La première fois…

Par Intellexuelle • jeudi 23 mars 2006 à 10:38 • Catégorie: Mamour'ing, Psyritualité

Ça faisait déjà quelques mois que je le connaissais. Ça faisait déjà quelques mois que je l’embrassais, aussi. Puis, de jour en jour, je m’approchais. De nuit en nuit, je rendais mes caresses plus accentuées, plus ciblées.
J’avais à peine 15 ans. Il en avait 21. C’était un , j’étais une adolescente.
Je suis devenue femme une nuit de novembre, dans ma chambre de jeune fille.
Dans ma tête, toutes les belles images se bouscoulaient et n’arrivaient pas à couvrir cette douleur insondable. Douleur aux entrailles. Parce que j’avais peur. Parce que je savais - en cours de bio, on avait parlé de contraception - que c’était dangereux.
Mais j’étais en confiance. Parce qu’il m’avait dit qu’il ferait attention. Que ça n’arrivait pas, comme ça, la première fois.
J’étais en confiance, parce que j’étais chez moi, dans ma chambre, dans mon lit, chez mes parents.
J’étais en confiance, parce que même ma ne m’a jamais dit de ne pas l’inviter dormir.
Parce qu’elle ne m’avait jamais mis en garde, non plus, contre les hommes qui rassurent en disant qu’il n’y a pas de danger. Parce que je ne savais pas.
Ne pas savoir n’est pas synonyme de confiance, évidemment. Mais synonyme d’innocence. Au sens pur.

La première fois, j’ai fermé les yeux. J’avais peur. J’avais froid. Je visitais l’inconnu. Au contraire de l’abandon prôné dans les dépliants pour adolescentes, j’étais si craintive qu’il nous a fallu du temps pour y parvenir. Ma tête disait oui, mon corps criait non.

Novembre est passé. Décembre est venu. Une seconde fois, puis une troisième, et, après quelques semaines, une sorte d’ersatz de couple s’est formé. Je commençais à apprécier les aspects ludiques de mes premiers jeux d’. Un soir, une nuit, j’ai ramassé toute ma confiance, tout mon aplomb, et ai imposé une protection. Parce que. J’avais des rêves, grandioses. Parce que. J’étais jeune. Parce que. C’était dangereux.

Puis janvier est arrivé. Avec les maux de coeur. Les maux de ventre. Les maux de tête. Un passage chez l’infirmière de la polyvalente. J’ai ris, quand elle m’a suggéré de faire le test de grossesse. J’ai ris, parce que c’était impossible que je sois . Im-po-ss-ib-le. Je prenais mes précautions. Je faisais attention.

J’avais oublié cette première fois. Celle qui m’a fait passer de fille à femme, de femme à… . J’allais avoir 16 ans. J’allais avoir un .

Toute ma vie a été requestionnée, ce matin-là. Entre vous et moi, je n’ai aucun regret. Entre vous et moi, je referais la même chose, le même jour, la même nuit. Entre vous et moi, ce fut un du ciel de pouvoir mettre cet au monde. Mais également entre vous et moi, ça n’a pas été facile. Toujours entre vous et moi, en ce qui me concerne, j’ai pris la meilleure décision. Celle de prendre mes responsabilités, parce que je le pouvais. Parce que j’avais le soutien des autres. Parce que j’avais une mausus de tête de cochon aussi.

Ce matin, je suis tombée sur ce billet. Et puis sur cette chanson, «16 ans», de Gaston Mandeville. Je me suis dit qu’au bout du compte, si je vous racontais, peut-être qu’une , qu’un , quelque part, prendra le temps d’expliquer à sa fille… Peut-être qu’une adolescente, qu’un adolescent, passera par ici, lira ce billet, et comprendra que la pensée magique, c’est toujours aux autres qu’elle sert, jamais à soi-même. Qu’il faut savoir imposer ses décisions et ses volontés, même dans les moments les plus embarrassants. Même dans les moments les plus intimes. Question de respect. Question de vie, simplement.

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23 Réponses »

  1. J’ai la chair de poule, et ça fait 2 fois que je le lis. Je t’ai toujours imaginé comme célibataire, trentaine, sans enfants (je croyais que tu vivais avec un gars qui était assez vieux pour avoir un fils de cet âge la !), professionnelle et tout. J’ai probablement manqué des grands bouts ! Je t’imagine maintenant à l’hopital, en train de pousser, à 16 ans, pleine de peur et malgré tout, de courage.
    CHapeau bas, madame. Vous m’avez ému.

  2. C’est le genre de textes qui me fait sentir tellement privilégiée d’être observatrice de la vie des autres. De vivre par leurs mots, d’apprendre de leurs histoires, sans avoir en subir les conséquences.

    Et c’est aussi le genre de textes qui me fait me rendre compte qu’on peut soit s’arrêter et se plaindre, ou se relever et vivre. Car la vie continue malgré tout, qu’on la suive ou pas.

  3. Moi je sens que je vais être un papa très cool…

  4. Une vie sans regret, c’est une vie sans choix, une vie déjà toute tracée d’avance.

    Je crois que personne n’a aucun regret dans la vie. Vous en connaissez des gens qui ont toujours fait le bon choix?

  5. peut etre est ce pour cela que tu est si forte et si battante. il t en a fallu du courage et de la volonte et aujourd hui c est ses qualites la qu on te reconnais. plein d emotion dans ce texte. plein de sagesse aussi. bravo.

