Les papillons
Par Intellexuelle • lundi 05 mai 2008 à 23:45 • Catégorie: Mamour'ing, NouveauIl me semble qu’à pareille date l’an dernier, entre deux bouchées de Yogi Spécial, sur le coin d’une table, les orteils dans le Lac-St-Jean, je braillais. De peine et de joie. Les deux. À la fois.
Papa sortait à peine de son coma. On ignorait alors à quel point Korsakoff avait envahi les troupes neuronales du paternel. On ignorait même jusqu’où on avait encore un paternel. Maintenant, on sait. Les processus cognitifs sont une bien drôle de bête. Indomptable, dans son cas. Fugace. Sauvage. Attendrissante.
Mex et moi venions à peine de choisir la date officielle du mariage. Je rêvais d’une marche nuptiale parfaite, de la robe princesse au pays des rêves, du bras de mon père, fort et fier, de la danse où tous les yeux seraient tournés, émus, vers nous. Malgré la vie et malgré tout.
Parmi les chansons que j’affectionne le plus, il y a celle là. Découverte à la même époque.
Au moment où il était encore temps de “reculer”, pour le mariage - nous nous demandions bien comment réagir en pareille circonstance. Les “et si…” étaient nombreux. Et si papa mourrait ? Et s’il restait complètement gaga, ou incapable de bouger, d’être transporté au mariage, par exemple… Les agendas étaient serrés, les invitations devaient impérativement partir, les réservations être confirmées. Et papa, à quelques mètres de moi, ne pouvait pas me dire ce qu’il aurait aimé.
Personne ne voulait me le dire, d’ailleurs. Mes amies, ma famille, mon entourage ; tous les gens à qui je demandais “qu’est-ce qu’on doit faire ?”, “on se marie comme prévu ou on reporte l’événement aux calendes grecques ?”, personne ne voulait me répondre. Personne ne savait réellement quoi me répondre. Presque personne.
Lui, il a su me répondre.
Les papillons, avant de sortir de leurs cocons, ils ne se demandent pas quel temps il fera dehors, qui sera là pour les voir au premier envol, de quelles couleurs seront leurs ailes et ce qu’ils auront à manger le lendemain. Ils sont, simplement. Ils suivent le cours des choses comme le cours de leurs histoires au fur et à mesure des minutes qui s’égrainent.
Il m’a dit : “Tu sais ma puce, des fois, on tente de prévoir jusqu’aux derniers détails. Et puis il arrive un moment où il faut juste laisser couler. Juste abandonner les prévisions. Et vivre en fonction de soi, de son bonheur, de ce que l’on veut réellement.”
Et il a ajouté : “Tu es le papillon dans l’histoire. Et le temps d’éclore, tu ne peux pas le reporter. C’est maintenant, en fonction de ta vie à toi, qu’il faut que tu ouvres les ailes. Pas en fonction de ce que penseront les autres. Ni en fonction de ce qu’ils voudraient te voir faire. Mais juste pour toi, pour une fois. Réfléchis Matoue, qu’est-ce que tu as envie de faire ?”
Entre deux ou trois sanglots, j’ai hoqueté quelque chose qui ressemblait à : “toi, j’ai envie de toi, de te marier pour toujours, de sourire cette journée là et toutes les autres ensuite, j’ai envie de crier au monde entier que je me réchauffe à ton corps et à ton coeur. J’ai juste envie, Pat, de savoir que tu sais, que tu saches que je sais, et qu’on rende tout ça officiellement le plus beau jour de notre jeune vie.”
On a envoyé les invitations le jour même.
J’ai su que j’avais trouvé. The right man. Sans douter. Certitude absolue.
Il y a un an, pour la première fois de ma vie, j’ai pris une décision qui aurait pu provoquer de tristes souvenirs si les “et si…” s’étaient avérés. J’ai misé sur le sort. Parce que j’avais sa main dans la mienne. Parce que j’avais aussi les papillons.
Ce fut d’ailleurs le dernier détail d’importance capitale à ajouter au mariage. Des papillons. Rouges, jaunes, noirs, blancs, bleus. J’en voulais de toutes les couleurs, partout. Il y en avait sur mon corsage, dans mon voile, en décoration, sur mes bijoux, dans les centres de table… et dans mon ventre.
