Le petit cheval à la patte cassée…
Par Intellexuelle • lundi 08 janvier 2007 à 08:00 • Catégorie: PsyritualitéQuand j’étais toute petite, j’avais deux idées précises en tête : d’abord, je croyais être une sirène. Née du Lac-St-Jean, les eaux remplaçaient mon sang, croyais-je. Ensuite, j’adorais les chevaux, sur lesquelles, pensais-je, je pourrais un jour m’envoler pour aller rejoindre mes autres amies sirènes. Pour endormir sa petite sirène, mon père m’avait inventée cette histoire fabuleuse. Juste pour moi. Tous les soirs de ma tendre enfance, ou presque, je l’ai entendu me raconter…
«Il était une fois… une petite fille rousse, avec de très grands yeux verts, et un coeur avec tellement d’amour qu’elle aurait voulu aider l’univers. Cette petite fille adorait les chevaux. Elle demandait toujours à son papa si elle pouvait avoir un cheval, à elle, à aimer. Son papa lui répondait, la plupart du temps, que le prix d’un cheval était trop élevé, et que quand elle serait grande, elle pourrait s’en procurer un, si elle le voulait. En attendant, la petite fille passait tous ces temps libres à visiter les écuries avec son père, qui prenait soin de ses autres chevaux. Il lui montrait comment les approcher, comment leur parler, comment les dompter, comment les faire courir, comment les brosser, les peigner, les soigner. Et, surtout, comment lire dans leurs yeux ce dont ils avaient besoin, pour mieux le leur donner.
La petite fille passa des années, comme ça, à soigner les autres chevaux. À attendre de pouvoir en avoir un, à elle. Elle s’imaginait, bizarrement, que le jour où elle aurait son cheval, enfin, elle pourrait le monter, et s’envoler vers les océans, plonger vers les abysses lumineux des sirènes, et en revenir, chevauchant son Pégase. Pégase, elle l’avait choisi parmi tous les autres chevaux. Il était vaillant, et fort, et habille, mais têtu comme une mule. Seule la petite fille arrivait à en tirer quelque chose. Il va sans dire que le papa n’aimait pas beaucoup Pégase, puisqu’il ne lui apportait que des problèmes, par son comportement asocial. «Comment je vais pouvoir le vendre, s’il n’écoute personne, s’il se rebiffe toujours ?» se demandait-il.
Un matin, elle se rendit comme à son habitude aux écuries, pour soigner «son» cheval, celui qu’elle avait adopté. Son Pégase à elle. Mais il n’était pas dans sa stalle. Elle se rendit donc aux manèges, où elle le vit, à l’entrainement, piaffer d’impatience et de mécontentement. Et à ce moment, malheur arriva. Pégase s’élança, sous les ordres du dresseur, pour sauter l’obstacle et s’affala en plongeant vers le terrain boueux. Sa patte avant avait heurté la poutre. Cassée, sa patte était cassée. Immédiatement, tous les soigneurs se précipitèrent vers Pégase. À leurs visages, la petite fille compris que la situation était désespérée. Puis elle vit le dresseur se rendre aux bâtiments et en revenir avec un fusil.
La petite fille supplia le dresseur, qui voulait abattre l’animal. «Je vous en prie, je vous en supplie, ne le tuez pas. Il va guérir.» Le dresseur lui répondait, invariablement : «Une blessure à la patte, comme celle-ci, ça ne guérit jamais tout à fait, ma petite, et il souffre, alors je dois l’abattre.» Mais la petite fille voulait tant protéger son cheval qu’elle s’étendit de tout son long sur son flan, et dit au dresseur : «Alors il faudra m’abattre moi aussi, puisque je souffre.»
Sur ces faits, alerté, le papa arriva. Et dit à la petite de laisser tomber, de faire cesser les souffrances de l’animal. Mais la petite tenait à le garder en vie, son Pégase. Elle dit alors qu’elle allait elle-même payer le vétérinaire, et en prendre soin, plusieurs fois par jour, le matin, et le midi, et en revenant de l’école, après le souper, et avant d’aller dormir. À bout d’arguments, le papa céda, et confia à la petite fille son Pégase. Il lui donna donc, en règle, tous les droits sur le cheval.
