Désenchantée…
Par Martyne • vendredi 09 décembre 2005 à 12:34 • Catégorie: CabotinageTout est chaos, à côté ; Tous mes idéaux : des mots abimés…- Mylène Farmer, Désenchantée.
Tout est chaos, à côté ; Tous mes idéaux : des mots abimés…- La Matou(e) désenchantée.
Je suis une petite fille, à peine 4 ou 5 ans. Parfois 6, quand je me raisonne. Je ne prends jamais le temps de me recoiffer avant de sortir de ma voiture pour aller au supermarché. Si mes bas ne sont pas de la même couleur, quand j’en mets, je trouve ça rigolo et passe la journée ainsi. J’ai toujours eu l’impression de me déguiser chaque fois que je mettais du rouge à lèvre, encore plus quand je peinture mes ongles. Si quelqu’un me parle d’une voix un peu trop forte, je fige, à la limite d’être saisie, et je deviens triste. Quand le soleil se couche et qu’il paraît rouge, je trouve que c’est la plus jolie chose au monde. Si quelqu’un prend mes jouets sans m’en avertir, je ne l’aime plus, le temps de trouver un autre jouet. Et si je le pouvais, je mangerais des biscuits au chocolat toute la journée.
Je suis du genre idéaliste. Devenue réaliste avec les bougies d’anniversaire. De nature, cependant, je suis donc une toute petite frimousseline idéaliste. Tout me touche. Tout m’émeut. Tout me chamboule. Et pourtant, rien ne paraît, ou si peu. À première vue, rapidement, pour moi, tout le monde est toujours gentil, et bien intentionné, aussi. Personne ne peut être foncièrement méchant.
Intrinsèquement, j’ai des peurs, des tonnes de peur de 4 ou 5 ans. J’ai peur des dentistes, entre autre. Une phobie, donc incontrôlable, des swizzle et des fraises-de-la-mort. En contrecoup, je me brosse les dents 3 fois par jour, en y incluant la soie dentaire. Si je dois me rendre chez Vlad-le-swizzeleur, j’y vais avec une prescription de valium, sine qua non.
Mon monde est inhabitable pour les pragmatiques. Pour les sérieux. Pour les plates. Pour les désenchanteurs, aussi. Parce que je me promène encore, à coeur de jour, avec une baguette magique invisible…
Hier matin, pour une des rares fois de ma vie, je me suis moi-même désenchantée. Avec stupéfaction, d’ailleurs. La plupart du temps, j’évite de me «réaliser» trop de choses. Je mets le tout sur le compte de l’indifférence et je laisse les autres payer la note. Je fais «comme si…». J’ignore, aussi. Je ferme les yeux, je ferme les sentiments. Bref, j’aime bien garder mes illusions, quand bien même elles me porteraient à paraître si naïve qu’on pourrait m’enfermer.
J’aime vivre dans mon monde, le percevoir comme étant utopique-réaliste. J’aime être à cette limite entre la folie et la réalité, entre mes mots et la vie. J’aime également me promener sur ces petits nuages pastels qui parcourent mon imaginaire. J’aime entendre un client me parler de ses problèmes et, à la fois, imaginer que je sors ma baguette et que tout le monde sera heureux, ensuite. J’y arrive, parfois, avec de grands et puissants et répétés coups de baguette. Quand je retourne au boulot, quelques semaines après une intervention, et que le client sourit, que les employés sourient, que tout le monde a «compris» et «allumé», alors là, je me trouve fée. Et chanceuse de l’être. Après tout, d’autres petites filles n’ont pas cette chance.
Je me balade dans un tutu rose pâle imaginaire. Sous mes tailleurs, j’ai des collants roses pâles imaginaires. Et quand je monte sur la pointe des pieds, c’est que mes pointes roses pâles imaginaires me portent.
Je me suis désenchantée, hier matin. Parce que j’ai laissé un peu trop longtemps la femme prendre le dessus sur la puce toute rose. Je déteste, quand je fais ça. Ça fait toujours mal d’atterrir dans le monde des grands.
Depuis que je suis toute petite, je remarquais avec un délectable plaisir les chiffres doubles ou rares, en regardant l’heure. Je les associais à une petite victoire sur le temps. Je ne m’étais jamais arrêté à penser, ni même à croire qu’il puisse en être autrement : quand il est 11h11 ou 12h34, moi, je crie : «onze-onze» ou encore «un-deux-trois-quatre», de ma petite voix enchantée. L’impression d’avoir saisi le temps dans ce qu’il a de plus anodin. Puis, avec les âges, j’ai associé ces onze-onze et ces un-deux-trois-quatre à certains bonheurs, certaines pensées. Dernièrement, donc, j’avais des images succulentes qui naissaient en remarquant les onze-onze et un-deux-trois-quatre.