En lisant Le Monde en Saignant ce matin, je me suis demandée si tous ces souvenirs étaient aussi nécessaires, dans notre cas, pour papa et moi. Puis j’ai repensé à Mex et à ses papillons. À moi et à mes décisions. À nous.
Il était là. Il marchait. Il se souvenait de mon nom, de ce qu’il devait faire - ou presque. Il m’a mené vers l’autel en souriant. Mi-inquiet, mi-ému. Il a donné ma main à cet homme que j’avais trouvé, grâce un peu à ses travers à lui. Je savais ce qu’il possédait de meilleur, et de pire. J’ai extrait le pire de ma quête et ai trouvé une perle rare.
J’ai finalement eu ma danse. Qui voulait dire confiance et bonheur, honneur et engagement, vie et incertitude. Papa et moi, pendant notre danse, on a regardé le tableau sur lequel défilait des images de nous, de notre vie tumultueuse ensemble. On a passé ce moment embarrassant en riant bien fort des descriptions que je faisais des images. Korsakoff en a pris pas mal, de notre passé. Alors il a bien fallu inventer des brins de souvenirs. Et à la toute fin, je lui ai murmuré “I could’ve miss the pain, but I’d have had to miss the dance…”
Il y a un an, j’ai acquis deux certitudes.
- J’allais inévitablement transformer toute ma vie, de secondes en secondes, jusqu’aux confins des fins. Et l’une des meilleurs façons d’y arriver serait de cesser de vouloir négocier ma libération du cocon avant que tout soit parfait.
- J’avais inévitablement trouvé avec qui je voulais partager cette heureuse nouvelle. Avec qui m’envoler chacune des premières fois. Rire quand l’intensité des émotions tordent les boyaux. M’appuyer quand les jambes allaient me soutenir difficilement. Croire, quand il ne reste parfois plus rien. Dire, avec les yeux.
Trois certitudes, en fait. L’amour, comme le papillon, est exponentiel de beauté.










Je dois dire qu’à 4 mois pile de mon propre mariage, ton billet me touche énormément! Moi aussi j’ai trouvé la perle rare, et elle a dit oui. Évidemment, dans la tempête des préparatifs, il y a toujours des moments de grisaille, où on se demande si c’est le bon choix, si la journée va être aussi merveilleuse qu’on le souhaite, SI, SI, SI… Mais bon, il y a d’autres notes dans la gamme (ouch, tellement poche comme métaphore!) et puisqu’on ne peut tout contrôler, il faut apprendre à faire confiance, tant à soi-même qu’aux autres qui nous entourent et nous supportent, y compris à ma douce compagne,
Dans mon cas, il n’y a pas d’incertitudes liées à la famille (du moins, pas encore…), mais il reste que, dans mon coeur, il y a un trou que je vais apporter avec moi le 6 septembre 2008. Ce vide, que j’apprivoise depuis maintenant 11 ans, c’est celui que mon père a laissé en nous quittant brusquement, une semaine après son 41e anniversaire. Évidemment, je vais voir avec le prêtre quel geste symbolique peut être fait pour nous rappeler sa présence, mais il reste que ce moment de grand bonheur aurait peut-être pu se dérouler différemment…
Mais bon, trève d’expérience personnelle, sinon Noisette va me taper dessus et je vais me senti mal d’avoir envahi ta section commentaires pour m’épancher ainsi…
Bref, je suis heureux pour toi, heureux de voir que tu as pu prendre ton envol de papillon, et j’espère que cette nouvelle confiance te suivra encore longtemps!
bon, va falloir qu’on se parle des choix sur tes sondages avant que tu les publies hihih
je vais voter, pour une quête, mais pas pour le ”j’aimerais tant” mais bien pour ”je vais la trouver ma perle et la marrier”.
j’ai partagé ce précieux moment avec toi, avec vous, et de le relire ce matin me remémore ces souvenirs mais avec une petite pincé d’émotion de plus que j’avais l’été passé. maintenant plus que jamais, je sais. je sais qu’un jour, je vais le dire a mon tour pour la première fois de ma vie. un ”oui je le veux ! ”
Tes mots coule comme du miel tellement c’est beau…je sais que moi mon tour est passé, mais je souhaite a tout mes ami(e)s qui ne sont pas encore passer par la de vivre cela aussi intensément que vous deux! Jvous adore! Snif!
