Des gants de vaisselle pour la femme bionique
Par Intellexuelle • jeudi 25 janvier 2007 à 15:00 • Catégorie: Mamour'ingUn matin d’été, plein soleil. 1994. De ces matins qui vous donnent l’impression de vivre dès le réveil. L’impression d’être. Là, juste là. D’exister, enfin, pour quelque chose. Un instinct, un éclair, le flash de l’absolue raison.
Fiston avait quatre ans. Jouait dehors avec ses amis Marc-André et Julie. Je me baignais de lumière en faisant la vaisselle. Mes tripes savaient qu’il se passerait quelque chose, ce matin-là. J’attendais, donc, une fourchette ici, un verre là. Le bruit des assiettes plongées dans un bassin d’eau savonneuse. La porte qui s’ouvre. Le fracas. Et Marc-André qui entre.
Marc-André avait aussi quatre ans. Ou cinq. Et bégayait. S’il était calme, ça allait. Autrement, il était incompréhensible de bb-bb–bbbbb. Marc-André entre en coup de vent dans ma cuisine. Sans cogner. Sans s’annoncer. Se plante devant moi. L’instinct. Revient. Dans mes tripes. Et me mord.
Dd-dd-dd-aa-nnnn. Qu’il dit.
Marc-André, qu’est-ce qu’il y a ? Que je demande.
Dd-dd-dd-aa-nnnnnnnnnnn. Et il me pointe l’extérieur. Julie est plantée là, elle pleure. Que se passe-t-il ? Julie ? J’essaie de couvrir les «Dd-dd-dd-aa-nnnn» de Marc-André et demande, énervée «Qu’est-ce qu’il y a ? Il est arrivé quelque chose à mon fils?»
«Dan est mort». Voilà ce qu’elle me répond.
Et là, le ciel n’était plus. Le soleil parti avec lui. La terre même n’était plus. Que mon ventre. Mon ventre. Et la peur. Et l’insondable bouillon de peur qui naissait en moi. Avec un calme qui me venait de je-ne-sais-où, j’ai articulé «Il est où ?»
Deux petits doigts de deux petits amis me pointaient la rue derrière chez moi. Deux petits amis qui pleuraient désormais à chaudes larmes, effrayés. Qui pointaient la rue. Derrière.
Les obstacles : la porte patio. Un 25 pieds de terrain. Une clôture de broche d’environ 4 pieds en hauteur. Un stationnement. La rue.
Fracassée la porte patio en l’ouvrant. Franchi le terrain en 2 secondes. Dans mon élan, passé par-dessus la clôture en saut à hauteur, comme on faisait à la petite école. Traversé le stationnement en 3 secondes. J’étais dans la rue en moins de 15 secondes. Top chrono. Digne d’un film. Sans trame sonore. Sinon le bruit du sang qui gicle dans les tempes.
Mon fils était là. Sous la voiture. Des tas d’autres voitures, arrêtées, derrière et devant. Sa bicyclette juste à côté. La roue avant tordue. La fourche cassée. Il était là. Sous la voiture.
Toute cette foule, silencieuse, devant mon petit, étendu sous une voiture. Personne ne bouge. Personne ne dit mot. Et moi, hystérique jusqu’au fond des yeux. Mais calme, étonnamment calme. Me penche. M’agenouille près de sa jolie tête blonde. Ouvre les yeux. Il me regarde. Perdu. Le choc, sans doute. Sa jambe, sous la roue. Le sortir de là. Mais comment ?
Ce que la foule présente a vu, cette journée-là, est encore bien vivant dans l’histoire. Ce n’est ni un potin, ni une légende. C’est un fait. Vécu.
La foule a vu une femme d’environ 20 ans, grosse comme un pou de magazine, plus ou moins 100 livres, portant des gants de caoutchouc jaune, comme ceux pour faire la vaisselle, s’accroupir devant le pare-choc de la voiture sous laquelle gisait son fils. Elle a empoigné le pare-choc. Et a soulevé la voiture. Avec un de ses pieds, elle a délicatement poussée la jambe de son fils qui était sous la roue. Puis a redéposée la voiture prestement, sous les «hooo» et les «haaa» d’une foule médusée. Elle a ensuite ôté ses gants jaunes. A pris son fils dans ses bras, si doucement qu’on l’aurait dit fait de papier de soie. Puis lui a raconté une histoire, au son des sirènes d’ambulance qui arrivait sur les lieux.
