Le Confessionnal
Par Matoue • jeudi 11 septembre 2008 à 23:11 • Catégorie: Nouveau, PsyritualitéUn drôle de sujet, ça. Pendant des années, on entend plus ou moins parler de religion, sinon quand ça choque. Sinon quand ça vient bouleverser une certaine paix sociale. Sinon quand certains privilèges deviennent “acquis” pour d’autres.
Depuis quelques vingtaines d’années, les pratiques religieuses sont devenues plus personnelles, plus familiales, moins communautaires, moins publiques. Il n’en demeure pas moins que la majorité des gens appartiennent à une religion ou à une autre. Même les athées, qui ne croient pas en un dieu, croient en quelque chose - l’absence de croyance revient à croire en l’absence, non ?
Ces derniers temps, travail, revue de presse, commandes, conférence de presse, communiqués et le reste obligent, je suis en plein dedans. Depuis la rentrée scolaire, encore plus qu’avant. Et là, tant qu’à y être, avec toute la houle du déclenchement des élections, on y replonge.
La religion, au Québec, c’est sacré. Mauvais jeu de mots. Réalité quand même.
La confession
On déconfessionnalise les lieux d’apprentissage pour effectuer un retour aux chaumières. On tente d’en arriver à un consensus qui fait croire qu’on tient plus à appartenir à un pays, à une nation, qu’à une religion. Et les vagues frappent de plein fouet les nouvelles ; les familles ; les moeurs.

Avec l’arrivée des cours d’Éthique et de culture religieuse (ÉCR), c’est tout un branle-bas de combat dans les familles qui n’y étaient pas préparées. C’est l’érection de solides barricades pour protéger son bout sacré de terrain, via ses enfants, en avançant l’argument principal que la religion catholique - qui était jusqu’à récemment la confession de la plupart des Québécois - n’est plus d’actualité, ne doit plus être enseignée dans les écoles, mais… mais les parents (certains) refusent qu’on y enseigne l’ABC d’autres religions. Refusent que leurs enfants soient mis au courant qu’il existe ceci dans l’islam, ceci dans le bouddhisme, ceci dans cela.
Pourtant, vivre aujourd’hui, vivre parmi les contemporains, c’est aussi vivre parmi une pluralité de confessions, vivre parmi une vaste sélection de religions. Et comment mieux armer nos petits pour l’ouverture d’esprit et la conciliation que de leur présenter un panorama de ce qui existe ?
Il y en a pour qui ce n’est rien. Que quelques coups d’épée dans l’eau. D’autres pour qui c’est une honte. D’autres encore pour qui c’est le train-train quotidien de pratiquer “sa” religion, de la personnaliser, de l’enseigner à ses enfants, chez soi, en famille. D’autres encore qui regrettent avoir la charge de transmettre leur foi eux-mêmes. D’autres, finalement, qui y sont indifférents.
Le prix de cette liberté
Les bouleversements religieux des dernières décennies m’intriguent. Parce qu’au final, tout ce que les gens voulaient est là : la liberté de choix, la liberté d’association, la liberté de parole, la liberté de religion, de confession. Afficher son appartenance à une religion n’est plus, comme autrefois, un moyen de départager qui “est bon” de qui “est honni”. Qui est “dans mon clan” de qui “ne l’est pas”. Qui vient “d’ici” de qui vient “de là-bas”. Non. Désormais, c’est afficher une sorte de post-scriptum au bas de son cv vivant qui affirme qu’un tel croit en tel truc, donc doit être en accord avec tel dieu et, de fait, aux principes liés à ces croyances. On en arrive rapidement à une généralisation débilitante ; aux extrêmes.
Parfois, on se replie dans nos croyances intrinsèques, on lève les yeux au ciel et on prétend, “au cas”.