Oufff touchant
Il y a 17ans je “croyais” avoir trouvé ma perle, mon idéal, cependant avec les années cette soit-disant perle s’est terni et envenimée…. Bref il m’a abandonnée comme un déchet qu’on jete sans remord, sans aucune émotion. Je suis présentement en reconstruction mental, car ouii il m’a détruite. Donc ouiii j’aimerais tant trouver la personne qui fera éclore mon coccon pour que je devienne , moi aussi enfin, un splendide papillon épanouï.
Vous êtes magnifique et votre bonheur me touche
Longue vie xoxox
Encore émouvant ce texte…J’ai une fois de plus la larme à l’oeil…maudite sensibilité…j’ai l’air un peu nounoune à verser quelques larmes au travail…
C’était effectivement une sublime danse que celle entre ton père et toi…parce qu’on savait…que si….
Je comprends très bien ton envol de papillon ma Matoue!!!
BS adorée…
xxx
Ma cousine!! C’est exactement de ce genre de texte que j’avais besoin ce matin! Merci… bonne journée xxxx
Quelle belle histoire… Mon papa a moi aussi etait present a notre mariage. Triste jour, jour heureux, nous avons vecu cette journee dechires. 3 mois plus tard, mon ange c’etait envole… Mais il y etait. Ton histoire me fait sourire. Me fait pleurer. La vie, est ainsi faite, que parfois il faut effectivement, laisser le sort en decider…
Alors que tu fêtes ton 1 an de mariage, j’ajoutais un zéro à l’anniversaire du mien en mars dernier. Mais le zéro n’a pas changer l’équation ; c’est toujours la bonne.
C’est beau de lire tes mots et cette histoire de papillons. Vivement une tonne d’anniversaires à venir pour vous. 
Nous entrons bientôt en notre dixième année maritale, c’est fou comment au fil des années nous nous sommes connectés mentalement. à croire parfois que l’on en devient jumeau, il est mon tout et je suis sienne. Je vous souhaite du bonheur tout plein pour la décennie à venir. Tu lui feras un bec bien baveux de ma part à cet homme qui t’illumine le coeur et les mots…
Kennza, c’est l’anniversaire de la décision qu’elle souligne; le jour B (pour bonheur) a eu lieu en août
Et toutes ces certitudes, et les conséquences de ces choix étaient tellement palpables, ce jour-là! Je le sais, parce que j’y étais…
Matoue, je dirai comme Annie : tes mots coulent comme du miel… pur!
Y’a du bonheur par ici!! :))
Je prends cette prochaine gorgée de rouge à vous deux!
R.
salut cousine matoue! Bonne décision sans aucun aucun aucun doute….
tite-souille xxx
Superbe Josée-Martyne,
J’ai pris cette décision voilà presque 30 ans maintenant, j’y ai cru longtemps ,je m’y suis battu pour en faire une réalité, nous avons eu nos bons et moins bon moments, puis un jour l’un a laissé tombé…
Parce que la vie à deux n’est pas une affaire réglé . jamais , il faut y mettre du siens, et parfois ravaler, parfois se mettre à nu complètement vulnérable pour avancer, laisser l’orgueil de côté ,et admettre ses faiblesses, parfois il faut se tenir debout devant l’autre pour obtenir le respect.
J’ai failli dans bien des domaines, elle a aussi failli….. surtout quand elle a renoncé à accepter de me suivre dans ma direction. J’ai décider de changer des choses qu’elle ne pouvait , ne voulais , n’a pas réussi à faire……J’ai pris une route différente.
Ne jamais croire que le route s’arrête, et prendre ensemble une direction, voilà le secret.. pas vraiment secret…
Mais parfois il faut savoir accepter qu’il y a des routes différentes… c’est la vie.
Bonne route, je crois que vous allez en faire une longue !!!
Je sais pas si c’est les hormones, mais ouf… je verse quelques larmes, je ne peux m’en empêcher.
Toujours le bon mot, à la bonne place, je te lis encore plus souvent que je ne réponds et je vous souhaite encore une très longue route ensemble
Si mon billet, qui se voulait avant tout une provocation à notre confort un peu trop confortable, a su inspirer cet écrit rempli de chaleur et d’amour, bravo!
Tu m’as l’air quelqu’un de très bien Intellex, et ton p’tit Pat aussi (un ttttrrrrèèèèèsss beau nom en plus!). Ta plume amoureuse a dû lui faire chaud au coeur.
Tu permets que je tape ma cuillère sur ma coupe?