Identité II
Par Intellexuelle • mercredi 13 juin 2007 à 15:45 • Catégorie: PsyritualitéVoilà je-ne-sais-plus combien d’années que j’écris via le web. Avant les blogues, j’avais pris l’habitude d’envoyer une lettre hebdomadaire à la parenté, pendant mon exil à Québec, pour les tenir au courant de mes aventures d’universitaire ! La lettre s’est transformée en courriel, puis sont apparus les blogues. D’abord avec La Matoue déphasée, ensuite avec La Matoue, l’Intellexuelle, puis avec l’autre.
Bref, j’ignore combien de fois depuis 2000 j’ai pu parler de certains sujets. Je ne suis pas du genre à fouiller frénétiquement les archives de tous mes blogues, anciens et présent, pour rapatrier les billets par sujets. Je vous en ai donc peut-être déjà jasé…
Cela dit, je suis tannée, fatiguée, à boutte de mon prénom.
Ça ne fait pas si longtemps, pourtant, que je m’appelle J-M. Plus ou moins quatre ans.
Habituellement, un prénom, ça nait en même temps que le bébé, et à moins de s’appeler Épinette-Noire, Réglisse ou Spatule, on ne désire pas en changer. C’est comme ça. On fait avec. On l’adopte. On se définit en lien avec son prénom, on se laisse appeler, on répond, on vit avec. Le mien, je l’aimais bien. Au primaire, j’étais la vedette, un peu associée aux jolis livres de “Martine à la plage” et “Martine fait la cuisine”. C’était mignon. Et il y en avait peu ; à l’époque, une fillette sur deux s’appelait Nadia ou Isabelle. Puis au secondaire, j’ai voulu faire ma fraiche, alors j’ai switché le “i” pour un “y”. J’aimais mon prénom, il m’allait bien, il me définissait bien, je me sentais “moi”. Jusqu’à ce que le gouvernement m’en procure un nouveau.
Il y a quelques années, j’ai demandé à recevoir un certificat de naissance québécois. Rien de difficile. J’avais les preuves, je suis née ici. Le calvaire a commencé quand j’ai reçu le certificat. Et que j’y ai lu que je m’appelais désormais “J-M”. Avec un trait d’union. Entre le nom de ma soeur et le mien !
À ma naissance, ma maman désirait me prénommer Josée. Mon papa, il était plutôt favorable à m’appeler Rebecca ou Martine. Elle voulait Josée, il voulait absolument Martine. Ce qui explique que les deux prénoms sont inscrits sur ma déclaration de naissance. Distinctivement. Sans trait d’union.
Pendant les premiers 17 mois de ma vie, je m’appelais M. Ou Matoue. C’était selon. Le “Josée” était toujours là, tapi dans l’ombre, sur une ligne, entre la Marie, le prénom de ma marraine, et mon prénom usuel.
À mes 18 mois, ma petite soeur est née. Dès qu’ils l’ont vu, mes parents se sont mis d’accord pour dire que c’était elle, leur Josée. Une belle petite blondinette aux grands yeux curieux. Elle s’appelle donc Josée.
Et vogue la vie jusqu’à il y a quelques années… Je me suis toujours appelée M. Et toutes mes connaissances m’appellent ainsi. M, Mat, ou Matoue. Mais voilà que… la demande au Ministère, puis l’arrivée de mon nouveau certificat de naissance, et bang, j’ai changé de prénom.
Au début, je trouvais ça drôle ! J’ai commencé à moins rire quand j’ai voulu faire enlever le trait d’union, pour me retrouver, pour retrouver mon prénom à moi, pour ne plus m’appeler “comme ma soeur”. Rien à faire, les services gouvernementaux ne pouvaient rien pour moi : j’étais J-M, parce que. Bon. Basés sur mon certificat de baptême, les services du gouv se sont dit qu’il y avait un trait d’union, sans doute une patte de mouche du curé de l’époque qui écrivait comme un médecin sur une prescription…
J’ai tenté de me battre contre “the machine”. Téléphone ici, et là, et à un autre département ; engueulade avec le ministère du truc machin, autre engueulade avec la direction de l’état civil. Rien à faire : ils savaient tous mieux que moi comment je m’appelais. J’ai finis par faire avec.
