L’amour au temps du web 2.0
Par Intellexuelle • samedi 08 mars 2008 à 23:35 • Catégorie: Nouveau, SociosphèreQuand j’ai rencontré Mex, dans une bibliothèque, il venait y chercher de l’aide pour rédiger un truc au clavier. Niet en ce qui concernait ses connaissances des bidules-machins électroniques, encore moins des réseaux sociaux qui existaient à peine à l’époque.Et puis sont arrivées toutes ces fenêtres vers l’humain, qu’importe où il soit. MSN, les textos, Facebook, Twitter, les blogues, Youtube (j’en oublie) ; des moyens de communiquer sans se parler. Dépasser 144 caractères semble périlleux ou demande un second envoi. Mex, ce drôle de brontosaure du web, a même appris à naviguer dans Facebook… s’il le peut, alors là, la planète est soumise. La techno est très, très utile dans certains cas.
Je connais un charmant et très inspirant couple, marié depuis, s’étant connu via leurs propres carnets personnels. J’ai un blogue, tu as un blogue, et la suite. Ils sont m-a-r-i-é-s. Bon, évidemment qu’ils se sont rencontrés, entre deux billets. Le plus étonnant dans leur si belle histoire, ça aura été d’avoir suivi pas-à-pas - ou presque - leur aventure. Comme le mentionne Yannou, “j’étais aux premières loges”. Je les lisais tous deux avant qu’eux-mêmes ne se connaissent. L’histoire est “parfaite”. Ne cherchez pas de bug, il n’y en n’a pas. Et si ce n’avait été de mon propre mariage à organiser avec toute la grandiloquence qu’on me connait, j’aurais pu être aux vraies premières loges de leur union matrimoniale. J’avais reçue l’invitation officielle… par courriel, menant à une superbe page web ! Utile, je vous dis !
Tenez, c’est par le web qu’on communique, vous et moi. Je me vois mal vous appeler, tous, chaque matin, pour vous raconter que telle ou telle idée m’est passée par la tête ; que j’ai tel sujet dans un carnet, et que j’aimerais avoir votre avis… Il m’arrive parfois de transcender ces barrières virtuelles et d’en appeler une, d’aller manger ou prendre un café avec une autre, mais la majorité du temps de communication qu’on a ensemble se passe ici, devant l’écran.
Tellement de couples se forment via le virtuel, maintenant. Désormais, on peut également suivre, par blogues, les aventures de certains couples. On suit leurs vies, comme des complices, comme des invités, parfois. Jusqu’où ?
Une récente publicité de Télus demande “Comment dire “je démissionne” ?” et parmi les choix de réponses se trouvent : “appel”, “texto”, “message instantané”, “Facebook”.

Heu, non, on ne dit pas “je démissionne” comme ça. NON ! Considération, s.v.p. Je suis de la vieille école, vous croyez ? Pas assez “hip” ? Manque d’ouverture ? J’en sais rien.
J’ai essayé l’exercice avec mon Mex, rienque pour voir. Il était juste à côté de moi. J’ai ouvert MSN, je suis tombée sur son absence en ligne, j’ai cliqué quatre affaires et j’ai écrit : “Je te quitte”. ÉVIDEMMENT QUE C’EST PAS VRAI, MES VOUS AUTRES ! J’avais besoin d’une image à insérer pour ce billet. Et de sa réaction. Immédiate, il va sans dire, puisque le message a été transféré dans son cellulaire, right away. Alors il l’ouvre. Il le lit. Il me regarde. Et me dit : “Ça va faire, les conneries !”.
Ça va faire, que tu dis ? You bet. Je ne crois pas devoir utiliser un jour l’espace public qu’est Internet pour quitter qui que ce soit, incluant un client ou un boss, si jamais. Nenon. Encore moins un conjoint, calvâsse. Mais ça existe. Et c’est un peu pour ça que ma fuse sent le brulé en ce moment.
Si de plus en plus de couples se forment à l’aide d’Internet, désormais, de plus en plus de couples se déforment par la même voie. Il semble donc que Jimmy Wales, le fondateur de Wikipedia, a rédigée une note web pour dire à sa copine qu’il la laissait !!! Pas de blabla, pas de pleurs ni de larmes à essuyer ou de pot cassé sur la gueule ; un message virtuel. La réplique de l’ex ? Une mise aux enchères sur EBay !
J’ignore comment ils sont “DLVV”. Mais moi, “dans la vraie vie”, je ne crois pas qu’utiliser Internet pour rompre - ou annoncer à grands fracas ma rupture - soit très distingué. Je considère qu’il y a des éléments sentimentaux, à travers tout ça, qui méritent un mot soigné par un joli petit point sur les “i”. Que des sujets aussi délicats et profonds qu’une rupture ou une dispute devraient demeurer dans la vraie vie, privé, juste “ensemble”. Libre à tous d’en discuter ensuite, d’étaler tout ça APRÈS, mais sur le moment…
Quand le “scoop” devient accessible à tous sur certains sites ; je me demande, d’un point de vue empathique, jusqu’où le gars, ou la fille, est capable d’en prendre. Parfois, la honte, c’est juste pire que le pire des scénarios imaginés.
Dans la vraie vie, je fais affaires avec des amis, des personnes, des clients, des gens, des vrais. Dans la vraie vie, jamais il ne me prendrait l’idée de rompre avec quelqu’un, ou de lui écrire, encore une fois, ce que je n’oserais dire. Parce que s’ils sont comme moi, je suis certaine de les voir rappliquer sur le pas de la porte, en faisant ding-dong et en criant : “Hey, vas-y mon grand, je suis là. Dis ce que tu as à dire”. D’autant plus que désormais, tout est “en cache” partout. Une page web disparue ? Google la ramène. Un mot mal choisi, et pourtant déjà publié, appartient à la communauté. Pas moyen d’effacer, ici. Dès la seconde où le message part, il existe. Pour toujours, ou presque. On aura beau démentir, republier, changer les phrases, les intentions : ils restent.
