L’envol…

Par Intellexuelle • mardi 13 novembre 2007 à 00:22 • Catégorie: Mamour'ing

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C’est avec lui que j’ai pendue la crémaillère dans mon premier appartement. C’est avec lui que j’ai vécu ma première peine d’. Avec lui que j’ai appris à , sans me prendre au sérieux. Avec lui que j’ai appris comment il fallait être responsable dans la vie. Ce sont ses sourires qui m’ont fait croire en l’avenir. C’est avec lui que j’ai eu le moins de difficulté à laisser ma main dans la sienne. Avec lui que j’ai pleuré et ri. C’est avec lui que je suis devenue une , aussi. Il est avec moi depuis mes 16 ans. Toujours. Fiable et fort. Solide et fragile. Il m’a vu et me connaît sous bien des coutures. C’est mon alter-ego, cette partie de moi qui est là depuis 17 ans. Ce pourquoi le soleil se lève chaque matin. C’est probablement lui qui sera à mon chevet, au moment du dernier souffle.

Ce n’est pas mon ami. Ça ne peut l’être, d’ailleurs. C’est mon continent, la chair de ma chair. Mon aîné. Celui que j’ai bercé alors qu’il n’avait que quelques minutes de vie. Celui qui a changé le cours de mon histoire.

Il me reste 9 mois à m’habituer au fait qu’il ne me sourira plus au . Neuf mois avant qu’il n’ouvre ses ailes et s’envole vers son propre monde. 9 mois avant qu’il ne débute le . Neuf petits mois de rien avant que j’accepte qu’il doit mener sa vie comme un grand, sans ma surveillance constante, sans mes conseils jour et nuit, sans ma fatigante phrase du “t’as fait tes devoirs mon grand ?”

Digne fils à , il a décidé, grand bien m’en fasse, de poursuivre ses études post-secondaire. Comme un grand, tout seul. À Québec, parce que “y’a que là qu’il se donne, le super programme qui fera de lui un au marché du travail”.

Dans neuf mois, il pliera donc bagages pour débuter son aventure à lui, son chemin en solitaire, sans rentrer dormir chaque soir chez . Sans s’asseoir à table avec nous… sauf les quelques fins de semaine où il aura la bonté et le désir de retourner chez pour manger la lasagne et repartir avec une caisse de déjà préparée.

J’ignore comment se sentent les parents qui ont eu leurs à un âge plus “normal”. Mais moi, je me sens de prévoir au calendrier qu’à mes 34 ans, j’aiderai fiston premier à faire son trousseau. À magasiner des chaudrons, des draps, des meubles. Pour sa vie en appartement. Pour sa vie d’étudiant au collège. Pour sa vie. À lui. Avec et sans moi.

Dans ma tête, 18 ans, pour partir de la maison, c’est tellement tôt… et si je réalise qu’à son âge, j’étais déjà seule avec un tout petit d’un an à élever… c’est encore plus . Je le sens trop jeune, trop petit, trop “mon bébé” encore.

Et pourtant. Dans quelques mois, je verrai mon avenir posséder son avenir. En propre.

J’ai confiance, évidemment. Je suis heureuse de son choix. De ses choix. De son ambition. De lui, je suis fière. Mais calvâsse, c’est aussi difficile que ça de laisser le moineau s’envoler hors du nid ?

C’est fou comme c’est beau. C’est beau comme c’est fou.

Nous avons aujourd’hui reçu les photos de finissant. Il est si grand, si fier, si fort, si… petit.

Neuf mois. Comme quand on apprend qu’on est . Et qu’on attend, qu’on sent le développement. Qu’on sait qu’on fabrique un être humain. Il me reste neuf mois pour mettre au monde un que la vie emportera dans son tourbillon. Neuf petits mois pour compléter le travail. Ensuite, je ne serai d’office que pour les conseils d’usage, les poches de lavage apportées les vendredis où il passera quelques heures avec sa avant d’aller rejoindre les copains au billard.

Le temps d’une grossesse et mon tout petit deviendra grand.

C’est fou comme de devenir parent ne nous prépare pas nécessairement à devenir autre chose que le gardien du temps entre le moment où il dit “” pour la première fois, et celui où il dit “love you mom, à plus tard”.

J’ai attendue sa venue durant neuf longs mois. Je ne sais pas pour vous… mais dans mon cas, les prochains neuf mois, je trouve ça court. Cette fois.

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21 Réponses »

  1. Wow, quel beau texte, Intellex! Tu me touches toujours, quel talent!

    Je n’avais pas 18 ans quand j’ai quitté le nid familial, j’étais plus vieille et ça ne fait pas si longtemps que ça. C’est archi difficile pour une mère (pour un enfant aussi, même s’ils sont trop orgueilleux pour le laisser paraître), mais ça évolue en quelque chose de différent et que, du point de vue de l’enfant, je qualifierais de mieux. J’avais une très bonne relation avec ma mère avant de partir de chez elle et c’est encore mieux maintenant! Tu verras, ça deviendra autre chose. Tu te feras à l’idée que votre rapport changera. Et puis l’aider comme tu sembles vouloir le faire à préparer son propre chez lui va sûrement déjà vous rapprocher encore plus!

    Bonne chance! De belles choses s’en viennent pour vous deux!
    -xxx-

  2. Eh bien!

    La mienne s’envolera vers Jonquière, parce qu’il se fabrique exclusivement là-bas son avenir à elle.