D’abord, les changements usuels - et, surtout, obligatoires : les documents gouvernementaux qui portent le nouveau prénom. Puis mon permis de conduire et, invariablement, ma carte soleil. Ensuite, mes inscriptions à l’université, donc un nouveau code permanent. Le numéro d’assurance sociale. Mes comptes. Les cartes de crédit. Parce qu’après un seul changement, plus rien ne concorde. Bizarrement, y’a qu’aux impôts que le changement est impossible ! Je ne peux rien déclarer avec mon nouveau nom… Well…
Tout ça pour finir avec un DEC et un BAC au nom de M, puis une maîtrise au nom de l’autre, J-M. Deux codes permanents distincts. Un ancien permis de conduire, un second avec le nouveau prénom. Et bonjour la bataille avec les dossiers de crédit pour prouver que les cartes et les emprunts, ils sont à la même personne, même s’il y a deux noms différents.
J’haïs ça m’appeler J-M. D’abord, ce n’est pas moi. Ensuite, c’est un “ajout” fait sur le tard, et j’ai une énorme résistance au changement, même après plusieurs années, s’il m’a été imposé. Finalement, c’est “Ma soeur-moi”, mon prénom. Ma soeur est une personne tout à fait fantastique, voire formidable, toute en finesse, en douceur, en cascade de rire et en délicatesse. Moi, je suis une intello tom-boy, une rough, la fille qui dit tout haut ce que les autres pensent, celle qui a autant de tact qu’un poteau de téléphone en plein milieu d’une autoroute. Je ne suis pas Josée, je suis M.
J’ai tellement essayé d’affaires pour accepter mon “nouveau” prénom. J’ai même déménagé le blog de l’intellexuelle pour aboutir ailleurs, avec JM, en “assumant”. Mais avec le temps, depuis la modification de mon prénom, je deviens presque irritable quand j’entends, je vois, je lis “J-M” partout.
C’pas moi, c’est l’autre.
Mon psy, ce saint homme qui n’arrive que rarement à placer un mot dans nos conversations mes monologues, m’a confirmé, par la bande, que les problèmes d’identité arrivent parfois chez les gens qui ont été dépossédés de leurs prénoms, ou de leur manière habituelle d’être appelés. Je comprends donc ! Imaginez que votre nom est “Carole” et celui de votre soeur, disons, est “Marie”, et qu’un beau matin, vous devez vous appeler “Marie-Carole”. D’abord, ça sonne nunuche, ensuite, ce ne sera réellement pas “vous”, au sens où vous avec eu toute une vie, avant, avec un autre prénom. Essayez, pour voir, de passer une seule journée en empruntant le prénom de votre soeur, et en demandant à tout le monde de vous appeler comme ça… Et ensuite, demandez à votre soeur comment elle se sent de toujours voir son prénom associé au vôtre… C’est bizarre, vraiment. Autant pour elle que pour nos parents, que pour moi.
Depuis quelques mois, donc, j’erre dans un no man’s land, un peu comme si ma personnalité, celle qui me définit, comment je me suis “fondée”, comment j’ai vécu, mes traces, mon passé, se fanent, s’effacent lentement. Tout est à reconstruire avec l’autre.
J’ignore si j’aurai le courage de tenter une autre bataille de “JM” contre le gouvernement, pour retrouver mon prénom d’antan. J’ignore toutes les implications que cela suppose. Évidemment, il faudra à nouveau recontacter tous les services officiels, reprendre les explications, recommencer les demandes concernant les cartes, le passeport, le numéro d’assurance sociale, le code permanent, le permis de conduire, voire mon entreprise. Réimprimer de nouveaux documents… Arrgh.
Vous avez été nombreux à prendre le temps de m’expliquer ce que signifiait, pour vous, votre prénom. Et je suis en accord avec la vaste majorité : il est vous, il est à vous, il vous définit, il est un lien entre l’autre et vous, il est parfois mélodieux, parfois original, ou pas, mais il est vôtre.
C’est exactement pour cela que je veux retrouver mon prénom. Parce qu’il y a quelques temps, je suis devenue quelqu’un d’autre. Par accident, à cause d’un pseudo trait d’union. Et que depuis ce temps, l’autre, la “ma soeur-moi”, elle se sent bien différente, mal nommée, à la limite, usurpatrice d’identité. Et qu’à la longue, je me rends compte que la phrase souvent entendue chez les gens qui sont fatigués, tannés, épuisés ou perdus, “Je voudrais me retrouver”, prend tout son sens…
Mais ce qui me chicotte encore plus, c’est que moi, je me marie dans quelques semaines. Et j’aimerais tellement ça avoir la possibilité de le faire avec mon vrai prénom. Celui qui sonne comme une mélodie aux oreilles de mon fiancé, celui qu’il me murmure quand il veut des câlins, celui qui est moi, celui avec lequel je pourrais dire “Oui…” et savoir que toute une vie vient de s’engager dans une voie pleine d’arc-en-ciel. Celui avec lequel je peux être. Moi. Pas l’autre.






