Le besoin de dire

Par Intellexuelle • lundi 09 juin 2008 à 10:00 • Catégorie: Nouveau, Psyritualité

Je ne suis pas née les poches pleines de soleil. Des embuches, il y en eut plus que je n’aurais pu en inventer. Y’a pas mal que la guerre qui n’a pas été vécue par ici. Et encore. Parfois, les guerres les plus destructrices pour l’humain sont celles qu’on se livre soi-même.

Cela dit, il y a quelques années, j’ai trouvé comment, pour moi, l’exutoire arrivait. Par ma bouche. Mes doigts. La poste. Par ici. Je disais.

Dire, pour dire, juste pour dire. Juste pour ne pas laisser les mots errer dans un phylactère quelque part au-dessus de ma tête, sous mon oreiller, derrière moi. Dire parce que j’en avais besoin. Dire pour vivre, et survivre, le cas échéant.

Take all of your wasted honor ; Every little past frustration; Take all your so called problems; Better put ‘em in quotations

Il y a quelques jours, j’ai accordée une entrevue à l’une des journalistes à la voix la plus heureuse que j’aie connu. Sa voix ressemblait au bonheur. Ses rires étaient purs, vrais, magiques. Le sujet de notre conversation paraitra sous peu dans un article de magazine, je vous en reparlerai. Mais quelle voix ! J’ignore de quoi elle a l’air, en vrai. J’imagine tout à partir de sa seule voix et dieu qu’elle doit être belle. Avec seulement quelques mots, elle fait voyager le soleil à travers ses dents. Et, surtout, elle m’a fait réfléchir à ceci : quand j’écris, quand je prends des notes, quand je liste mes priorités, j’inclus même les choses que je dois dire.

Walking like a one man army; Fighting with the shadows in your head; Living out the same old moment; Knowing you’d be better off instead

J’inclus les choses “à dire” parce qu’autrement, j’ignore si j’aurai assez de volonté pour y repenser. En ce sens que si un événement m’attriste, si une joie profonde me touche, si la mélancolie s’en mêle, si la fierté se gonfle, souvent, je me tais. Je laisse l’eau couler et me dit que plus tard semble être un moment choisi pour révéler mon âme et dire.

Have no fear; For giving in; Have no fear; For giving over; You better know that in the end; It’s better to say too much; Then never to say what you need to say again

Sauf que. Sauf que ça m’est déjà arrivé de ne plus pouvoir dire. Parce que le moment était passé. Ou parce que la personne avait ravalé son certificat de naissance. Parce que l’eau avait trop coulée. Parce que ceci, et cela aussi. Parce qu’exprimer certaines choses ne pouvaient attendre. Parce que j’ai attendu, et l’ai perdu aussi, une fois. Parce que je m’étais tu.

Even if your hands are shaking; And your faith is broken; Even as the eyes are closing; Do it with a heart wide open… wide…

Même si j’ai la chienne. Même si cela ne changera strictement rien aux événements. Même si c’est dur. Même si c’est facile. Même si j’imagine que ça ne fera pas un pli à la personne. Même si je crois qu’il est futile d’exprimer un truc. Même si. Je dis. Parce qu’on se sait jamais. Peut-être que ce petit bout de phrase sera justement le soleil de l’un. La fleur de l’autre. Le lien vers l’amitié. La corde pour unir. Le fil vers autre chose. Peut-être que le petit bout de phrase pourra ouvrir la porte. À moi, aux autres, à personne. Surtout parce que je vis mieux quand les choses sont dites. Ou écrite.

J’ai une liste de choses à dire. Oui monsieur, oui madame. À dire en écrivant, à dire devant une personne, à dire à un groupe, à dire aux enfants, à exprimer. Une liste que je révise de temps à autre, pour m’assurer qu’elle ne sera jamais trop longue. Une liste où je rature avec plaisir ce qui a été dit. Et où j’ajoute parfois des trucs.