Moi, petite, j’ai été élevée dans la religion chrétienne catholique. Je crois en Dieu, le père tout-puissant… et ainsi de suite. Puis j’ai vécu l’arrivée des cours d’éthique et de religion. On y croyait encore en la Trinité, mais on y apprenait en plus à être bon citoyen, à céder son siège aux plus âgés dans l’autobus, à partager et à vivre ensemble sans préjugés. On apprenait la différence entre le bien et le mal, sous l’angle des sujets d’actualités : avortement, dépendance, etc. Mes enfants ont eu à choisir entre les cours d’éducations morale OU morale ET religieuse. Maintenant, ils n’ont plus le choix. L’école leur propose un cours d’ÉCR, point final. Un panorama des religions, dans lequel ils devront, aidés par moi, aidés par mon conjoint et leur papa, aidés par la famille, j’imagine, développer leur foi, leur croyance, leur appartenance à une religion ou à une autre. Soit.
Je ne ferai pas ici la distinction entre la foi, la croyance et la religion. Vous chercherez vous-même de quoi il en retourne.
Qui sont les croyants, tous azimuts ?
Cette semaine, donc, je me suis demandé… combien de gens cela touche-t-il ? Combien de gens en parle, n’en parle pas ? Parmi les voix qu’on entend dans les journaux, dans les conseils de classe, dans les lignes ouvertes, partout - parmi ces voix, lesquelles ne sont pas entendues ? Combien représente la part des frustrés, des heureux, des inquiets, des déçus ? On entend beaucoup le discours des catholiques, surtout quand ils sont contre le programme d’ÉCR. Qu’en pensent les autres religions ?
Je n’ai certes pas la prétention d’établir un sondage scientifique. Mais souvent, vous, intellexlecteurs, avez été nombreux à répondre à mes drôles de questions. Et à me donner une idée de l’heure juste parmi une certaine tranche de population (branchée, lectrice, urbaine, majoritairement féminine et éduquée). Sommes-nous aussi religieux d’appartenance qu’on le dit ? Quelle religion “prédomine” actuellement, au Québec ? Dans ma blogobulle ?
Ma confession
Je participe la première. Évidemment, je ne vous balance pas tout ça en demandant votre avis sans vous donner le mien. Je suis donc relativement croyante. Comme j’évolue souvent dans un monde plus scientifique que spirituel, ma foi est ébranlable, et je m’inspire majoritairement du bouddhisme pour survivre. Je crois cependant au Dieu unique de mon enfance chrétienne, tout en mettant un énorme bémol sur le créationnisme. Je suis une représentante contemporaine des aléas d’une religion “terroir” fouettée par la démographie changeante, inspirée par une famille pas-plus-catholique-que-le-pape.
Je vous laisse ce sondage. Pour que vous puissiez éclairer ma lanterne bien pâlotte. Pour que je me fasse une idée.
Et puis je garde les commentaires ouverts, même si quelque chose, de mon instinct, me dit que ça risque de barder… quoique. Si je me fie à votre bonne conduite des dernières années, je risque d’être agréablement surprise du civisme des commentaires.
En terminant, si le sujet vous touche, j’aimerais savoir ce que vous pensez de l’ÉCR…






J’ai déjà préparé un long billet sur cette question il y a quelques mois, je ne m’auto-ployerai pas, mais je répéterai en bref ce que je disais là, c’est que malheureusement, notre idée que la nature a horreur du vide est complètement tordue à certains égards… exit le cours de religion oui, mais laisser ensuite les établissement, par leur conseil d’établissement, trouver comment meubler positivement ce temps, pendant un an tiens, un an de vide à combler par le choix des conseils d’établissement, tout d’un coup, comme avait dit Malépart, que sans nous, ça marcherait mieux
N/A; N/A.
Il manque définitivement un ‘aucune’ ou ‘rien’ dans ton premier sondage.
J’ai toujours été convaincue que la croyance est une question d’éducation, probablement à cause de l’exemple familial. Comme toute ma génération dans ma famille, on ne m’a jamais parlé de quelque dieu que ce soit quand j’étais petite (nous ne sommes même pas baptisés) et je ne crois pas. En rien, et non, ce n’est pas la même chose que la foi, puisque ça n’implique aucun engagement. Pour couronner le tout, j’ai une formation de biologiste. Je suis donc une ‘athée extrémiste’, pour reprendre les mots de Douglas Adams, ce qui ne m’empèche de profondément respecter la foi des autres.