C’est complètement fou Matoue! J’ai presqu’envie de dire qu’il n’y a qu’à toi que ça arrive…
Et si tu demandais carrément un changement de nom plutôt qu’une rectification? Serait-ce plus facile de faire plus de paperasse par les chemins connus plutôt que d’aller à contre-courant des règles gouverne(malade)mentales?
Si tu gardais l’autre prénom seulement pour les papiers officiels (ass-maladie, impôts etc) et que usuellement tu utilisais “ton” prénom Martyne? Ne serait-ce pas un petit baume ou tu veux vraiment la solution drastique?
Je te dis ça car c’est ce que je fais avec mon nom de famille. J’ai un nom de famille composé dont un que je déteste. Alors, j’en utilise un pour ma vie de tous les jours, même à l’école et j’utilise les deux noms pourles choses officielles telles que impôts ou hôpital. La plupart de mes proches ne savent même pas que j’ai deux noms de famille.
C’est une alternative mais c’est possible que ce ne soit pas suffisant. Voilà mon histoire
Analyste jusquau bout de l’ame je me suis penché sur ton probleme et voici les tribulations de mon cerveau sur quelques solutions ‘facile’
tout d’abord, le probleme que tu vis est d’entendre ton nouveau prénom… puisque c’est le son qui défini la personne, a ce moment puisque tous les gens que tu fréquente t’appelle déja Martyne sans le Josée, une partie du probleme est résolu
ensuite, les seuls qui s’obstine a t’appeler Josée-Martyne ce sont les illuminés gouvernementaux. je ne ferais pas de jeux de mot facile avec gouverne et mentaux, ca ne serais pas du jeux. donc je disais que ce sont les seuls a vouloir te parler en ce nom et durant une années, tu leurs écrits souvent mais leur parlent peu… donc… un moindre mal.
question de mariage, je suis sur que le ministre du culte que vous avez choisie est pas mal plus flexible que la machine gouvernemantal donc… en lui demandant si il veut bien dire ‘ Patrick voulez vous Martyne…’ je suis sur que ca va bien aller.
j’ai tu oublié quelques chose ? hummm pense pas.
ne le dit pas a personne. mais sur mon baptistere je suis suposé m’appeler Raoul-Marcel… mais j’ai jamais fait de vague alors ca reste comme ca jusqua ce qu’un fonctionnaire se réveille du club M.E.D
la dessus… bonne soirée ma petite Martyne.
bonjour a Josée qui te lit religieusement
Tu vois, moi c’est différent.
Sur mon certificat de baptême, c’est marqué Louis Martin Breton. Rien d’autre. Pas de Joseph ou Roland (le nom de mon parrain).
Quand j’ai fait ma demande de certificat de naissance, je me suis ramassé avec Martin-Louis Breton.
Je n’ai jamais modifié mes trucs. Et parfois je signe avec un L. des fois nom, des fois je suis Louis-Martin des fois Martin, et pas un gouvernement m’a chiâlé après
Moi je préfèrerais Louis-Martin, parce que des “Martin Breton”, il en pleut à Québec. Il doit y en avoir 25 dans le bottin. Je me sens comme un nom commun!
Le hic, c’est que tout le monde me connaît sous le nom de Martin.
Alors je suis Martin Breton, mais je signe L.-Martin Breton
Toute une histoire ça… le plus étrange c’est que j’ai toujours eu le réflexe de vouloir t’appeler Martyne et non Josée-Martyne.
J’espère pour toi que ça se règlera. +++
drôle…je te lis et…j’ai vécu qqchose de semblable il y a quelques années. J’ai découvert que mon nom était MarieAmélie au lieu de Amélie, et il a aussi tout fallu changer. Parcontre, personne m’appelle comme ça, je ne l’utilise que pour les trucs officiels…et le fabuleux l’utilise pour me baver…J’avoue que j’ai la chance que ce ne soit pas le nom de ma soeur…et comme toi, son nom, je lui laisse volontier!
Pour le reste, on reste ben fine, même si un fonctionnaire zélé décidait qu’on devrait s’appeler Wéllymine non?
Wow. Je n’utilise pas de trait d’union entre Jean et Pierre. Ça veux-tu dire que je pourrais m’appeller Jean ou Pierre à ma guise. Je vais vérifier mon certificat de naissance pour voir si il y a un trait d’union.
En tout cas, on est ce qu’on est et c’est ça que les gens associe à notre nom.
