voir avec ce qu’il y avait sur ma liste. Trop ceci. Pas assez cela. Mais des yeux… j’vous dis pas. Il a appelé, au bureau, souvent, pour m’inviter à prendre un verre. À aller souper. À se rendre au ciné. Chaque fois, je disais «non merci», en trouvant 1001 défaites pour me justifier.

Il insistait, je reculais. Je me réservais pour «ma liste». Pour d’autres. Pour le «bon». Celui qui pourrait me chanter «Ain’t no mountain high enough» inspiré par mes yeux verts. Je l’ai repoussé. Souvent. Parce que je ne voulais pas que la «place» soit prise quand le «bon» allait passer.

De fil en aiguille, il a fini par avoir le dessus sur ma détermination à le repousser. Il a eu un souper. «Un seul, et puis après, tu arrêtes de me gosser, hein ?»…

On s’est évidemment reparlé, ensuite. Un autre souper. Une soirée ensemble, encore. Puis une autre. Et d’autres…

Et puis un matin, comme ça, en plein soleil, j’ai su.

Que j’étais nulle à chier dans ma .

Que j’avais déjà le Graal. C’est juste que je m’attendais à ce qu’il brille avec des tonnes de cristaux incrustés et tout plein d’or collé dessus. Au contraire, mon Graal à moi, il était simple. Fort, travaillé, plein de détails minutieusement ajoutés, mais simple. Les joyaux, c’était à l’intérieur qu’ils étaient.

Ça m’a pris du temps à réaliser que c’était lui ; ça lui a pris du courage et de la ténacité pour contrer mes barrières. Pour me persuader qu’Il était celui-là. Que j’étais son calice. Quand je l’ai finalement laissé passer par une toute petite brèche, quand j’ai déposé mon armure sur son lit, j’ai tout de suite su que ma avait pris fin. Que ce que je cherchais tant n’était pas autour de moi, mais en moi. Cette symbiose complexe entre la dissemblance et les poins communs. Ses yeux et les miens comme un tout. Sa main qui enveloppait la mienne de douceur, de protection, d’abandon. Son corps comme un bouclier à mes peurs. Sa voix comme un écho vers le éternel.

Maintenant, c’est moi qui porte tout son intérieur sur mon annulaire. Et ça brille quand la lumière y touche…

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28 Réponses »

  1. Wow.. très inspirant.

    J’espère un jour pouvoir me perdre ainsi dans les yeux d’une quelqu’une. Partager les petits moments anodins mais O’combien précieux du quotidien. Mes joies et mes peines et aussi celles de mes enfants.

    J’ai une belle image d’une tulippe déposé dans le Graal… :o)

  2. Merci pour cette dose de positivisme en début de semaine. :)

  3. Tu m’as fais larmoyer c’matin avec la Vie que tu as mis dans tes mots. J’y ai vue aussi l’espoir…l’espoir que mon chevalier se rende compte de ce qu’il a entre ses mains… Je vis LA peine d’amour de ma vie en ce moment. Et il n’ose trop s’éloigner…
    Et je n’ose pas non plus trop … et on est là a se toucher quêtant l’autre aux portes de l’abandon.
    shit!
    Tk
    j’ai savouré c’matin tes mots me portant sur une note d’espoir.

    Suivre l’étoile…Telle est la quête…
    xxx

  4. Quel beau réveil ce matin.

    Le soleil qui me dit bonjour.
    Un ami/amour impossible français qui m’appelle pour me dire bonjour et pour me dire qu’il avait envie d’entendre ma voix, que je lui manquait.
    Et ton billet, toujours aussi bien écrit, toujours aussi touchant, toujours aussi vrai.

    Merci la vie. Merci à toi.

  5. Ouah ! Quel beau texte !

    C’est vrai que même quand on se fait une belle liste, comme ça, la vie finit par décider pour nous. :-)

  6. Quel hommage ! Eh oui, on se met parfois des barrières qu’il faut savoir lever soi-même.
    L’effort en vaut la chandelle, puisque l’on parle de bonheur …

  7. Quel texte touchant !

    J’ai entendu un jour quelqu’un raconter que nous portons déjà en nous l’amour pour l’être cher. Et lorsqu’on rencontre cette personne, on la reconnaît.

    Parfois, il faut laisser tomber son bouclier comme tu le dis si bien. Et c’est à ce moment qu’on “voit” avec nos yeux ce que notre coeur avait déjà vu…

    Merci pour ce texte, ça ensoleille davantage une journée déjà ensoleillée. ;o)

  8. T’as réussi à faire mouiller mes yeux, ce matin, Matou(e)…

    Longue vie à ce bel amour que vous partagez!