  6. Je n’ai jamais douté que tu ferais la meilleure maman du monde pour nos enfants. Benjamin et Daniel sont vraiment choyés et ils en sont conscient. Sois en certaine !!!

  7. Oui…des frissons partout.
    L’histoire aurait pu être triste, tu en as visiblement fait quelque chose de beau. De très beau. Bravo. :-)

  8. Je te remercie de ton commentaire Intellexuelle. En fait tous les commentaires que j’ai reçu sur ce post m’ont presque fait pleurer. Parce que c’est vrai que c’est beau! Et encore là…Tu y réussis. Comme dans le dernier texte oû tu parlais de ton cheminement et oû tu t’es rendu. Wow quand on y pense! Fallait être fait fort :)Je suis contente de te lire tu semble être une belle âme.

  9. Merci.
    Si j’avais lu ce billet il y a un an, j’aurais sûrement eu un chemin un peu différent.
    Je ferais p-ê les choses différement. Question de respect. De moi, de mon corps.
    Mais la tempête s’est calmé.
    Je me sens mieux avec moi. Avec cette peau.
    Et ton texte renforce cette nouveauté. La confiance.

  10. Merde! J’ai une graine dans l’oeil …

  11. Bravo . Tu m’épates de plus en plus. Et c’est sans doute ces expériences, ces décisions qui font ce que tu es maintenant.

  12. Dsl, c’est encore moi. Je voulais juste redire, encore une fois, merci d’avoir écrit ça. Parce que ça a déclenché ça. Et que ça a fait énormément de bien.

  13. Je ne te dis pas bravo car ce que tu as fait, tu ne l’as pas fait pour les bravos…

    Par contre je te dis merci de le partager.

    Cheers…

  14. Tes textes sont vraiment touchants et ton écriture fine et sensible. Te lire c’est se faire raconter de belles histoires émouvantes, pétillantes ou carrément délirantes (La poissonnerie)!

    Tu as une plume incroyable.

    Merci pour ces beaux moments de lecture.

  15. malade.

    ça a failli m’arriver, mais mon ex-conjointe a refusé de l’avoir.

    ca aurait probablement été super.

  16. oufff j,ai des frissons partout!!!

  17. Merci beaucoup à toi. Ça m’a profondément émue, ce que tu as écrit. J’ai fait moi-même une fausse couche à l’âge de 15 ans, et je n’ai pas eu LA décision à prendre (je le garde ou pas?) puisque je venais de l’apprendre. Une chicane de trop et boum! La petite graine qui poussait dans mon ventre s’est décrochée. C’est peut-être mieux comme ça. Est-ce que j’aurais voulu donner comme père à mon bébé un homme qui me battait, qui me violait et qui couchait avec tout ce qui avait une paire de seins? Pas sûre. Tout ça pour dire que tu as fait preuve d’un grand courage, parce qu’à 15-16 ans, on n’est ni femme, ni enfant. On ne sait pas ce que l’on est… Et du jour au lendemain, on prend la DÉCISION de devenir femme. Ça prend du courage et de la volonté pour ça. Je ne te connais pas du tout, mais je suis certaine que tu es une femme merveilleuse, et une fabuleuse mère pour tes garçons.
    Bravo ma belle, et continue de publier d’aussi beaux textes, et d’aussi drôles, itou!
    xxx

  18. La Matou, Ce texte est extraordinaire. D’abord par sa sensibilité, puis par la vérité qu’il s’en dégage. J’ai pleuré comme on s’effondre devant une toile. J’ai vu mon adolescence et mes propres expériences passer. Je t’ai trouvée belle et courageuse. Et tu m’as fait la fleur de me mettre cette chanson que je cherche depuis 15 ans. Jamais je n’ai pu retrouver le disque “Où sont passés les vrais rebelles” et cette chanson que j’écoutais en boucle, sans cesse. Parce que j’avais 16 ans, en même temps que la chason tournait à la radio.

  19. Mon commentaire n’as pas “embarqué” hier … Ça se lisait à peu près comme suis :

    T’es comme ma maman
    T’es belle
    T’es forte
    T’as appris
    Alors tu comprends
    Plus, parfois trop j’imagine

    T’es plus près de chez moi maintenant … À quand le southern ? :)
    Ciao Marie-eve xx

    -tu sais j’ai eu des frissons, parce que je suis sortie de ma maman qui avait 16 ans, parce que … parce que :)

  20. Est-ce que le fait de ne pas mettre l’intégralité des billets dans le fil rss est un choix editorial ou un hasard?
    Personnellement je lis mon aggrégateur du boulot et je ne peux pas ouvrir chaque site (cela ne fait pas sérieux avec mon chef qui peut survenir dans mon dos)et je ne peux donc pas suivre mes blogs dont les fils rss ne contiennent que le début des billets.

  21. ouais, merci pour l’intégralité du billet dans le fil rss!

  22. J’ai pleuré. Vachement. J’ai 18 ans et j’ai du faire un test de grossesse cette semaine. Parce que je croyais que c’était la première fois, que ça ne changeait rien que ça n’allait pas m’arriver. Et après .. bin non on est pas si pires. Résultat? 12 jours de retard. Environ 18 jours à stresser, à être persuadée que j’étais enceinte. Je ne l’aurais jamais gardé, je n’ai pas la maturité pour, j’ai encore un trop grand besoin d’attention. Merci d’avoir partagé ton expérience. Je suis tellement reconnaissante de ne pas être enceinte.

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