Matin, midi et soir, la petite s’enfermait avec Pégase et lui murmurait à l’oreille de douces paroles pour qu’il puisse guérir. Elle en prenait un soin jaloux et maladif. Parfois, la nuit venue, son papa devait la réveiller pour qu’elle rentre dormir à la maison, quand elle s’endormait dans la stalle. Plusieurs fois par jour, la petite caressait le plâtre de Pégase, elle lui faisait faire de petits exercices, elle le brossait, lui parlait, lui faisait écouter de la musique, lui racontait des histoires, le nourrissait. Elle le soignait désespérément.
Un matin, après plusieurs mois de bons soins, le vétérinaire décida qu’il fallait déplâtrer la patte de Pégase. S’il se tenait debout tout seul, il s’en sortirait. La petite fille était anxieuse, mais avait confiance en son cheval. Elle l’avait si bien encouragé, elle lui avait si bien montré comment il devait se comporter, comment il devait se tenir debout, comment il devait désormais réagir, qu’elle savait qu’il allait épater la galerie.
Évidemment, une fois le plâtre ôté, Pégase se remit sur pieds. Il vacilla, une ou deux fois, puis se tint solidement debout, les fers bien appuyés au sol. Pégase était guéri ! La petite fille avait réussi, avec acharnement, compréhension, patience et amour, à guérir Pégase. Non seulement était-il totalement sur pied, mais il était dorénavant d’une approche si douce, si docile, qu’il faisait l’envie des autres éleveurs. Pégase était un champion, désormais.
En revenant de l’école, un soir, la petite allait comme à son habitude, visiter son cheval. Plus là, il n’était plus là. Elle courut partout, cria son nom, mais aucune réponse. Pégase était disparu. Elle s’empressa d’aller trouver son père pour lui rapporter ce malheur. Ce dernier lui répondit que Pégase avait été vendu, dans la matinée, pour une très grosse somme d’argent. Et qu’avec cette somme, la petite pourrait se racheter un autre cheval à aimer.
La petite fille était atterrée. Complètement défaite, triste, et en colère. Et à partir de ce jour, elle décida que tous les prochains chevaux qu’elle allait se procurer allaient être des chevaux malades, qui auraient besoin de soins, d’affection et d’amour, pour qu’elle puisse les soigner et les remettre sur pieds, avec son grand coeur qui voulait tant leur donner.»
Une histoire à la fois merveilleuse, et triste.
Dernièrement, mon psy m’a prêté ce bouquin d’Éric Berne, le père de l’analyse transactionnelle. Un des chapitres est consacré à l’influence de la construction mentale du petit enfant par rapport à «son» conte d’enfant. Celui qu’il préfère, celui dont il ne s’est jamais lassé. Le conte qui, inconsciemment, a porté toute sa vie. Le bouquin s’intitule «Que dites-vous après avoir dit bonjour ?». Cela dit, la théorie, le fondement même de l’analyse, est trop étoffée et large pour que je la résume ici. Disons simplement, en termes clairs, que ça fesse dans le dash.
Voilà où j’en suis. À me rendre compte, comme ça, tout d’un coup, après 32 ans, qu’inconsciemment, j’ai passé toutes ces années à chercher le petit cheval à la patte cassée, et à vouloir le soigner, pour réaliser «mon» conte. Oulà. Maintenant que tout ça est verbalisé, il me reste à l’intégrer. À l’avaler. Et à tenter de voir comment, probablement dans les prochains chapitres du livre, j’espère, je pourrai me refaire un conte sans avoir à «réparer» toujours un cheval boiteux…
Cendrillon, La belle au bois dormant, Le petit chaperon rouge, Hansel et Gretel, Le petit poucet, Le chat botté, Le vilain petit canard ? Si le coeur vous dit, c’était quoi, le vôtre, «votre» conte préféré ?






Troublant, en effet. On régle ses comptes avec son conte.