  9. Super ton histoire Intellexuelle…

    Je le crois sincêrement aussi qu’a force de chercher on se mets a regarder à la mauvaise place…

  10. En amour, on attend souvent la personne parfaite mais elle ne vient jamais par elle-même. L’amour, ça se cultive. Ce n’est pas un hasard qui nous tombe dessus, c’est un choix que l’on fait.

    Bravo à ton mec pour sa persévérence, moi j’me serais tellement écoeuré avant. Faut croire que lui se doutait de ce que vous pourriez devenir (ou il avait foutrement envie de te traîner dans son lit) ! ;-)

  11. Hé ben moi je le félicite bien fort! Wow! Inviter quelqu’un comme ça! De un je suis trop gênée, deux deux je ne me ferais pas dire non deux fois! Allez zou dans ma coquille!

    Jadis j’attendais le bon… Si un homme m’avait fait la cour avec autant d’intensité j’aurais sans doute fuit ou je me serais montrée très vache, manque flagrant d’immaturité sans doute…

  12. merci pour l’encouragement! c’est apprécié!

  13. @ Jef : L’image est littéralement excellente ! En effet, j’ai moi aussi pensé, en écrivant l’histoire, y ajouter une tulipe bien rouge !
    @ Sonia : Si tout est relatif, tout peut être positif ! M’enfin… c’est la folle dans ma tête qui l’disait… :) @Frenz : Tant que le Chevalier est assis à la table Ronde… on peut encore l’espérer servant…
    @ Lynne : Ça donne envie de chanter, tout ça !
    @ René : Les seules listes qui ont fonctionné, dans mon cas, étaient celles pour l’épicerie… et encore ! ;) @ Bregman : «L’effort en vaut la chandelle», Mouahahahahaha !
    @ Nap : …ou «il» nous reconnait ! Quand on raconte que l’amour est aveugle, dans mon cas, c’est presque ça ! J’avais rien vu avant de voir !
    @ Choco : J’ai vu l’écho sur ton blog, et c’est une émouvante histoire également !
    @ Spatate : La vision périphérique a ceci de malsain qu’elle nous éloigne des détails…
    @ Pat : Candidement, c’est ce que j’en ai retenu : la perfection, au final, c’est peut-être justement tout ce qui ne l’est pas, au sens strict.
    @ Patata : Si tu savais le nombre de fois où j’ai fais passer le message par ma secrétaire, pour lui faire dire : «Désolée, elle ne rentre pas au bureau aujourd’hui… je peux prendre le message ?»… y’a pas à dire, il a été très têtu ! Selon ses dires, cependant, ça ne faisait que renforcer l’idée qu’il s’approchait du but. D’après lui, plus je disais non, sans jamais réellement fermer la porte, plus je le motivais à découvrir ce qui se cachait derrière mes refus…

  14. Moi, j’avais 9 ans quand j’ai su qu’Il était le bon. Comme de quoi le coeur d’une fillette peut voir très clair, très vite!
    J’aurai vécu 12 années, attendu sans le savoir, avant qu’il n’illumine enfin toutes mes journées.

    Et ça fait 4 ans qu’il le fait! Il n’y a pas plus grand bonheur que de se réveiller chaque matin à côté de celui qu’on aime, hein?

    Bonne semaine à toi aussi Miss Matoue!

    Bisoux!

  15. J’aime beaucoup ta plume, on s’y perds complètement, sans s’en rendre compte, 1 heure à passée, puis 2.. puis j’ai arrêté le décompte :)
    Ton histoire me rappele la mienne… je devrai faire un billet là-dessus :)
    Bonne journée

  16. Toi et moi, on se ressemble plus qu’il n’en paraît, je pense…
    On en a de la chance, mais nos amours aussi, je pense…
    Tu es merveilleuse!

  17. Super texte, Intellex! (presqu’une rime)

  18. Oh là là.. c’que vous êtes beau!

  19. Quelle belle histoire! Comme quoi, rien n’est impossible.
    Merci.
    Allez, bonne semaine!

    Jo xxxx

  20. @ Fée : Woah ! C’est que c’est tout mignon, ton histoire ! Et quelle patience ! Ça doit être rigolo de pouvoir dire à son chum qu’il a la même «face» de baboune que quand il était kid !!!
    @ Nadia : Merci beaucoup ! …et bienvenue ici !
    @ Joss : J’ai souvent une impression d’imposteure, quand je lis des trucs comme ça. Parce qu’au fond de moi, je me dis : «S’il connaissait vraiment tout tout tout, oulaoula, p’t'être qu’il changerait d’idée» !!! Au final, c’est vrai qu’on se ressemble beaucoup sur bien des points (SAUF sur les goûts vestimentaires, hein, parce que moi, les vestes vertes, pfff… ) !!!!!!!!!!!!!!!!
    @ Tchendoh : Et presqu’une phrase !!! ;-p. Merci !
    @ Yzabel : Tu seras présente au mariage d’Henriette, samedi ? Avec Andy ? Moi, je m’y rends aussitôt mon cours terminé. Si oui, alors on s’y voit. Si non, dommage, mais on se reprendra bientôt ! ;-) @ Josie : Effectivement, rien. Je vais ressortir mon vieux Twain : «Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait.» ;-) Anyway, je pense que mon Mec ignore la définition d’«impossible» !
  21. Ahhhhhh Matoue……

    Pfiou!

