L’amitié est le fruit d’un abandon prévu…

Par Martyne • vendredi 08 septembre 2006 à 09:29 • Catégorie: Sociosphère

Chère amie,

Depuis quelques temps déjà, c’est visible, tes sourires s’estompent rapidement. C’est à croire que ton plaisir est trahi par tous les rictus de la terre en une petite seconde. Depuis quelques temps déjà, c’est évident, ton coeur torturé gonfle ta poitrine jusqu’à t’en faire imploser le ventre. Depuis quelques temps déjà, c’est triste à en crever, même tes mots, même mes mots, n’arrivent plus à enchanter tes matins.

Les nuits sont froides, que tu me dis. L’air est vicié, que tu me dis. Le plaisir est une illusion coiffée par l’habitude, que tu me dis. Je veux crever. Que tu me dis. Aussi.

Et moi, désemparée par tes confidences, je me joue un air d’empathie qui ne te touche qu’à peine. J’entends tes larmes en sympathisant avec tes douleurs - mais elles sont tiennes, et ne peuvent être portées par d’autres. Je comprends ce désarroi qui ne cesse de vouloir s’envoler vers un ciel déjà refroidi. Malgré tout, j’accepte difficilement que tes bras, si lourds, ne puissent plus tendre vers le soleil.

Chère amie, s’il me faut tenter de te convaincre que la vie se vaut, je perdrai les mots. Aucune des phrases arrangées que je connais ne saurait traduire l’aurore. Non plus que le rire d’un enfant. Aucun mot n’a la puissance d’un rayon de soleil sur une joue, aucune parole ne sait dire la douceur d’une caresse sur une épaule. Toutes ces choses immuables sont cependant vraies : nous les avons déjà vu. Sans les nommer, juste en portant nos visages un peu plus haut.

Présentement, il t’est si dificile de te les remémorer, puisque la brume des matins gris voile les couleurs. Tu me dis que les enfants te sont fardeaux, que les amours te sont fatalistes, et que, résignée, tu n’avances même plus vers ses bras. Tu me dit que d’ouvrir un oeil t’est pénible et que tout le poids de tes dettes se logent dans tes cuisses, lourdes de porter ton corps.

Tu as tenté, par tes mots, de m’avouer que le plaisir et l’espoir s’enfuiyaient ensemble, ne te laissant qu’un chagrin pesant devant l’absolu. J’ai d’abord tenté de raccrocher tes rêves enfouis à mes paragraphes de lettrée. Puis je me suis tue. Nos silences se croisaient, à travers un tout petit combiné, et j’ai su que cette fois, tout un dictionnaire n’arriverait pas à te convaincre que la vie était un monde.

C’est pourquoi je pars. Vers toi. Parce que les mots sont vains et que les 400 kilomètres qui nous séparent n’arrivent plus à transmettre la chaleur d’une voix. Parce que je ne veux pas, cette fois, te parler, chère amie. Je veux prendre ta main pour te remettre un peu de ces pulsions qui animent l’espoir. Je veux toucher ton sourire pour te le redessiner. Je désire poser ma paume juste là, sur ton épaule, et y laisser l’empreinte de l’aspiration. Je vais poser ma vision dans ton oeil, l’instant d’une larme, et avaler avec toi cette peine. Te regarder dormir, blottie contre ma cuisse, pendant que tes cheveux s’égraineront dans mon chapelet d’amitié.

Hier, déjà, tu me semblais près de l’abysse. C’est avec toute la pesée de notre amitié, chère, très chère amie, que je roulerai vers toi, pour te surprendre, pour te faire sourire, pour te prouver, ma toute douce, sans aucun mot, juste en te serrant contre mon coeur, qu’il existe, en l’amitié, d’autres facettes qui ont l’honneur et la chance de te garder parmi les heureux. La face cachée d’une amie, c’est de pouvoir lui toucher quand tout semble perdu. Parce qu’au-delà des mots, depuis quelques temps, je sens que tu as besoin de bras. Et, justement, ce weekend, j’en ai deux à t’offrir. Tiens bon.

