Le chien et la photocopieuse…
Par Intellexuelle • jeudi 23 novembre 2006 à 23:19 • Catégorie: Communication, Sociosphère![]()
Dans mon boulot, je vous en ai déjà parlé, je rencontre de drôles, de cocasses ou de vraiment choquantes situations.
Ces derniers temps, je travaille beaucoup avec des notions de harcèlement au travail. De plus en plus, on voit des cas qui sortent du harcèlement «habituel» patron/secrétaire. Sérieusement, je me fais raconter des «cas» qui, chaque fois, me donnent envie de mettre quelques bombes dans quelques pantalons. Côté harcèlement psychologique, c’est souvent lié aux discussions de couloirs, aux abus de pouvoir et aux cliques entre les employés. Côté harcèlement sexuel, j’entends surtout des affaires de filles, en fait. Au recensement (mon recensement, là), peu d’hommes ont à le «vivre» en tant que victime.
Je prépare en ce moment une présentation sur les types de harcèlement. Et, comme dans toutes mes présentations, j’essaie d’inclure le plus «d’images» possible, le plus de métaphores possible, le plus d’exemples possible. Dans le cas du harcèlement psychologique, une tonne d’exemples me viennent en tête. Et, si le coeur vous en dit, ajoutez-en. Ça fait toujours un bien fou de raconter comment «il/elle a réussit à me faire virer fou/folle». Moi, ça m’aide à monter ma banque d’exemples.
…Je disais, donc, que dans les cas de harcèlement psychologique, les exemples sont éloquents. Mais quand j’aborde la question du harcèlement sexuel, c’est délicat, très délicat, vraiment délicat. Et difficile à mettre en image parce que je ne peux pas faire de «démonstrations» en mode «réel» comme j’aime bien, question de respect, question de ne pas, non plus, déborder dans le pathos.
Euréka, hier soir, j’ai trouvé ! Sans devoir faire d’intervention en mode «personnage», j’ai trouvé comment expliciter un peu mieux le harcèlement sexuel au bureau, envers les femmes. L’image est forte, elle est grossie des centaines de fois et elle est «réduite» au minimum, mais c’est ce que j’ai pu trouver de mieux dans ma tête pour représenter l’escalade et la débandade (pas de jeu de mots, je vous en prie), dans ce cas là.
Un chien qui zigne. Un christie de chien qui zigne. Je me sers de vous comme «testeur», d’accord ? Je vous raconte l’histoire… et vous me dites si elle vaut la peine d’être présentée comme «exemple» de harcèlement sexuel homme-femme. Est-ce que cette histoire vous incite à mieux saisir l’embarras ? (Je dois travailler plus tard sur les autres types, incluant femme-homme.)
«Marie-Christine se rend à la photocopieuse pour tirer quelques copies d’une lettre, par exemple. En attendant ses copies, elle voit passer un caniche. Le caniche s’arrête à sa hauteur. Le caniche commence à la sentir, à sniffer ses bas, ses cuisses. Le caniche s’énerve. Jusque là, Marie-Christine trouvait ça mignon, un petit caniche qui l’approche. Quand il a commencé à la sentir longtemps, elle le trouvait un peu moins mignon, mais cela allait quand même. Les autres employés regardaient le caniche et Marie-Christine. Quelques-uns appellèrent le caniche vers eux, comme on fait souvent avec les cabots : «pitou pitou, viens me voir…». Mais le caniche restait collé à Marie-Christine.
Le lendemain, toujours en se rendant à la photocopieuse, le caniche attendait Marie-Christine. Ça l’a un peu emmerdé, là. Elle n’avait pas le temps de jouer avec pitou. Plus insistant encore qu’hier, le caniche reniflait Marie-Christine avec vraiment beaucoup d’insistance. Puis, lentement, en prenant son plus bel air de caniche, il a grimpé sur son mollet. Marie-Christine aimait moins l’attention que lui portait le chien. Les autres employés, eux, étaient amusés du manège. Marie-Christine a donné un petit coup de pied au chien, puis est repartie avec ses copies.
Le surlendemain, la même affaire. Marie-Christine à la photocopieuse et le caniche à côté. Cette fois, il l’a senti, il l’a frotté puis sans avertir, il s’est mis à zigner sur son mollet. Marie-Christine ne riait pas du tout. Elle qui aimait bien les chiens, pourtant, elle n’arrivait pas à blairer celui-là. Elle donnait de petits coups de jambe, pour tenter de secouer le caniche et de lui faire lâcher prise, mais le chien zignait solide sur son mollet. Les autres employés, ceux qui regardaient la scène, voyaient bien que Marie-Christine ne trouvait pas ça amusant. Le reste des employés s’était détourné, gênés de ce qu’ils voyaient. Marie-Christine a finalement réussit à se débarasser du chien grâce à l’intervention d’un(e) collègue, arrivé(e) sur le fait.