    Que….Quoi….Comment…..
    La liste ouais….les je ne veux plus…..
    J’aurais pu écrire ceci ” J’ignorais réellement ce que je «voulais», mais je savais ce que je ne désirais plus.” Mot pour mot.

    Je pourrais énoncer par coeur les pourquoi je ne veux plus. Tout en me demandant si ce n’est pas surtout moi que j’essaie de convaincre avec cette litanie. En fait, c’est vrai. C’est moi que je veux convaincre. Et personne d’autre.

    Une note comme celle là, et paf! C’est tout mon sytème de défense qui se casse la gueule! :-)
    Méchante na!

    Hihihi!

    Le soleil, c’est pas juste lui hein. C’est toi aussi. Beaucoup. Tellement!

  22. @ Ma Magique… Si tu savais comme mes premières pensées ressemblent à : «Mais boudieu, pourquoi personne ne semble remarquer la perle qui se cache sous l’écrin de cette Marie…». Et pis je me dis qu’au fond, une perle de ta trempe, ça peut difficilement s’afficher sur un collier. Ça a besoin de tant de soin qu’on peut manipuler avec énormément de précaution, tout en l’égratignant au passage. Le soleil, c’est un peu l’ouverture que les nuages nous proposent quand la grisaille s’amène. Un moment donné, un «bon» moment «donné», à force de lui lancer des incantations, ton soleil, il réchaufera ta peau. J’y crois réellement…

  23. Ce n’est même pas que personne ne remaque Matoue.

    Il y a quelques années, c’était le cas. Aujourd’hui, curieusement, c’est moi qui ait le choix. Probablement que dans mon groupe d’âge, les célibataires sont plus rare et plus pressés LOL!

    C’est surtout que je ne laisse approcher que l’innoffensif et que j’éloigne le “dangereux”.

    C’est que je ne sais pas ce que je veux. Je croyais avoir décidé. Je voulais rester seule. Et faute de savoir mieux, en attendant, je maintiens le cap.

  24. @ Magique : Maintenair le cap. Ça permet d’avoir une vue d’ensemble sur l’océan ! (Et de tenter d’éviter les requins !) C’est bon ça ! :-)

  25. [...] Bon, je dois avouer que j’ai passé une journée magnifique, le soleil n’y était pas pour rien, mais comme 7 au carré je connais le poids de mes mots et mes faiblesses, par contre je ne me pose pas la question de savoir si c’est un problème de structure, enfin des fois je ne suis pas sûr comme Artemisia, qui ira certainement au Yulblog, enfin mes pauvres enfants des fois je suis comme une mère indigne avec vous, je parle de moi au lieu de parler de vous, enfin c’est peut être dû au fait des relations modernes, et à la déception des femmes qui prennent les hommes pour des chacals coyotes, est-ce un signe des temps que la catastrophe approche quand nous ne décortiquons plus notre crâne, ou que nous rêvons sans bonheur entre ciel et terre, quand ce premier nous semble si éloigné, enfin je ne ferais pas de cette histoire ma quête, quoique, je pourrais me prononcer en sa faveur tout comme l’intellexuelle (au fait, vous savez de quoi je parle parce que je n’en ai aucune idée), mais bon, je ne suis pas comme Duggerzzz je respecte les fumeurs et les non-fumeurs, et pour en revenir, à cette journée oui Monsieur le Barman c’est l’été. ça sent le coppertone….et bien évidemment pour clore en beauté ‘JE SUIS FOU DE PASCALE‘ [...]

  26. Des fois, c’est juste ça. Tout ça. :)

  27. @ Horizon : C’est toujours mignon de lire comment tu intègres les histoires dans tes billets :-) @ Daniel Rondeau : Un résumé parfait. Juste ça. Tout ça. ;-)
  28. [...] Lise a été au premier plan de ma rencontre avec Mex. Même que grâce à elle, je suis mariée à un homme extraordinaire que je n’avais pas su reconnaitre. Ce sont ses antennes parfaites qui m’ont révélé la nature du Mex. [...]

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