L’amitié est le fruit d’un abandon prévu. Contrairement à la famille, où les membres sont imposés, l’amie a été choisie et élue. Elle l’a été parce que, à un certain moment, tous les astres concourraient à signifier qu’un et un font deux. Elle l’a été parce que tes yeux, parce que mes yeux, riaient, ensemble, de ce qu’ils ne voyaient pas. Parce que nos mains n’ont pas la même taille, mais la même chaleur. Parce que nous savions qu’un jour, quoiqu’il arrive, nous aurions besoin d’abandonner. Et qu’au moment de cet abandon, l’autre pourrait y être.

J’y serai. Dans quelques heures. Chère amie.

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17 Réponses »

  1. Oh wow Matoue, quelle magnifique lettre d’amitié. J’aurais bien aimé l’avoir écrite.

  2. Quelles belles paroles sur l’amitié, moi qui suis à revoir les fondements même de la famille suite à plusieurs éclatements et plusieurs, euh, accros… Bravo. Va entourer cette amie de tes bras. Va la réconforter, la prendre par la main et la guider vers les levers de soleil, qu’elle trouve et retrouve ses couleurs de vivre…

  3. C’est beau la Matoue. Ça m’a ouché. P-ê parce que mes bras aussi se font lourds. P-ê aussi parce que j’ai d’la misère à entendre. À voir. P-ê aussi parce que je suis. Aussi. Dans un noir avenue.
    P-ê…
    p-ê…

  4. chere matou ,va files vers cette amitié qui as besoin de tes bras ,de tes mots,de ta chaleur .et maudit que je voudrais avoir une amie comme toi!je t’aime ma belle,tu as un coeur gros comme ton grand bleu,là je te reconnait. xxxxsylly

  5. Je suis jaloux d’elle , ah que j’aimerais avoir une amie comme toi. va vite à son secours comme elle je l’espère irait au tien..

  6. Wow ! Ce texte est magnifique ! Beau, autant dans sa forme que dans son contenu.

    A relire régulièrement pour savoir revenir à l’essentiel… nous avons si facilement tendance à l’oublier. Tu nous offre là une belle leçon de vie. Je tâcherai de suivre ton exemple, en espérant de tout coeur ne pas regretter trop d’occasions manquées. La vie est parfois si prenante, si étoudissante, qu’il nous arrive de voir l’essentiel… trop tard.
    Merci.

  7. Bravo Matoue!
    Lorsque ça ne vat pas bien, il faut lire le ”cadeau” la page : http://www.freewebs.com/moilavie/cadeaulisezpasa.htm
    tout le monde s’y retrouve…
    Bize à ton amie

  8. Il faudrait, dans la vie, tellement plus de gens comme toi. Non seulement tu écris comme une déesse de la littérature, mais en plus d’avoir une famille formidable que tu sembles adorer plus que tout, en plus d’exceller dans tous les domaines, tu semble être l’amie rêvée dont toutes auraient besoin. Je dis qu’un ange a du, à ta naissance, passer au dessus de ton berceau et te donner toutes les qualités possibles. Depuis que je te lis, j’hésites toujours à commenter, parce que je me dis que ce que j’ai à ajouter ne servira à rien, tout a été dit, mais cette fois, je ne peux m’empêcher d’ajouter mon grain de sel parce que tu me touches en plein coeur. Je n’ai aucun ami ici, où je vis. J’ai trop déménagé souvent pour ça. Et je n’ose jamais aller parler aux autres. De savoir qu’une femme comme toi existe quelque part, ça me rassure et, qui sait, peut-être un jour, sans le savoir, la destinée fera que tu te trouveras sur mon chemin, comme ce soir. Je l’espère. J,aurais tant besoin d’être écoutée et serrée dans les bras d’une personne qui ne veut rien d’autre que mon bien.
    Bravo à tous les gens sur terre qui, comme toi, sont des Amélie Poulain de la vie. Tu es un rayon de soleil, même virtuel. Ne change surtout pas.

  9. Wow La matoue,

    Cours vers ton amie, mais fait attention à ne pas te perdre.Parce que à se donner on en vient à s’oublier, à oublier qui on est , oublier ce qu’on veut , et un jour on se retrouve en manque grave et là on a aussi besoin d’une amie.
    Embrasse ton amie et assoie toi avec devant le levé du soleil, sans rien dire. La Force Nature nous ramène, quand on le veut…la douleur est souvent un échapatoire parce qu’à part cette douleur,il n’y a qu’une solution….faire face et avancer.
    Je souhaite à ton amie ,un rayon de soleil direct dans les yeux, qui réussise à ramener la lumière jusqu’au fond.