Quelques jours plus tard, le même chien, la même employée, la même situation, mais cette fois, le chien a pris soin de bien attendre qu’il n’y ait personne aux alentours… Marie-Christine a eu peur. Le chien zignait pas mal fort, et cette fois, elle était seule avec le cabot qui, en plus, grognait pendant le zignette.
Quand elle a réussit à se débarrasser du caniche à grands coups de pieds, elle est allé voir son supérieur. Et lui a raconté l’histoire. Le supérieur a bien eu vent d’un supposé chien sur l’étage, mais personne ne sait qui c’est. C’est bien connu, les chiens sont discrets pendant la journée. Le supérieur a dit qu’il allait tenter de trouver le caniche et de le blâmer pour ses comportements bestiaux.»
… Le reste, il faut que je le travaille encore. Les conséquences et tout. Mais overall, dans l’ensemble, qu’en pensez-vous ? Vous êtes bien gentil de me donner un coup de main là dessus. Vraiment.






wow,
vraiment l’image est très bien choisie.
C’est aussi bien de parler de ceux qui voit, qui rient puis qui se sentent mal quand c’est évident qu’Elle ne trouve pas ça drôle.
Mais le gars (celui qui zigne?) va-t-il se reconnaître? est ce que LUI perçoit qu’il dépasse les limites?
Ton idée d’imager cette problématique est efficace!
Belle métaphore avec le chien, on voit que l’histoire a été pensée pas à peu près! Cependant, je me demandais quel était le public ciblé (catégorie d’âge) de ta représentation. À mon avis, tout doit être axé à partir de là! Il ne faut pas se le cacher, les « choses » crues frappent beaucoup plus et, de ce fait même, conscientisent davantage!
Moi j’aime bien que mon chien zigne. Ça démontre une santé sexuelle. J’aime que mon chien soit sexuellement satisfait.
Moi je passerais ce vidéo-là à la place.
oiled…
Pas certaine que les hommes qui ecoutent la presentation vont aimer ce faire comparer a un chien… mais bon, c’est pas eux, c’est le harceleur…
Sinon, on voit tres bien de quoi tu parles, ca illustre tres bien une situation de harcelement.
Je trouvais ton histoire un peu simple, puis j’ai visionné le vidéo de P-A.
Définitivement je préfère ta version.
J’apprécie nottament les infos “périphériques”; le fait qu’au début ça peut être charmant, le fait que les gens autour peuvent voir les choses aller sans savoir réagir, le fait qu’au niveau du supérieur les rumeurs se sont souvent déjà rendues mais que l’histoire est trop floue et le caniche n’a pas de nom, rarement suffisant pour prendre des mesures correctives.
Peut-être juste ajouter que dans bien des cas, le caniche est du genre a sentir pas mal tout le monde en bas culotte, ce qui fait que son comportement est jugé “normal” bien après que Marie-Christine ait commencé à le trouvé fatiguant.
J’aime beaucoup l’image! N’est-ce pas le propre de l’Homme (je parle ici de l’espèce) de mieux comprendre avec une métaphores judicieusement choisie?
Comme le sujet est délicat, le caniche sera une bonne entrée en scène. C’est rigolo un caniche…
Malgré l’aspect loufoque du chien, on sent très bien l’escalade de l’histoire anodine à partir de l’inoffensive première fois.
L’angoisse, l’insécurité, le sentiment d’être isolée malgré une masse de collègues autour.
Vos présentations doivent être fort éloquentes.
Vraiment bien comme illustration!
Je trouve que ça a l’air très intéressant ton travail (encourageant, puisque c’est ce que j’étudie..). En lisant ton post, je suis allée relire les situations «choquantes» et «cocasses», et j’ai compris pourquoi ça me disait vraiment quelque chose les axiomes et l’école de Palo Alto… je lis watzlawick (une logique de la comm) cette session dans un cours de théories de la comm humaine, et j’avais vraiment l’impression d’avoir vu ça quelque part!
Ma réplique sur mon bloub…
Me suis planté, j’ai effacé…
Excellent! Vraiment excellent!
L’image est très forte et très révélatrice. Je crois que tu as fait un excellent choix!
Martyne, c’est très bien imagée. S’il y a un homme qui se reconnait dans le groupe ça lui fera peut-être prendre conscience de ses agissements sinon ça en réveillera quelques autres.
J’ai toujours trouvé très désagréable de me faire zigner par un chien et je l’ai toujours manifesté tout comme par les hommes!