Je vis présentement dans un milieu extèmement religeux, et nous sommes en plein Ramadan. Ma Chipounette imite les grands qui prient (sa nounou, ses grands-parents), mais elle n’entend pas parler de religion à par ses parents. Je ne lui parlerai jamais de dieux sans qu’elle ne me le demande, et même alors, elle se fera répondre quelque chose dans la ligne d’une construction de l’homme pour l’homme face aux angoisses existentielles qui viennent avec la conscience de soi.
Entre mon chéri et moi, on n’en a beaucoup discuté, mais nous ne sommes pas d’accord. Il est croyant non pratiquant et a du mal avec la théorie de l’évolution (mauvaise compréhension, selon moi…). La Chipounette devra trouver son propre chemin j’imagine, en posant des questions à des parents qui ne sont pas du même avis, mais qui se respectent dans ces contradictions.
Ah oui, j’oubliais : les religions font partie de l’histoire de l’humanité et la connaissance de celles-ci est essentielle à la compréhension du fonctionnement du monde, surtout en cette époque de ‘globalisation’ (je déteste ce mot). Mieux vaut avoir de vraies informations et une compréhension de l’autre que de se fier aux rumeurs aux préjugés. Tout dépend donc de la façon dont c’est enseigné.
La reponse peut-etre compliquee. Et simple. Je m’inspire d’un tout, et d’un rien. J’essaie que mes enfants soient citoyens du monde…
Pour ma part, je dirais que les québécois catholiques (pratiquants ou non) vivent un malaise depuis quelques années déjà. Avec la Révolution tranquille, on a collectivement décidé que la place de la religion était à la maison, et non dans la sphère publique. Quand j’ai fait mon secondaire, on avait le choix entre les cours d’enseignement moral et les cours d’enseignement religieux. Et puisqu’à l’époque, l’immigration venant de pays musulmans était moins importante, les quelques élèves qui pratiquaient cette religion trouvaient parfaitement leur place dans les cours de moral.
Mais depuis quelques années, fin des années 90 et début 2000, l’immigration de pays musulmans est plus importante, et on a vu la population musulmane augmenter au Québec. Là ou le bat blesse, c’est qu’eux, contrairement à nous, continuent de pratiquer ouvertement leur religion, et avec la liberté de culte que nous avons (bien heureusement d’ailleurs!) ici, ce sont eux que l’on remarque d’avantage.
Le problème vient donc du fait que les catholiques, qui ont relégué leur religion dans leur salon, et qui font rarement étalage de leur foi (ne serait-ce qu’en allant à l’église) voient arriver ces personnes pour qui la foi veut encore dire quelque chose, et qui n’hésitent pas a l’afficher.
D’ou le malaise, et l’impression dêtre envahi, puisque pendant longtemps, la religion catholique a fait partie de notre héritage historique, culturel, voir même identitaire. Et puisque nous avons en quelque sorte « rejeté » cet héritage, avec la Révolution tranquille, on se retrouve devant un certain vide identitaire, qu’on a pas encore réussi a combler. C’est pourquoi (du moins, à mon avis…) le fameux cours d’éthique pose tant de problèmes. On est en train d’affirmer que Mahomet et Bouddha ont autant d’importance que Jésus dans la société québécoise, et certaines personnes ont encore en tête un certain héritage catholique «prédominant» qui a donc de la difficulté à s’ouvrir à d’autres religions.
Alors, si le parent à de la difficulté à « dealer » avec son héritage religieux, comment voulez-vous qu’on demande à leurs enfants de s’ouvrir à une multitude d’avenues possibles?
Voilà, à mon humble avis, les racines du problème…
Ça y est, j’ai fini, vous pouvez maintenant lancer les roches, je suis prêt!
Blogue l’Athée.
(P. S. Désolé de la longueur du commentaire, mais ça fait longtemps que ces considérations me trottent dans la tête. Merci de m’avoir donné l’espace pour les exprimer! En espérant que j’aurai au moins contribué à faire avancer le débat!)
Moi, je suis pour le cours d’Éthique machin. Qui a dit que parce que tu pratiques une religion, tu ne devrais pas tenter de comprendre les autres ? Je suis une grande militante de l’ouverture d’esprit (nuance à faire ici entre l’ouverture d’esprit et le “je-me-mets-à-genou-devant-n’Importe-qui-et-j’accepte-n’importe-quoi”…) et je crois que l’apprentissage ne peut que nous faire grandir.
