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Les cheveux blancs des sentiments…

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Pour moi, les cheveux blancs, c’est une habitude. Du quotidien. J’estime avoir vu mes premiers apparaître vers mes 15 ou 16 ans. Le reste est du verbiage connu : j’assume la repousse jusqu’à ce que je pète un plomb ; je teins ; j’assume jusqu’à ce que… J’ai à présent 33 ans, et sans mentir, j’avoue que la moitié de mes longs cheveux noirs sont en fait… gris.

Curieusement, tous les hommes de ma vie n’en avaient aucun. Ou si peu qu’il fallait les débusquer à la loupe. Je me suis donc souvent perçue comme étant la “vieille” du couple. J’ai associés les cheveux blancs à l’âge, à la vieillesse, à la décrépitude d’une jeunesse qui ne reviendrait jamais. J’étais la jeune fille aux cheveux blancs…

Et puis un matin, comme ça, j’ouvre les yeux et j’aperçois mon Mex, bien endormi sur l’oreiller. Je me presse contre lui. Je retiens sa chaleur sur ma peau. L’odeur de son cou au réveil est encore meilleure que celle du café. Je passe mes griffes sur sa nuque et puis… et puis je vois. Dans sa crinière blonde : quelques tiffes blancs. À peine quelques brins qui me font sourire.

Et c’est là que tout a commencé. Encore commencé.

Depuis ce matin-là, on dirait que tous les réveils sont enchantement. Non pas que je darde sa perruque avec empressement, tout de même. Mais je toise sa tête en souriant.

Ses cheveux blancs savent m’émouvoir.

Autant les miens me font rager, autant les siens me séduisent. Et puis j’ai compris l’idée, vous pensez bien…

Je parcours les routes avec lui depuis déjà quelques années. Je l’ai vu remballer ses malles d’adolescent, je l’ai vu troquer ses beuveries entre amis contre une soirée avec les enfants, je l’ai vu faire ses comptes et trimer dur pour nous mettre le derrière sur un coussin douillet, je l’ai vu s’agenouiller devant moi, tenant ma main et le diamant, je l’ai vu rager devant l’injustice et la bêtise humaine, l’ai vu croire puis déchanter pour croire à nouveau, autrement… Je l’ai vu sous plusieurs facettes, qui me plaisaient, ou pas. Et naturellement, j’ai eu un nombre incalculable de coups de foudre pour cet homme qui était ami, amant, conjoint, devenu époux. Allez savoir comment et pourquoi, mais j’associe chacun de ses mignons cheveux grisounets à une de nos aventures, à une de ses déclarations romantiques, à un de nos fous rires, à un moment béni où “on sait” que le pas vers le Grand Oui était définitivement une bénédiction pour nous.

Je passe ma main dans sa crinière et mes doigts effleurent un sourire lors d’une croisière; sa main dans la mienne sur une plage des Caraïbes; une ballade au Lac; une ride en Harley où il m’ouvre toujours le chemin, prévenant; un bouquet de tulipes livré sans occasion spéciale; tous ces petits mots qu’il rédige et cache en différents endroits de la maison, pour me faire sourire; je vois également les épreuves, les coups durs et l’adversité devant lesquels il se bat, contre lesquels il se démène, avec lesquels il apprend ; je vois dans un cheveu ce coup pendable que je lui ai fait, et dans la couette d’à côté, un autre cheveux blanchi d’avoir tant ri un soir de brume… Mes doigts se promènent dans notre passé commun, dans notre présent amoureux.

Nous avons une belle vie. Et si, parfois, je l’oublie ou j’en doute, je vais m’enfouir le nez dans sa nuque, j’inspire un bon coup et je laisse le bout de mes doigts effleurer les cheveux blancs des sentiments…

Les cheveux gris, quand jeunesse les porte, Font doux les yeux et le teint éclatant [...]. (Jean Cocteau, Vocabulaire, 1922)

21 Comments

  1. Mado wrote:

    Tu a l’art d’émouvoir…peu importe le thème que tu utilises….

    wow!!!