Mesdames et mes demoiselles, n’hésitez jamais JAMAIS à refuser toutes atteintes à votre dignité, peu importe les conséquences, il en va de votre confiance et de votre liberté. PERSONNE et je dis bien personne n’a le droit de vous harceler, JAMAIS.
J’adore foutrement l’image que tu donnes à ce type de harcèlement (mec vs petoune) au travail. Excellent. De plus, je viens tout juste de déposer une plainte pour harcèlement psychologique envers mon ex-contremaîtresse ainsi qu’un Grief à mon syndicat… Une semaine après le dépôt de ma plainte, la demoiselle se retrouvait sans emploi! Elle avait sacré après moi, la petite crisse…
Bebaille, Miss ex-boss!
Puis-je te SmacKer?
SmacKs, SmacKs, SmacKs…
xxx
par l’image on doit faire comprendre efficacement, sans blesser…sinon on tombe dans le piege inverse et ca transforme l’agresseur en victime.
tu choisis toujours bien tes mots, alors caniche, cabot, pitou, bichon, ca va, mais n’utilise pas chien, ou bêtes.
car meme si le comportement est tel, ca transforme l’agresseur en agressé et l’attention seras maintenant sur son agression a lui et pas elle. la vrai victime seras effacé. meme si on remet l’attention sur elle, son agression seras moindre a cause que ca deviens équitable.
p.s. le but est avant tout de garder le focus sur la bonne histoire, et s’organiser pour qu’elle ne s’en détourne pas. on a vue ca trop souvent, ne tombe pas dans ce piege.
p.s.s. pas souvent de mes nouvelles, mais je te lis a tous les jours que tu écris. je passe vous voir d’ici noel avec Annie… promis xxx
Je trouve que c’est un excellent exemple, vraiment!
L’histoire, c’est que c’est souvent tellement plus subtil que ça. Parfois c’est un boss qui te fait venir plus souvent que nécessaire dans son bureau, qui commence à te poser des questions personnelles et qui te raconte ce qu’il en est avec sa femme. Ça peut paraître cool d’être amie avec le boss, mais quand ça sort de nulle part… Ça peut être encore un supérieur qui te fait des avances pendant un party. Et si tu dis non, va-t-il trouver n’importe quel prétexte pour te renvoyer ? Va-t-il se montrer plus rigide quand tu voudras renégocier ton salaire ? Va-t-il instiller une atmosphère malsaine ? Et tu n’as évidemment aucun recours parce que monsieur est le boss, voire le proprio de l’entreprise. Et parce que c’est impossible à prouver. Monsieur le patron a le gros bout des bâtons (oui, au pluriel!).
L’histoire du chien, c’est beaucoup trop gros à mon avis. Les mecs vont se dire : « Ah ok, je peux aller jusqu’à sniffer ses bobettes avant que ce soit condidéré comme du harcelement sexuel.»
Venant de publier un machin qui mentionne un site américain des plus machistes, suis un peu emprunté de donner mon avis ! Mais: comme d’autres, je trouve que c’est presque trop “gros”, et que ça risque de perpétuer l’idée que tout h.s. est tactile, alors que les débuts sont parfois purement verbaux. Mais la métaphore est efficace, et l’ambiguité des réactions des collègues est très bien rendue.
Excellente cette image.
Je préfère, et de loin, ton exemple plutôt que la vidéo.
Il faut focaliser un peu plus sur la réaction des autres, je pense.
Ayant fait l’objet d’une belle manipulation il y a deux ans, la réaction de certaines personnes de mon entourage, qui avaient compris sans réagir, m’intrigue encore.
Pourquoi détourne-t-on la tête et fait-on semblant de ne rien voir?
…je ressens tout à fait bien le malaise et la gêne des autres à faire quoi que ce soit pour aider la pauvre fille! c’est parfait!
J. M.
J’aime bien cette approche que tu amènes pour traiter du harcèlement sexuel au travail. D’autant plus que je déteste les caniches…tu sais, ceux que l’on retrouve ça et là sur les étages des lieux de travail.
Je pense que tu pourrais très bien parler de la lâcheté, voire de la complicité de toutes celles et tous ceux qui, DÈS LE DÉPART, assistent à la manoeuvre canine vis-à-vis Marie-C. mais qui se taisent, sourient « jaunes » ( soit, comme ils le sont eux-mêmes ) ou, tout au plus, osent, sans trop de conviction, prononcer un tout petit « pitou, pitou ». Ces personnes là sont, depuis le tout début de la démarche chienne, les complices actifs de ce caniche de bas étage.
Remarque, ce n’est qu’une piste, sans plus!
Bonne semaine, J.M.Desmeules!
André.
Tout à fait d’accord avec M.André Tremplay.
[...] Ce billet est paru, dans sa version originale, ici. [...]