La liberté, le choix et l’imputabilité. Ça me va. Et puis qu’ils disent ce qu’ils veulent, tout comme je le fais. Mais il me semble qu’il y a des zones personnelles - celles qu’on ose à peine murmurer à sa meilleure amie, en hoquetant “il m’a quitté”, en pensant bien “fin du monde et abandon” ; celles qui nous démolissent l’espoir à coup de blender quand on y oublie le coeur ; ces zones-là, elles devraient être ménagées un peu.
Je ne voudrais pour rien au monde devoir apprendre un truc du genre “je te quitte” sur Internet. Mais pour cela, il faudrait que j’aie été prévenue AVANT les milliers d’internautes qui risquent d’apprendre que mon coeur est brisé… avant même qu’il ne le soit. Trop, c’est comme pas assez.






L’avénement du web rendrait-il les gens moins courageux, moins imputables de leurs décisions? C’est dommage, je trouve. J’ai l’âme un peu trop chevaleresque pour la facilité de l’écrit électronique, même si je bénéficie ailleurs de ses vertus.
Parlant de ça et de Facebook… c’est hallucinant de voir les intitulés qu’inscrivent certains sur leur FB. On y apprend que l’un est cocu, que l’autre cuisine des sushis pour un repas surprise d’amoureux alors que l’amoureux a son compte FB et a également accès à l’annonce en direct. C’est sans parler des crises de couple dont nous sommes témoins. Un matin, on ouvre notre FB et on voit qu’une amie mariée est désormais célibataire. On se dit qu’elle rigole et tout… Et via ses intitulés et ceux de son mari, on assiste, sans avoir demandé quoi que ce soit, aux batailles pour ensuite découvrir une semaine après qu’ils s’affichent à nouveau mariés et heureux. Souhaite-t-on vraiment être témoin de tout ça ?
Invité par Renart, je suis venu vous souhaiter une joyeuse et heureuse Journée de la Femme.
Je me suis déjà fait dumper par courriel. C’est la chose la plus lâche qu’il m’ait été donné de vivre.
C’est tellement plus facile par la voie électronique de dire «sacre-moi patience, ne m’appelle plus, ne me contacte plus, sors de ma vie» que d’avoir à affronter la réaction de l’autre. Quand ça se produit, la nouvelle t’es garrochée dans la face, tu n’as aucun moyen de réagir, de tenter de renverser la situation ou de discuter. Tu dois avaler la pilule de force. Tu es déjà en retard dans le fil des événements. Ce qui rend la situation encore plus frustrante.
Le côté humain (empathie envers l’autre) dans cette situation est carrément laissé de côte pour prendre le raccourci de la solution facile au problème et s’évader de ses responsabilités. C’est faire preuve d’immaturité.
C’est complètement fou tout ça.
Y’a 20 ans (mon frère ainé):
“Elle m’a appelé, te rends-tu compte? Elle m’a dit ça par té-lé-pho-ne!”
“Hein? T’es pas sérieux? Ça se fait pas ça, casser par téléphone! Elle est donc ben simple!”
Y’a 10 ans (moi):
“Ça fait un mois qu’on ne s’est ni vu ni parlé, j’ai appelé hier et sa mère pensait que j’étais une certaine Marie-Christine. Je vais le rappeler demain, juste pour officialiser que nous sommes quittés.”
“Ouais, t’as raison. Sauf que les interrurbains ça coûte cher, tu devrais peut-être lui envoyer un e-mail plutôt.”
Aujourd’hui, facebook en fait encore grimacer plusieurs, mais dans dix ans?
En attendant, moi qui ose rarement appeler une copine quand ça va mal avec mon chat, de peur d’avoir à trop me justifier auprès d’elle une fois la tempête passée, j’ai une raison de plus de me tenir loin de facebook.
KENNZA : C’est fou, fou, fou ! Parfois, j’avoue, ça me fait rigoler. Mais quand ça devient un sérieux “je ne t’aime plus ducon”, là, je débarque. Un moment donné, faut savoir, je pense, tirer la plogue.
RAYMOND : Merci, merci bien ! Mes salutations à Renart, par la bande !
MARC : D’immaturité, oui, et encore une fois, d’égoïsme. Ne penser qu’à soi, ne pas “affronter” la tempête, se rendre distant et froid - croire que l’autre trouvera cela convenable. Quel dommage, non ?
PETITSPETONS : Oh que j’espère nos moeurs plus fermes que ça ! Ce serait le boutte de toute si un moment donné, la norme était de ne plus jamais régler de situations délicates en face à face. Où est-ce qu’on part, en prenant cette direction-là ? Facebook, je l’utilise, il me fait rire, ce truc. Ou sourire. Tant que je n’y verrai pas mon Mex annoncer ses intentions de rompre !!!!!!!!!!
Certes, certaines choses nous font marrer, comme ce repas surprise raté, car aux vues du conjoint… Mais certains ne savent pas utiliser le Web 2.0 à bon escient et c’est là que les lumières rouges s’allument…
[...] de Patrick Dion qui jase du web 3.0 ! Après avoir donné mon coup de gueule au 2.0 sur ce billet, et avoir tenté de vous dévergondévirtualiser sur l’autre billet, je vous amène dans une [...]
Big Brother is watching you. — Mais ce sont nous, les utilisateurs, qui le voulons bien.