  10. Que de beaux mots, on dirait presque une déclaration d’amour! Je l’envie persque cette amie, alors que pourtant… C’est fort et passionné, des paroles de gens qui n’ont pas peur de dire, en espérant que ces mots et ta présence sauront la réconforter.

    Du reste j’appuie le commentaire de Céline!

  11. Elle en a de la chance cette femme de t’avoir comme amie!! Et ton texte! J’en ai des frissons. Très émouvant. Je suis certaine qu’elle trouvera réconfort dans les bras de cette grande dame que tu es. :)

  12. Tu sais, même si tu ne réussis pas à lui redonner le goût de vivre, il ne faut pas t’en mettre trop sur les épaules. Ton geste est très significatif et dépeint une dévotion que l’on ne voit pas souvent. Félicitations, et surtout, n’oublie pas que tu as fait tout ce qui était en ton pouvoir…

  13. “Si tout le monde s’occupait de son frère, de son pote et de sa nana, il n’y en aurait pas de problème!” - Le personnage joué par Hippolyte Girardot dans “Un monde sans pitié”.

    Je te le cite de mémoire alors je me trompe peut-être un peu, j’ai vu ce film autour de 1989… mais l’esprit y est, ton esprit. Merci de faire ta part pour règler les problèmes du monde.

  14. Sans voix, je savoure tes mots et toutes ces émotions qui s’y cachent, mon coeur palpite à leurs contacts…

  15. C’est vraiment superbe. Oui, c’est cela l’amitié, définitivment.
    Merci de tout tes beaux billets qui me touchent profondément.
    Ta plume est aussi belle que le fond de ton coeur il ne fait aucun doute.

  16. tu es une amie précieuse tu sais.
    un coeur généreux et sincère tu as.

    elle a de la chance, je me dirais jalouse moi aussi de cette belle et gratuite amitié, mais je ne peux pas l’être car j’en partage une semblable avec Vanessa, mon amie Vanessa.
    par contre j’apprécie que tu y as mis des mots, des mots si justes et si remplis d’amour.

    je ne la connais pas, mais du bord de mon lac laurentien je lui souhaite de retrouver paix intérieure et joie de vivre à ton amie.

  17. @ Mathilde : Je suis même persuadée que si tu l’avais fait, j’en aurais été également envieuse…
    @ Faydra : Notre monde est heureusement né d’un éclatement, sans doute est-ce une réaction appréciée du destin ?!
    @ Frenz : Je sais pertinemment que la virtualité est désagréable en terme de chaleur, mais en fermant les yeux, peut-être pourras-tu sentir mon sourire ?
    @ Sylly : J’ai une bonne nouvelle pour toi. Tu m’as !!! :-) @ Satourne : L’amitié est une équation à variable inconnue. Viendrait-elle ? Je n’en sais rien. Probablement. Je l’espère !
    @ Cassioppée : L’essentiel, voilà, tu as très bien résumé. Prendre un peu, un petit peu, de temps pour arroser le bouquet.
    @ Daniel : Le lire, certes, voire le vivre !
    @ Céline : Il en existe des tonnes de copies, des «Amélie». C’est que leurs histoires ne sont pas toutes accessibles ! Chaque fois que quelqu’un sourit…
    @ Regor : Adorable, cette phrase : «Un rayon de soleil direct dans les yeux pour ramener la lumière…»
    @ Miss Patata : Ç’en était une. Aimer l’amitié. Du reste, merci ! ;-) @ Mijestam : Heureusement, pour elle, pour moi et pour nous, on «s’a» !
    @ Annick : Apaisantes paroles. Effectivement, il ne faudrait pas culpabiliser pour des décisions qui ne relèvent que d’un coeur. Mais pas sans avoir tout essayé…
    @ Hugo : Et toi, la tienne. :-) @ Étolane : Ces mots sont également les tiens. Seul le contexte nous amène à les organiser autrement. Tes miroirs-soleils me sont tout autant précieux.
    @ Creirwy : Bienvenue et, sincèrement, merci. (Quoique le fond de mon coeur, parfois, il mériterait que la plume fasse un brin d’époussetage dedans !!!)
    @ Isabeau : Merci pour les bons souhaits. L’histoire nous révélera s’ils se sont réalisés. :-)

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