    Ce n’est pas mon aînée, mais je trouve ça aussi dur que toi, je te rassure.

    Par contre, tu viens de me couper les jambes en me faisant réaliser qu’il ne reste que 9 mois…. :(

  3. Je te comprends tellement! Mon grand de 19 ans habite maintenant à une heure de la maison durant la semaine pour le CEGEP. J’ai dû me faire à l’idée moi aussi , mon coeur refusait qu’il parte! Mes enfants ont 5 ans de différence et ce fut pénible de les voir partir!

  4. Ça va te prendre une longue extension au cordon. ;-) Vois ça comme un autre chapitre à ajouter dans le grand livre de l’art d’être mère. Un livre qui ne se referme jamais vraiment… Bon courage x

  5. J’ignore si c’est mon “enceintitude” qui fait ça, mais je pleure comme une dingue devant l’écran…

    Ça doit parce que je me dis que bientôt j’accoucherai moi aussi d’un enfant qui me quittera inévitablement…

    Bon petit deuil ;)

  6. J’avais 16 ans lorsque je suis parti de chez moi. Et aujourd’hui je suis devenu tout ce que j’ai voulu: responsable, carrièriste, amoureuse de la vie. Tout change pour du meilleur. Rien ne se perd! Lâche pas ca va bien aller!
    cousine xxxx

  7. Y a que toi pour rendre autant d’émotions avec des mots.

  8. Tellement d’émotion que j’ai mis un “s” :)

  9. J’essaie juste d’imaginer le moment où moi aussi je vivrai cette étape de vie…
    Effectivement que le temps passe tellement vite…même quand parfois, dans les épreuves, on trouve qu’il ne passe pas assez vite…
    C’est surement très difficile pour ton petit coeur!!!!

    BS adorée….

  10. C’est vrai, c’est la realité… et on va être tellement fier de lui !

  11. Certain que ce sera difficile. En même temps, depuis que je te lit, il n’y a pas une seule fois ou je n’ai pas dit que tu semblais être la meilleure maman du monde, probablement qu’il n’y a aucune inquiétude a avoir a propos de son départ ! :-)

  12. Si ton premier veux de l’aide, ” mon oncle Sylvain ” est là!!!!

  13. Super …! Vraiment touchant.
    Écoute, je ne peux même pas m’imaginer de ce que c’est laisser partir un moineau du nid parce que c’est moi le moineau qui vient de partir… (graduellement ces dernières années). Par contre, tu rends tellement palpable le malaise, l’insécurité que ça t’amène…
    xx

  14. Ah, mais le départ, c’est la douce revanche de la bonne maman! Mais si! Parce que si elle était toujours là, on ne pourrait jamais vraiment comprendre qui elle est et combien elle a en a toujours fait, en coulisse, pour nous! Il faut ce départ pour que l’enfant-adulte découvre que la liberté et l’autonomie ont leur prix. Imagine ta fierté (bien dissimulée, n’est-ce pas…) quand il t’appellera pour dire “Ouin ben moman, tsé quand tu disais xyz et que je te disais non non… ben t’avais raison.”

    C’est quand je suis partie que je me suis mise à appeler ma mère tous les jours et que j’ai compris que j’avais besoin d’elle, même si ce n’était qu’entendre sa voix, que savoir qu’elle savait où j’en étais, que savoir qu’elle était là. Pas tout près, mais LÀ.

    Et puis je me souviens de mon bonheur et de ma gratitude, le déménagement terminé, quand ma mère m’a amenée à l’épicerie pour “me partir”. Étudiante que j’étais, avec chum-coloc étudiant, je pleurais de joie devant le panier bien rempli de trucs plates à acheter mais combien nécessaires. Ce qui était tenu pour acquis devient précieux. Comme une maman!

  15. Toujours la plume aussi délicieuse!

  16. Ouf… flabergastée par ta plume, encore une fois. Et je note, et j’écoute et j’arrive à ressentir ce que tu ressens… parce que c’est ce qui m’attend dans quelques années. Il suffit d’être une maman pour comprendre…

  17. Un autre bout billet qui me touche le fond du coeur. Alors que la mienne commence seulement à dire maman, j’anticipe ce temps que tu décris. En tout cas, il a bien de la chance d’avoir une maman comme toi. Pensées douces…

  18. Super beau billet !!! C’est la première fois que je viens vous lire et je vais revenir . Profite-en au maximum et CARPE DIEM !!!

  19. toujours en retard pour te lire, mais toujours la.

    je cherchais des mots au malaise que je vis et que je vais continuer de vivre puisque mes filles se suivent en age.

    tu m’a fait comprendre en mot, le mal qui me ronge depuis 1 an. malheureusement, il n’y a pas de pilule miracle pour ça. faut juste l’accepter, comme le deuil d’une personne que l’on aime, c’est le deuil d’une vie familliale que l’on doit faire. mais qu’estce que l’on va faire de tout le temps qu’on prenais pour en prendre soin ? prendre soins de soi, et dans ton cas, de ton merveilleux mari.

    calin xxx

  20. Ça y est, je suis toute remuée.

    Tu es rendue beaucoup plus loin que moi.

    Et tu as raison… c’est demain la veille.

    Trop court, le temps.

    xx

  21. [...] as lu dans le billet “L’envol” que c’est fou comme de devenir parent ne nous prépare pas nécessairement à devenir [...]

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