    Wednesday, January 16, 2008 at 10:41 | Permalink
  2. Mado wrote:

    J’aimerais avoir autant d’inspiration au sujet des cheveux de mon chum!!!! (ha! ha! ha!)

    Wednesday, January 16, 2008 at 10:41 | Permalink
  3. Mathilde wrote:

    Moi quand je serai amoureuse, je voudrais l’être comme toi.

    Wednesday, January 16, 2008 at 10:49 | Permalink
  4. Nicole wrote:

    Wahhh!! Matoue! Quel texte magnifique!

    Wednesday, January 16, 2008 at 11:14 | Permalink
  5. Marcel wrote:

    snif snif… pis moi, je pense a me les teindres hihihi

    Wednesday, January 16, 2008 at 11:14 | Permalink
  6. Juliet wrote:

    Ça donne le goût, l’envie, le désir de mettre la main dans ses cheveux aussi, juste pour se délecter de tous les merveilleux souvenirs que tu décris si bien. Quelle plume fantastique tu as ! Quelle heureuse découverte que ton blog !

    Wednesday, January 16, 2008 at 11:44 | Permalink
  7. Vertelime wrote:

    Oh! C’est beau l’amour vrai! Quel beau texte (et sentiment)…

    Wednesday, January 16, 2008 at 18:25 | Permalink
  8. Annie wrote:

    Ton texte m’a émus au dela du possible, surtout que il n’y a pas si longtemps je me disais la même chose en regardant SES cheveux noirs et en les caressant avec tout l’amour que j’ai pour lui mais qui malheureusement n’a pas suffit et ne suffit toujours pas…snif!

    Wednesday, January 16, 2008 at 19:29 | Permalink
  9. Regor wrote:

    Je l’ai dit et je le répète vous êtes un couple fantastique……
    et MEX est un foutu de chanceux
    et vice versa !!!

    Wednesday, January 16, 2008 at 23:32 | Permalink
  10. carine wrote:

    Première fois que je te lis, et je suis toute émoustillée, j’espère un jour connaître cet amour!c’est beau….

    Thursday, January 17, 2008 at 13:41 | Permalink
  11. Caro et cie wrote:

    Bonjour… C’est un très beau texte, très émouvant…

    Assumant ma chevelure grise à 39 ans, Je retiens avec bonheur la citation de Cocteau que tu as mis à la fin….

    Thursday, January 17, 2008 at 14:11 | Permalink
  12. MADO #1: C’est mignon ça, merci !
    MADO #2: Mais tu peux tellement ! Hey, imagine un peu les possibilités ! En prime, quand tu caresses son crâne, à ton mec, ce sont vos propres avenirs qui luisent sur son coco - c’est d’une beauté sans nom, ça ! Peut-être avait-il trop de souvenirs à transformer en blanc… qu’il a préféré faire “table rase” et recommencer à les afficher autrement. Pour afficher plus clairement sa nouvelle vie avec toi, sans traîner les traces des anciens souvenirs !
    *
    MATHILDE : C’est, entre nous, le plus génial de tous les commentaires reçus depuis 1000 ans. Parce qu’on sait. Et que ça ressemble tellement à la vérité que c’est bleu, dégradé en rosé…
    *
    NICOLE : Merci. Merci deux fois. Pour le compliment… et parce que tu connais certains des éléments liés aux tiffes blanchis de mon Mex !
    *
    MARCEL : T’as envie d’effacer les souvenirs, toi ? Nan ! Faut les conserver, les mettre en évidence, pour propager les soucis du bonheur ! (Mais si jamais tu les teins, alors j’aimerais que ce soit en blond, hahaha !)
    *
    JULIET : Ma plume passe par ses yeux, vous savez. Et les siens sont d’un bleu si rare qu’il ne peut être autrement qu’inspirant !
    *
    VERTELIME : Beau, et en prime, il sent bon, le vrai de vrai. Phéromones, sans doute… ;-) *
    ANNIE : Peut-être que Marcel n’a pas assez de cheveux blancs pour y inscrire toute l’histoire nécessaire ? Quoiqu’il en a déjà pas mal, hihihi !
    *
    REGOR : Il m’arrive parfois de romancer certains passages. Mais pas cette fois. C’est peut-être fantastique, oui. Et je reconnais cette chance que nous avons d’avoir trouvé en l’autre le clown parfait pour compléter le couple !
    *
    CARINE : Bienvenue, alors ! Pour une première fois, vous êtes au moins tombée sur un texte qui ne maltraitait pas mon Mex !!! Je vous souhaite également de connaître cet amour, ce fil d’or invisible entre une âme et l’autre…
    *
    CARO ET CIE : Merci beaucoup ! Et vous avez raison, la citation est délectable de véracité, n’est-ce pas ?