En apprendre sur une autre réalité ne veut pas dire abandonner les siennes…
Cela dit, je trouve que ce que blogue l’éponge dit a pas mal de sens… Et justement, mes parents et grands-parents ont milité pour sortir la religion des institutions gouvernementales et publiques et là on serait en train de recommencer le même débat… Le point majeur, selon moi, quand on immigre ailleurs, peu importe où, on doit s’adapter et non s’imposer. Sinon, pourquoi immigrer ? “Si tu t’ennuies à ce point de ton pays d’origine et de ses convictions religieuses, retournes-y…Sinon, ne fais pas en sorte qu’on retourne dans les années 40…”
Vivre en société, c’est vivre et laisser vivre. Pas imposer des nouvelles choses à d’autres qui étaient déjà établies.
Concernant mes propres croyances, je penche plus vers l’athéïsme que le catholiscisme (pas le goût d’ouvrir le dico). Je suis catholique par tradition, mais disons qu’à Noël, je fête ce que Noël est pour moi bien plus que la naissance du Christ, même chose pour Pâques.
Tant qu’à moi, tant qu’on reste honnête, intègre et qu’on ne brime pas les croyances des autres ou qu’on n’impose pas les nôtres, tout est parfait, dans le meilleur des mondes.
Sauf que je sais qu’où ma liberté commence, celle de l’autre se termine.
Pas simple, cette question là Intellex…! Pas simple dutout!
C’est drôle que tu blog de ça puisque je postais justement quelque chose sur le documentaire “Jesus Camp” dans mon blog. Ça m’a assomé ben raide! J’pouvais pas croire qu’on fait ça à des enfants… En t k…
Ma vision c’est, tu nais, tu grandis, tu vieilli, tu meurs et tu décompose pour l’éternité dans une boite en bois avec des factures. Oui je sais, c’est poche en sale, mais je n’ai pas trouvé quelque chose de plus convainquant encore… Moi too, j’suis prêt à manger des roches par la tête.
CHeers!
Bonjour,
Je passe parfois, mais je ne laisse jamais de commentaires. Je ’saute’ cette fois…
(clavier anglais).
Je trouve le mot “islamisme” plein de (mauvais) sens. Pejoratif.
Voici ce que le Larousse dit la-dessus : Synonyme vieilli de islam.
Mouvement regroupant les courants les plus radicaux de l’islam, qui veulent faire de celui-ci, non plus essentiellement une religion, mais une véritable idéologie politique par l’application rigoureuse de la charia et la création d’États islamiques intransigeants.
Alors, je ne peux choisir cette option. Mais, oui, je suis musulman…
Je suis bien d’accord avec le commentaire de Onassis et je rajouterai également que je suis musulmane.
Sinon, bien en ce qui a trait au fameux nouveau cours, je suis pas mal contre. On parle de laïcité, mais en fait, on instaure un cours qui ne corrobore pas avec la laïcité. Le point qui me dérange grandement, c’est la ‘’superbe” formation qu’ont eu les profs. J’ai des amies enseignantes et elles ne sont pas du tout à l’aise de devoir enseigner ce cours. À l’heure qu’il est, elles ne savent même pas encore ce qu’elles vont faire de leur enseignement de cette matière. Même que celle qui enseigne dans Parc-Extension en 4e année est plus que mal à l’aise de devoir aborder l’Islam avec une classe composée majoritairement de jeunes musulmans chiites et sunnites. En temps normal, elle devait déjà faire des rappels aux jeunes musulmans qui s’obstinaient sur les différences entre chiites et sunnites. Là, elle devra aborder la religion dans les grandes lignes en ayant devant elle des jeunes de deux tendances qui argumenteront, alors qu’elle ne sera pas outillée pour argumenter. Même chose pour le judaïsme et ainsi de suite.