Des fois, je vous jure que je n’ai pas de guts. Trop de gêne. Trop de honte. Trop de peur. Je recule et je ravale. Alors j’écris sur la liste : “Dire ceci à cette personne”. Déjà, en l’écrivant, ça me rend la tâche plus facile. Dire je t’aime, par exemple, me demande beaucoup de courage. Oh, bien sur, pas les “je t’aime” du quotidien qui se trahissent à travers mes pores. Mais les “je t’aime” à maman et papa, à ma soeur et à mon frère, les “je t’aime” aux amis, ceux là sont plus difficiles à sortir. Parce qu’ils ne sont justement pas quotidien. Je n’ai aucun entrainement à dire l’amour aux gens ! Dire je suis blessée est également difficile. Parce que je suis forte, parce que rien ne peut m’atteindre, parce que je fais semblant trop souvent d’être fabriquée de roc et de givre. Et dire “je suis désolée” ou “je m’excuse” alors là… c’est dur. Dur. Dur. Montrer ma faiblesse. Avouer un tort.

On a souvent dit que le mystère était l’arme de la séduction. Je ne dois pas être très séduisante, volubile comme je suis, à me faire un point d’honneur de dire sans cesse. Et vous savez quoi ? Je vous le dis, moi, ça me va de ne pas être mystérieuse si c’est pour alléger de quelques mots mes frêles épaules. Si c’est pour écrire un petit courriel à l’ami James qui passe à travers sa 17e journée de sobriété. Si c’est pour dire à l’adulescent que je suis fière de l’ardeur qu’il met à étudier ses examens. Si c’est pour dire à Benny-le-kid qu’il est de plus en plus responsable et que ça me fait plaisir. Si c’est pour murmurer à l’oreille de mon époux à quel point il me manque, quand il est préoccupé… Si c’est pour vous dire merci, à vous, d’avoir été si gentils à me rassurer dans le dernier billet. Parce que quand je viens écrire ici, c’est essentiellement pour dire. Et là, je vous le dis, je vous aime bien, vous.

Photos Libres

Quand vous voulez dire quelque chose, la plupart du temps vous...

View Results

Loading ... Loading ...
vues 59 fois par 44 intellexlecteurs

Quand son pluggin fonctionne, Intellex utilise les Gravatars dans les commentaires. Intellexuelle. Lire. Réagir. Dire. Agir. (Cliquez ici pour obtenir votre Gravatar.)


Tags: , , , , , , , ,

13 Réponses »

  1. La voix. C’est dont vrai ce que vous dites. Ainsi donc, vous aussi… J’ai hâte d’apprendre le nom de cette journaliste… ainsi que lire cet article!

  2. Quel beau billet encore une fois… je suis loin d’avoir la science infuse mais… il me semble que dire ça prend du courage et, c’est sain aussi. Encore un billet qui vous ( ou te) rend attachante. On sent l’authenticité dans les mots et pour ma part c est ce qui fait que je viens et reviens.
    Pour ma part aussi, je dis. Je dis ou j’écris. J’écris souvent mieux que je ne parle, mais j,aime et je travaille beaucoup sur le dire entre 4 yeux… :) C’est un exercice qui me forge… :) Mais parfois l’écriture demeure mon seul langage et je me dis que c est deja beaucoup.

  3. Je comprend parfaitement, écrire est une façon de montré nos faiblesses ou plûtot notre humanité, sans que personne ne nous regarde..ça libère aussi bien le mauvais que le mal et qui plus est ca peut aidé beaucoup de monde dans des passe creuse ou de questionnement…Je te le dit sans honte et derriere mon clavier je t’aime ma tite matoue adoré!!

  4. rectification : ca libère aussi bien le bien-être que le mauvais lol!!

  5. Pour ma part…écrire…c’est tellement plus facile que de dire. Des fois, je dis tout croche, la voix railleuse, le ton enragé…ça sort mal ou pas…Parcontre écrire…c’est tellement tellement plus doux. Le message peut être lu et relu…jusqu’à ce que l’on comprenne…ou jusqu’à ce que l’on finisse par se faire comprendre en détaillant ses phrases…en rajoutant ses émotions…et décrivant vraiment comment on se sens…enfin pour moi…c’est vraiment ainsi que je fonctionne…avec les mots couchés sur un papier ou tapés sur un clavier…
    Et toi ma chérie, tu le fais merveilleusement bien!
    BS xxx

  6. J’suis plutôt comme toi.

    C’est drôle. À une première rencontre, genre. Y’a ben du monde qui vont s’acheter du temps, qui ne se dévoileront pas trop, qui ne diront pas ci, ou cela. Pas moi. Moi, je lance mes bébittes en vrac. Je shoot toute ma merde. Ensuite, si tu m’apprécies encore, on pourra peut-être se rendre quelque part ensemble.

    Pas mystérieuse pour 2 sous, moi non plus.