Mais que penser des enfants qui s’ingénient à vouloir de la variété dans les contes ?
Bonjour Ugarte. Aucune idée… à moins que… changer de conte, ça ne voudrait pas nécessairement dire qu’ils n’en apprécient pas un davantage. Selon le bouquin, il «devrait» y avoir un conte «marquant», celui qui nous a le plus ému, celui à qui l’on peut facilement s’identifier… Quant à moi, il y a bien eu l’histoire du cheval, oui, mais j’avais également toute mon affection pour La Petite Sirène !
Moi, mon histoire, elle était en continu. C’était toutes ses bribes de sa journée, que mon père me racontais à son retour du travail. Qui il avait vu, avec quels camions il avait travaillé, avec quelles grues… Ce qu’il avait déménager (il était dans la manutention industrielle). Quand j’avais la chance d’aller au boulot avec lui, je le vivais en “live” mon conte de fée. Aujourd’hui je me rend compte de tout ce qu’il m’e légué, dans sa façon de me parler, de me raconter, dans sa façon d’être, dans sa façon d’aider les autres. Mon père était un homme formidable. Et la plus belle leçon que je retiens, c’est que nous batissons ce que nous devenons par nos expériences de jeunesse… Et par les histoires racontées par nos parents… Malheureusement, il a fallu que je me rendes compte de tout cela après son départ pour l’autre monde…
Tu sais, Faydra, moi, je suis persuadée que même déjà avant son départ, il avait l’intuition que ses histoires, que ses récits, que toutes ses aventures racontées avaient forgées une fille formidable. Vraiment !
Moi, mon histoire était celle de Yogi l’ours et le plus petit, son frère ou son fils, me souviens plus. Et chaque fois, ils devaient jouer d’astuces pour réussir à voler les paniers de provisions des campeurs.
Comme dans les émissions bref…
Hihi, alors si on interprète exactement comme dans le bouquin que je lis, ton schéma de vie, c’est de piquer d’la bouffe ? hoho. Monsieur Le Garde t’attend ! À Roberval, d’où je viens, y’a un resto de fast-food qui s’appelle «Chez Yogi», et le menu est composé exclusivement de trucs qui portent des noms tirés de l’histoire de Yogi l’Ours ! Alors pour moi, c’était un BouBou !
Moi, sans contredit, l’histoire de Peter Pan. Tu sais, la version où on avait un 45 tour et un livre pour suivre, et quand on entendait la clochette, on tournait la page? Ben voilà. J’aime toujours autant ce compte qu’avant, sinon plus. Je voudrais une tonnes d’enfants perdus dans ma vie! Et je préfèrerais naturellement rester toujours une enfant …
OH oui ! Les 45 tours et la clochette pour tourner la page !!! Quand mes kids étaient petits, et qu’on n’avait plus de 45 tours, mais pas encore de livres-cassettes, j’avais enregistrés tous les contes qui les faisaient tripper, avec la voix qui change pis tout, même que je faisais moi-même le «ding-ding» quand il fallait tourner la page ! Heureusement, plus tard, sont arrivés les «vrais» livres-cassettes, mais encore et toujours la petite clochette ! Parlant de clochette, c’est peut-être pour ça, Yza, que t’es comme une petite fée !
Bonjour Josée-Martyne,
J’ai un peu réfléchi à ta question pour arriver a trouver lequel “conte” avait formé la trame de ma vie…..avec ce que ca entraine de frustration de n’être pas à la hauteur, et de fierté d’en être par moment digne.
Robin des Bois
Alors là, qu’est-ce qu’on te reconnait !!! Entre tes lignes, il y a bel et bien un juste, ça oui. Tourmenté, suivant l’étoile, dormant en hurlant à la lune, et très Juste. Et ton ami le renard, c’est lequel ? hihi !
Sans aucun doute, Alice au pays des merveilles. Et… je ne raconterai pas ma vie, mais c’est vrai que bien souvent j’aurais bien aimé être de l’autre coté du miroir, alors ça me représente assez bien je trouve!