C’est bien beau de donner l’argument que ce n’est qu’un survol, que ça combattra l’ignorance, etc., mais dans le programme, les enseignants doivent établir les grandes lignes de la religion en question. C’est ”l’fun” de savoir que des enseignants, qui auront eu des petites formations données par du monde qui n’en connaissent pas plus qu’eux sur les questions religieuses (c’est ce que m’ont rapporté mes amies profs qui ont suivi ces formations), parleront de ces religions à nos enfants…
Je suis pour le combat contre l’ignorance, je suis pour l’information, mais pas pour l’information ”à peu près”. À mon sens, ça aurait seulement dû être un cours d’éthique parlant de bien des choses et abordant seulement le point qu’il existe diverses religions, mais qu’on ne doit pas oublier que l’on doit respecter chacun dans sa pratique ou sa non-pratique. Point à la ligne.
Je suis des rares bizares qui n’a pas fait baptiser mes enfants…Je ne l’ai pas fait parce que je ne suis pas catho, alors pourquois je les embarquerais la dedant? Je suis paganiste, seulement parce que c’est le terme le plus près de ce que je crois. Je ne suis d’aucune religion, parce que je crois que les religions servent juste a s’ostiner entre humain sur ce qu’on doit croire ou non, ce qu’on doit faire ou non. Je ne suis donc d’aucune religion bien que je “pratique” mes croyances… Mes enfants disent en rigolant que maman est une sorcière, mais si on leur demande d’etre sérieu, je crois qu’ils dirait :” oui oui, une sorciere, mais une sorciere gentille!!” Ils ont déja entendu parler de Boudha, De Allah, de krishna, juste comme ca, parce que les croyances des autres ca fait partie de la vie. Pas besoin de dire que je suis vraiment POUR ce cour puisque c’est ce que je veux que mes enfants apprennent. Il existe des tas de religions, des tas de croyances et de facon de croire, de facon de pratiquer…les religions c’est intime et chacun a la sienne.
Chacun a le droit d,etre respecté dans ses croyances et l’obligation de respecter les autres…Ils vont vraiment enseigner ca à l’école?!!
1. Il était temps, à mon avis, qu’on déconfessionnalise complètement les écoles du Québec. En démocratie, il importe, à mon sens, de tracer une ligne stricte entre la promotion d’une foi religieuse et les institutions étatiques, publiques (dont l’école). (Il faut se rappeler qu’il n’y a pas 10 ans, et encore moins en certaines écoles, la première communion et la confirmation étaient “à charge” de l’établissement scolaire.)
2. Je suis agnostique et globalement favorable à l’ÉCR. Faire la promotion de la foi catholique ou protestante (c’est ça, une école confessionnelle) est une chose. Offrir aux enfants une culture religieuse susceptible de leur permettre d’acquérir “une meilleure compréhension du fonctionnement du monde” - comme l’écrit avec justesse Sara du Niger- en est une autre. L’intention est noble, je trouve. (Maintenant, il faudra voir son application).
3. Bien que ce ne soit pas mon cas, j’ai le sentiment, à l’instar de Blogue l’Éponge, qu’il existe un malaise depuis peu, depuis que le Québec n’est plus tout à fait scinder en deux clans (catholique, protestant), religieusement parlant. Le fait, en effet, que des individus appartenant à des religions non chrétiennes affichent “leurs couleurs” (on parle beaucoup des musulmans, mais il n’y a pas si longtemps on parlait des Shiks). Je peux comprendre ce malaise. Certes, il ne faut pas perdre pas de vue que la majorité québécoise affiche encore son appartenance religieuse plus qu’on le pense (pensez à tous ces crucifix un peu partout), d’une part. D’autre part, ce n’est pas parce qu’on affiche son appartenance religieuse ou qu’on revendique des arrangements pour assurer nos droits à la liberté religieuse (garantie par la Charte à TOUS les citoyens québécois) que ça signifie qu’on IMPOSE sa religion, d’autre part. Mais est-ce que c’est ce qui fait que la question “religion” refait surface; plus qu’en raison de l’ÉCR? Je ne sais pas.
Je relis parfois le (savoureux) premier chapitre de l’histoire de Pi. Et je m’efforce, toujours, de me souvenir de son message: l’imaginaire et notre humanitude, par delà la foi religieuse, sont ce qu’on a de plus précieux.