Tu vois, je t’ai toujours associé à JM Desmeules et je ne crois pas que je te lirais plus (ou moins) si j’avais su que c’était Martyne.
Allez, bon courage dans tes démarches.
Outch. Je comprends… Je crois.
Je vais tellement penser à toi à ton mariage.
Ferme les yeux, tu verras, je serai là!
Je pense comme petitspetons, c’est pas moins compliqué de carrément demander un changement de noms? Enfin… Pour moi, peut importe comment tu t’appelle “légalement”, depuis que je te lis ça a toujours été “Martyne”. Point.
Salut!
Petits petons et Faydra pensent comme moi. Faire une demande officielle pour un changement de nom est sans doute plus simple que de «t’astiner» contre la grosse machine et surtout si c’est important pour toi. Par contre je n’ai aucune idée du temps que ça prend… Peut être est-il possible de faire une demande accélérée, comme pour un passeport ou un certificat et d’annoncer la nouvelle dans les journaux avant le grand jour «J»? Comme Marcello je suis sûre que celui qui célébrera votre union pourra faire une petite entorse et unir vos vies avec «ton » prénom! Ce que je me demande vraiment, même si tu y a un peu répondu, c’est pourquoi avoir nommé ton Blog à ce nom? Pour essayer d’assumer ce qui t’étais imposé? Donc en un mot, si ça t’hérisse le poil des bras, prend les grand moyens!
C’est totalement «kafkaïen» ton histoire. Peut-être devrais-tu simplement redemander un nouveau certificat de naissance… L’erreur sera peut-être rectifiée à ce moment-là. Ça vaut le coup (coût) d’essayer.
Moi j’ai aussi 2 prénoms avec un trait d’union. Mais j’en utilise 1 seul. jusqu’en 2 deuxième année ont m’appelais par le premier et un jour la prof, écoeurée parce qu’un était 2 à avoir le meme nom dans la classe et donc 2 à répondre en même temps..tout le temps.. elle a décidée unilatéralement que je prendrai dorénavant le second. Petit à petit tout le monde m’a appelé par celui-ci.. sauf ma famille quieu ont pris près de 15 ans à s’habituer et se trompe encore parfois. Finalement je suis bien contente et je me suis habitué aussi. Je ne suis plus le premier nom, d’ailleur j’y répond plus, il faut répéter car ça n’attire même plus mon attention. En plus c’est comme toi, les 2 nom ne vont pas ensemble à priori. C’est pas comme Marie-Claude que les oreilles des gens sont habituées d’entendre.
Finalement, j’utilise 1 seul nom quotidiennement mais je signe les 2 et inscrit les 2 sur les papiers officiels. La pluspart des gens ne savent même pas que j’ai un “autre” nom qui est en fait techniquement mon “vrai” nom.
Je m’appelle Marie-Sophie. Et je suis à l’image de ce prénom, ni tout un, ni tout l’autre. Je suis vraiment une personne aux multiples facettes, souvent très contradictoires, mais ces paradoxes se marient bien à mon prénom. Avant de naître, mes parents voulaient m’appeler Vanessa. Oh, c’est pas que c’est pas joli, mais pour moi, Vanessa a toujours sonné comme une “gentille danseuse de club vraiment mignonne et douce”. Mes parents ont trouvé mon prénom en écoutant une chanson de Diane Tell, où paraît-il, on y entendait mon prénom. Et curieusement, Marie-Sophie, c’est un prénom rare au Québec et plus courant en France. Ceci dit, je suis aussi une artiste et là, j’en suis au dilemme le plus infâme: me trouver un nom d’artiste ou garder le mien. Parce que Marie-Sophie, c’est bien joli, mais ça fait plus intellectuel qu’autre chose (ce que je suis aussi, mais quand même !). Alors, Marie, Sophie, Marsoph, Marso, MaSo, SoMa, Marie-Sophie ? Qu’en dites-vous, vous ?
By the way, chez nous, y’a que des prénoms composés. Mes parents ont eu une espèce de compulsion je crois, à l’idée qu’ils n’auraient finalement pas 8 enfants mais “seulement” 4. Nous sommes donc arrivés dans l’ordre suivant: Marie-Sophie, Jean-Philippe, Martine-Véronique (qui aime bien se faire surnommer Martini) et Louis-Simon. Pas de chicane, tout le monde égal, tout le monde un double prénom. Même chose chez mon conjoint. Lui-même s’appelle Louis-Philippe et son frère, Pierre-Alexandre. Imaginez les partys de famille ! Louis, Philippe…oui…mais lequel ?
P.S Vous inquiétez pas on a tous un nom de famille simple…la mort, sinon !