    Continue à dire. Continue à ME dire, aussi. T’es un rayon de soleil dans ma vie, ma Matoue.

  7. Je le tais un peu trop souvent (sauf lorsque ça concerne mes enfants et mon mari) et j’oublie, car je ne note malheureusement pas. Mais tu m’as donné l’idée géniale de noter. Je vais m’y mettre. :) Le malaise chez moi vient du fait que je n’ai pas grandit dans une famille où les bonnes choses étaient dites. Tout ce que j’entendais était négatif : tu es ceci et cela, trop ceci, pas assez cela, tu n’as pas fait, tu, tu, tu… Ça laissé des marques comme ce malaise qui m’empêche trop souvent de dire aux amies, etc. Même le geste de l’accolade plus longue qu’à l’habitude m’est difficile. Ça viendra. :)

  8. Je dis de plus en plus ce que je pense… Pour ce que je n’aime pas, je réussis maintenant à le sortir sur le moment, et non pas 2 semaines après quand on ne peut plus rien faire. Pour ce que j’aime par contre, j’ai encore du chemin à faire. Comme si le dire à haute voix allait dénaturer mon propos, lui enlever le pouvoir de me faire du bien. Comme je suis très liste aussi, je crois que je vais commencer à écrire ce que je veux dire, comme toi… Je suis incapable de faire une liste sans la respecter…

  9. Et je me sens privilégié de recevoir ces mots dits!
    ;-)

  10. Taire c’est dure. Mais c’est comme ca que j’ai grandit. Maintenant j’apprend tout doucement a communiquer. A parler. A ecrire. C’est pas facile. Mais c’est tellement bon pour l’esprit…

  11. Je crois sincèrement qu’on préfererait tous ne plus avoir de mystère pour 2 sous et dire tout ce qu’on voudrait dire!
    C’est une bénédiction de pouvoir dire. Ça prend une force de l’âme immense. Toute mon admiration à ceux et celles qui peuvent. Vous êtes en modèle, en quelque sorte.

    Et moi, je fais un kalin à James, même si je le connais pas, parce qu’il est admirablement fort lui aussi. :)

  12. DENIS : Aussitôt que le magazine est disponible, je mets le lien en ligne. Dommage cependant que vous n’ayez pas accès à sa voix !
    CREIRWY : L’écrire, c’est déjà le dire. Sans la voix, mais avec l’émotion. Je trouve que c’est parfait, moi, écrire !
    ANNIE : Oh, c’est cute ! :-)
    MADO : Écrire, c’est facile. C’est donner les mots écrits, ensuite, qui complique la chose ! Et les mots restent… pour compliquer davantage ! Cependant, c’est vrai qu’on peut facilement reprendre une phrase, trouver le mot juste, en écrivant plutôt qu’en parlant.
    CHOCO : All you see is a bit of what you’ll get ! Je garde un certain mystère uniquement parce que j’en ai trop à raconter d’une shot, alors je dois réserver des sujets pour les autres rencontres !!! Autrement, je suis transparente - ou presque ! Mais dire l’émotion, c’est plus difficile pour moi…
    KENNZA : Oh. Heu. C’est juste en plein ça. Je ne suis pas née non plus dans l’émotion dites. On se garochait plutôt des bines pour démontrer notre amour… alors les mots, bien souvent, ils restent coincés dans la gorge !
    JESSICA : Ça fait surtout du bien, ensuite, de “cocher” des éléments qui ont été faits, dans la liste. Comme tout plein de petites réussites !
    JAMES : C’est que tu les mérites, James, les mots ! Surtout quand ils sont pleins de “bravo, ça fait un bon 18 jours aujourd’hui. Félicitations ! Tiens bon !”
    FAYDRA ; C’est fou, hein, le nombre d’analphabète de l’amour au grand jour ? :-)
    YZABEL : James, c’est un roc. Il a en vu des vertes et des pas mures, et il décide quand même de voir les yeux grands ouverts. Ça prend du courage pour dire sans anesthésiant, aussi. Quant à toi… t’inquiètes pas, ça viendra. Notre modèle classique familial est en train de craquer là !!! La nouvelle génération dit et dit et dit de plus en plus !
  13. L’art de la parole juste, celle qui dit la bonne chose, à la bonne personne, au bon moment et surtout avec beaucoup d’amour est l’œuvre de toute une vie. Qui n’essaie rien, n’a rien.

Laissez votre réponse