Réunion de parents l’autre soir. Le prof, un brin nerveux mais plein d’humour; “bon, je vais enseigner éthique et cultures religieuses, je pense que je n’ai pas besoin de vous expliquer le cours, vous avez tous lu les journaux”.
La salle, pourtant timide jusque là, a éclaté de rire.
Je crois. Dieu, Yahvé, Bouddha, peu m’importe. Je crois qu’à quelque part, quelque chose ou quelqu’un existe et préconise des valeurs universelles de respect, de tolérance et d’amour. Je n’ai pas d’Église, mais j’aime les rituels rassurants qui me rappellent mon enfance. J’en ai contre l’hypocrisie du clergé, mais j’ai fait baptiser ma fille au cas ou. Je suis pleine de contradictions, mais je m’assume.
Moi aussi, j’ai assisté à la rencontre des parents. À priori, je ne peux être contre une plus grande ouverture, par une plus grande connaissance, aux autres. Je déplore toutefois que les profs n’aient pas été formés: aux questions posées par les parents, la prof ne pouvait que répondre qu’elle l’ignorait, que le matériel n’était pas entré et qu’elle avait eu un maigre 2 heures de formation. À ce titre, et sentant son malaise, j’aurais préféré qu’on abolisse complètement ce cours et qu’on le remplace par un cours d’éducation physique. Pas parce que je suis contre, mais bien parce que si les profs sont mal à l’aise de l’enseigner parce qu’ils ne sont pas équipés correctement pour le faire, on est en droit de se demander quels seront les objectifs atteints…
Si vous vous retrouvez à table à discuter avec des gens des croyances religieuses de chacun, l’atmosphère risque de devenir lourde et sans ouverture. Par contre si vous échangez sur comment la spiritualité ou Dieu tel que vous le concevez anime votre vie, vous assistez presque toujours à une discussion joyeuse et animée. L’homme explique la lumière à travers une multitude de tendances culturelles mais la lumière communique au travers de l’expérience spirituelle des hommes. Elle ne s’explique pas, elle agit.
Je ne crois pas, je fais confiance en l’expérience et je reste à l’écoute de l’expérience des autres. La vérité est multiple dans son expression.
Comment enseigner cela dans les écoles? Aucune idée!
Je ne suis pas d’accord avec ton affirmation Annick, à savoir que si on se retrouve à table à discuter avec des gens de croyances religieuses de chacun, l’atmosphère risque de devenir lourde et sans ouverture.
L’an dernier, dans le temps des Fêtes, nous avions un souper chez un couple d’amis ex-TJ. Il y avait à table et durant toute la soirée : ce couple d’ex-TJ qui est agnostique maintenant, un autre couple complètement athé, un couple de catholiques orthodoxes, nous couple musulman. Chacun des quatre couples se rappelle cette soirée où les croyances de chacun ont été discutées avec respect et sans animosité, mais avec parfois des phrases chocs, des appréhensions et ainsi de suite.
On apprend beaucoup de repas du genre. Suffit que chacun s’y rende avec son respect et le respect de l’autre. Les problèmes surviennent quand certains se ramènent avec leurs croyances et valeurs, mais n’ont aucune ouverture et aucun respect face aux croyances et valeurs des autres.
@ la fee : t’es pas la seule… Nous non plus nos enfants ne sont pas baptises… Parce que bien que nous ayons ete tous les deux baptises, nous ne nous considerons pas comme catholiques.
@Exivrogne: On en revient à l’idée de dire n’importe quoi sans nommer ça “morale” ou “société”. Des cours d’éducation physique, me semble que ça aurait pu faire la job, question “meublage”…
@SEMAJ: Lire d’une traite “nana”, héhé !
@Sara au Niger: Excellente idée, Sara, d’ajuster le sondage. C’est fait.
@Sara au Niger: Tu mets le doigt sur un des bobos du cours d’ÉCR. “La façon dont ce sera enseigné.” Et pour ce qu’on en sait jusqu’à présent, les profs risquent d’en arracher. Je ne voudrais tellement pas être à leur place !
@Faydra: C’est bien dit “Un tout. Et un rien” !
@Blogue_l’Eponge: J’apprécie ton point de vue. Effectivement, il y a un malaise à enseigner “les” religions dans un contexte semblable. A-t-on déjà vu pareil cours ailleurs dans le monde, d’ailleurs ? (J’ignore la réponse !)