J’aime encore lire cette histoire, la véritable version, et non la version édulcorée de Disney.;)
Ah, j’adorais Alice aussi, moi ! D’autant qu’elle finissait toujours par s’évader, d’une façon ou d’une autre, de tout ce qui est trop poche pour être vécu ! Parlant de miroir, j’ai retrouvé un petit brin d’Alice en lisant le bouquin de Jostein Gaarder, «Dans un miroir obscur»…
C’Est ça Boubou !!!! lolll
En écrivant mon commentaire je me suis fait la réflexion que peut-être le panier du voisin me smeblait toujours plus intéressant que le mien?! (grande psycho ici là!)
Donc, je dois me concentrer sur ce que j’ai et ce que je veux plutôt que de me fier aux goûts des autres…
Finalement, en as-tu d’autres de même d’un coup je pourrais rentrer dans la tête de mon chum que l’histoire de son enfance voulait lui faire ramasser ses bas avant de se coucher lolll
Bin oui, Nadia : Fais-lui lire le Petit Poucet !!! (on remplacera, évidemment, les cailloux par de vieux bas sales à ramasser, et on lui dira, au final, que c’est pour retrouver le chemin du bonheur conjugal !!!) Bonne chance !
Mon conte à moi c’est la belle au bois dormant..je ne pensais pas qu’un prince allais me réveiller de ma toupie infernale de ma vie, et pourtant…comme quoi il faut toujours croire aux miracles…
Hey boy, c’est Marcello que tu appelles le «miracle» ? Hihi, y passera pu dans’ porte !!! C’est quand même vrai : t’as de longs cheveux blonds, tu vivais au bout du bout du monde, dans ton bois… hehe ! Autrement, tu as bien raison sur ce point : toujours, toujours croire. Pas tant aux miracles qu’en nous. Parce que c’est à force d’avancer qu’on… avance !
Le petit prince ce de st-exupéry. il va de planèete en planèete à la recherche de quelque chose.. finalement il trouve rien vraiment mais il a appris plein de chose sur la vie. J’avoue que tout ça me représente assez bien. Je papillonne beaucoup dans mes activités à la recherche de quelques chose, une illumination soudaine ou je sais pas quoi. J’en ai jamais mais j’apprend plein de chose sur tout.
Hey bin voilà : l’essentiel est invisible pour les yeux !!! Parfois, l’illumination, elle brille tellement par dedans qu’on a peine à la voir de dehors, parce que tout est si clair…
Mon conte fétiche, je l’ai découvert un peu tard, j’avais onze ans. Et pourtant, il n’a pas cessé de me faire rêver durant toute mon adolescence! C’est La belle et la bête, version Disney.
La bête, je l’ai belle et bien trouvée, mais après plusieurs années passées ensemble son mauvais caractère s’est beaucoup dilué…
Des fois, hihi, la Bête est DANS la Belle ! hehe (et vice-versa !)
heu… la p’tite fille aux allumettes? Ou serais-ce les aventures de Bilbo le hobit dans la version adaptée par mon père du Seigneur des anneaux (il me la racontait tous les soirs)? J’adorais aussi la version théâtrale de ma mère du petit chaperon rouge qui se promenait sur la rue Sainte-Catherine et qui croisait des “méchantes grosses polices”. (à noter: ma mère belge empruntait pour l’occasion un accent québécois à coucher dehors, du pur délire à faire pleurer).
Bon, je vois un peu d’où vient mon imaginaire.
Hey ! C’est quand même spécial d’avoir eu avant la «grande popularité» l’accès au Seigneur des Anneaux ! Moi aussi, dans le temps, je me faisais raconter «Montréal» avec l’image d’un petit chaperon rouge, mais dans mon conte, il se faisait arnaquer ou violer dans la «grande ville». Pas pour rien que je n’ai jamais voulu aller y vivre !!!
envoler pour aller rejoindre mes autres amies sirenes … point de détail très important
mercib pour ce billet ! continu !
[...] je suis née, sirène, j’ignorais que le chant de l’eau allait être aussi périlleux pour moi. Je me savais [...]