Sans me douter que la logique des grandes personnes allait un jour délier tous mes sourires d’heures. Parce qu’au fond de moi, je me trouvais tellement chanceuse de toujours tomber sur les «onze-onze» et les «un-deux-trois-quatre» que j’en étais presque gênée pour ces autres qui n’avaient pas la chance…
Jusqu’à ce que la Grande Fille en moi arrive. Et qu’elle me dise, aussi bête que ça : Voyons, t’as jamais pensé que des «onze-onze» et des «un-deux-trois-quatre» c’est rien de particulier ? Que ce ne sont que des chiffres, au même titre que «onze-douze» ou «un-trois-deux-quatre» ? Et qu’ils n’apparaissent pas SEULEMENT quand tu penses à «ça», mais uniquement parce qu’après avoir vu l’heure, tu remarques qu’il est «11h11» ou «12h34» ?
Ohhhnnn. Non, je n’avais jamais pensé à ça. Dans ma logique de petite fille naïve, je croyais que c’était «spécial». Et ma logique de Grande Personne vient de me faire une jambette en me disant : c’est seulement parce que tu les remarques plus que les autres, ces chiffres-là. Parce qu’ils te sont spéciaux. Mais tu regardes l’heure autant quand il est midi 30 que quand il est 10h45, aussi. C’est seulement que tu ne t’attardes pas aux chiffres.
Et je vis ce désenchantement aussi cruellement que si on me jurait, reuuukk-tuuuuu (juré-craché), que le Père-Noël est une ordure industrialisée, commercialisée et vampirisée. Aussi cruellement que quand j’ai appris que les fées et les licornes ne sont que dans les contes. Aussi durement que quand j’ai réalisé que le monde des Grands était truffé de conséquences…
Depuis que je «sais», je ne regarde presque plus l’heure. C’est sans doute ce qui explique que je ne me sois pas pointée au rendez-vous prévu avec la prof de Benjamin hier soir. Ou que j’ai passé tout droit ce matin. Parce que l’heure, maintenant, elle est devenue Grande. Et le temps que je fasse avec, j’arriverai surement en retard une couple de fois… En attendant, je fais ex-i-près et je poste ce billet e-xa-c-t-e-m-e-n-t à 12h34. Question de sourire, une dernière fois, en naïve que je suis !






Puissante la dame aux racines bleues… 2 publications à 12:34h!
Je devrai repenser ma théorie des z’indexs.
Bleu, bleu…
Snif…snif…
Tu viens de péter ma bulle…
Mais on pourras toujours garder 10h10… Pour le sourire que l’horloge nous fait.
Hey je persiste moi! Je deviens toute excitée quand je tombe sur des chiffres double! On m’a déjà dit que quand ça arrive c’est parce que quelqu’un pense à toi… Je sais pas trop si j’y crois, mais je deviens quand même toute contente quand je tombe sur des heures comme ça, ça fait bien rire mon copain d’ailleurs ces petites manies…
Matoue, quand tu écris comme ça, peu importe le sujet, qu’il soit politique, aussi personnel que maintenant, ou tout autre, on ne peut que tomber amoureux. A la fois de cette écriture tellement particulière. Et de cette fée en collants et tutu rose que j’imagine sans peine.
Hey!Hey!
J’ai la preuve irréfutable que les 11h11 et les 12h34 sont magiques… Moi, je fais des voeux à chaque fois que je tombe sur eux… Et ils se réalisent tous! Sans exeption! Alors, s’il y a pas de magie la dedans… Je sais pas c’est quoi!
Tu décries mon ex dans sa splendeur dans ta description d’avant la désillusion. Toujours à me demander de faire un voeu à 11h11. Pis moi le méchant (tu sais “un gars une fille”? c’était mon couple tout craché à ce moment-là), je lui répondais invariablement: “Ça ne marche pas, je fais toujours le même voeu: que t’arrêtes de me demander de faire un voeu à tout bout d’champ, pis tu continues.” Je sais, j’ai l’humour brute par fois (rappelle-toi, je suis rugbyman). M’enfin, cette histoire à une belle fin jeune Matoue. Je ne suis plus avec cette fille depuis plus de dix ans et invariablement, à 11h11 je pense à elle. Mieux que ça: j’ai raconté l’histoire à ma blonde actuelle et je suis persuadé qu’elle aussi pense à mon ex à chaque fois qu’elle voit 11h11 au cadran. La petite fille a gagné à son petit jeu… (Et maintenant je vais aussi pensé à toi! Alors retrouve vite ton enchantement Matoue désenchantée).
Je te laisse une petite adresse avant de partir; je suis sûr que tu le trouveras sympa.
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