    Thursday, January 17, 2008 at 23:07 | Permalink
  13. Annick wrote:

    Tu m’épateras toujours :)

    Friday, January 18, 2008 at 12:09 | Permalink
  14. Marilyne wrote:

    Non. Je ne pleure pas.
    C’est de la poussière..
    Ouais.

    Saturday, January 19, 2008 at 00:09 | Permalink
  15. petite fraise wrote:

    Wow!
    C’est la première fois que j’atteris ici et je dois dire que j’ai eu plaisir à te lire. L’odeur du cou qui t’ennivre me rappelle de bons souvenirs. Je souhaite revivre ce sentiment et ceux que tu décris si bien…

    Saturday, January 19, 2008 at 10:09 | Permalink
  16. Tassili wrote:

    Oh, que c’est joli, l’amour, et que ça a l’air confortable…
    Tiens, je pense que je vais m’y remettre. ;-)

    Saturday, January 19, 2008 at 13:40 | Permalink
  17. Intellex wrote:

    ANNICK : Mais je l’espère ! Du moins, avec les “vrais” textes, ceux qui viennent des étoiles…

    MARYLINE : C’est surement le chauffage… l’hiver, tout est sec, n’est-ce pas ? ;-)
    PETITE FRAISE : Bienvenue pour ta première alors ! Entre vous et moi, après l’odeur des cheveux de bébé, celle du cou d’un amoureux est réellement adorable !

    TASSILI : C’est aussi confortable que le sein d’une maman, je te garantis ! Et le plus plaisant, c’est que quand on veut s’y remettre, on se rend compte que c’est comme la bicyclette : même si ça fait un bout qu’on n’en a pas fait, ça revient tout seul, instinctivement ! Bonne chance !

    Sunday, January 20, 2008 at 01:13 | Permalink
  18. Parfois, ça a du bon d’être insomniaque. Cette petite chanson et cette note amoureuse, c’est du bonbon ! Je reprends mots pour mots le commentaire de Mathilde : Quand je serai amoureux, je voudrais absolument l’être comme vous deux. Je vous souhaite encore bien des cheveux blancs.

    Sunday, January 20, 2008 at 23:52 | Permalink
  19. Louisianne wrote:

    Je tombe sur ton blog par hasard et je m’arrête sur ce billet ! Quel beau texte et quelle chance tu as de traverser la vie avec le même compagnon !

    Friday, February 8, 2008 at 07:45 | Permalink
  20. Julie wrote:

    Quel superbe texte !
    Cela nous décomplexerait d’avoir des cheveux blancs (à 25 ans…) ;-)
    MERCI de partager…

    Friday, February 8, 2008 at 11:18 | Permalink
  21. Andrréa wrote:

    délicieux et magnifique et adorable, sensible et sensuell!
    e! !!!!!

    Tu aimerais faire quoi la?????

    Friday, March 14, 2008 at 19:08 | Permalink