@Celle qui porte les lunettes: Pas simple, tu as raison. D’autant plus que dans certaines religions, le monothéisme est une condition sine qua non. Comment faire la démonstration qu’il n’existe qu’un seul dieu, mais en 7 exemplaires, selon les religions choisies ? Pas simple… surtout si on s’adresse aux petits du primaire !
@Mathieu: Pour Jesus Camp, c’est tellement la bonne démonstration de l’intégrisme. Assez morbide de savoir que certains avancent ça jusqu’au bout, de cette manière là.
@Onassis: Je m’y connais peu, Onassis, en religion(s) musulmane(s). Mea culpa. Que dois-je écrire, alors, s’il y a autre chose que l’Islam ? Et dans le programme d’ÉCR, qu’est-ce qui sera enseigné à ce propos ?
@Kennza: Voilà. Tu touches un point essentiel. “Comment” l’ÉCR sera enseigné. Dans quelle mesure les petits dans les classes seront pratiquants d’une ou l’autre religion, et comment ils arriveront à en entendre parler “autrement” que ce qu’ils vivent, chez eux… c’est délicat.
@la fée: Quand on propose à l’école un panorama des religions, et qu’à la maison, les enfants n’en ont rien à cirer, est-ce qu’ils ne risquent pas de se sentir perdus ? De vouloir à tout prix appartenir à l’une ou l’autre ? Il y a tellement de questions qui me viennent en tête, quand je vous lis !
@Caroline: Wow, c’est vrai. Je n’y avais pas pensé. Mais tu as raison : est-ce que c’est à cause de l’ÉCR (ou pas) que ça refait surface ? …
@chroniques blondes: C’est mal barré, comme dirait l’autre !!! Quand un cours se ramasse en long et en large dans l’actualité médiatique, c’est qu’on est loin de la chicane entre l’Alouette en colère et La Manic au cours de français !
@MJ: Voilà ! Plusieurs enfants risquent d’en savoir “plus” que le prof, en matière de religion, de pratique, de définition, et du reste. Comment ça se vivra, ensuite, dans une salle de classe, ce malaise-là ?
@Annick Gauvreau: Aucune idée également. Mais surement pas “rapidement” comme c’est fait en ce moment. Avec une formation ridicule, des manuels inexistants et une implantation rapide, tout de go. L’avenir nous le dira, mais pour l’instant, je n’y crois pas.
@Kennza: Finalement, on aurait peut-être du appeler ce cours d’ÉCR “Ouverture au monde religieux” plutôt que “Éthique” et “Cultures religieuses”. L’ouverture mène à la concession, à la discussion, au libre-choix.
@Faydra: Ce qui me fait penser à un truc : dans la religion catholique, il y a le parcours catéchétique (vers les sacrements) pour signifier l’appartenance et creuser sa foi. Dans les autres religions, il n’y a pas (ou peu) de symboles du genre, d’obligations du genre, de “passages” vers une plus grande maîtrise de sa foi… Quelle est la différence entre un petit baptisé et un autre qui ne l’est pas quand, frustré ou apeuré, il lève les yeux au ciel en quête de sens ? Tous deux en arrivent à croire. Seuls les termes sont différents. Seuls les rites sont différents…
Qu’est-ce que je suis heureuse de vous lire, d’approfondir la question, de vous savoir si polis dans vos affirmations ! Vous êtes géniaux, vous le savez ?
ISLAM aurait été “correct”. Quant à ce qui sera enseigné : fouille-moi !
En fait, je crois que si, je dit bien SI c’est bien enseigné, les enfants vont adorer ca. Chez moi, je ne prone aucune religion, je ne pousse même pas mes propres croyances à mes enfants, mais je répond à toutes leurs questions quand ils en posent. Je dirais que ce sujet , quand on l’aborde, souleve des tas de questions…On a eu quelques souper bien annimé autour des religions, ils ont des opinions parfois très surprenant quand on les écoute puisqu’ils ne sont pas encore ‘polués’ d’idées toutes faites. M’enfin, c’est ce que moi j’en pense.