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Quelques années plus tard. Dan revient de l’école, en marchant. Oui, il a tous ses morceaux. A survécu miraculeusement à l’accident, sans os cassé, sans trop de dommage. Et m’apprend qu’il a du composer une histoire en cours de français. Une histoire qui devait raconter ce qu’il avait vu de plus mystérieux dans sa vie. Et me confie avoir terminé son texte en écrivant : «Une chanson populaire veut que «le plus fort, c’est mon père.» Dans mon cas, la plus forte, c’est ma mère.»
Il m’arrive parfois d’angoisser, quand je repense à cette journée. D’avoir encore les tripes qui se tordent quand dans mon crâne résonnent les pleurs de Marc-André et Julie. Quand j’ai entendu l’horreur. D’avoir peur quand il est en retard. Quand il étend ses ailes pour vivre sa vie. Et il m’arrive parallèlement de sourire, ensuite. Parce que j’ai su, cette journée là, que no matter what, je saurais trouver la force, d’où qu’elle vienne, pour le sortir des mauvaises passes, si je le peux.
J’ai conservé le titre de son histoire tel qu’il l’a écrit.






C’est que des frissons ont parcourru mon échine tout le long de cette lecture… J’ose à peine imaginer l’intensité des émotions que tu as vécu cette journée… même si tu es magicienne avec les mots…
Au plaisir!
;o)
Intenses, les émotions, c’est certain… Mais c’était comme dans un rêve, comme si la planète ne vivait plus au même rythme que mon petit et moi. Quand on utilise l’expression «la terre s’est arrêtée de tourner», je comprends ce que ça signifie !
Ouffffff ! Grande Dame et toi savez m’arracher des larmes aujourd’hui !
Et comme il te ressemble! Ton sosie version homme !
Héhé ! C’est drôle quand les gens disent qu’il me ressemble ! C’est surtout quand son père est loin que j’entends ça. Autrement, quand son papa est à côté de lui, aucune ressemblance avec moi ! J’ai fait un «fax» de mon ex en mettant son fils au monde ! …mais c’est l’fun de savoir que quand l’autre est parti, hihi, c’est à moi qu’il ressemble, héhé !
Encore une fois, je suis bouche bée. C’est l’effet que tu me fais, que veux-tu.
De toute façon… Ton histoire a beau être bouleversante, magnifique… Elle n’est pas imprévisible. Pas pour moi. Parce que je sais. Je sais que t’es quelqu’un d’exceptionnel.

T’sais quoi? Je t’aime.
Tabouère, je te bouche-bée, c’est bon ça, hein ? hihi ! Tu es mignonne comme tout Ély, et je t’adooore !!! Saches cependant que« l’exceptionnelle quelqu’un» a été pognée pour faire de la physiothérapie pendant deux ans à la suite de ses prouesses herculéennes ! Semble-t-il que même avec toute la volonté du monde, mon «gabarit» a eu de la misère à survivre à l’histoire !!! J’aurais du ajouter : «Ne faites pas ça à la maison», hihi ! Je t’embrasse ma toute belle.
J’ai vécu un badtrip similaire un jour. La maman de fiston changeait sa couche sur la table à langer. J’étais dans une autre pièce et j’ai entendu ‘BANG’ sur le plancher de béton. Immédiatement après le bang, la maman est tombée dans une hystérie profonde. J’ai accouru dans la chambre de notre fils pour le trouver mauve, sur le sol… Il ne respirait plus. Méchant buzz, ton bébé de couleur ‘violet pâle’ par terre, qui ne respire plus! Oublions la maman, elle est totalement terrifiée, elle ne bouge plus!
À l’époque, je ne connaissais aucune méthodes de réanimation, RCR ou autres… Immédiatement, j’ai pris mon fils dans mes bras et je l’ai étendu sur le lit conjugal. Je lui ai donné des tapes sur le thorax et je lui ai insufflé de l’air dans ses petits poumons… Il a régurgité et a recommencer à respirer!
Mais c’est pat hot comme toi. Les gants, la clôture, lever une automobile etc…
Néanmoins, c’est ce que je nomme de l’Adrénaline Power…
SmacKs, SmacKs, SmacKs (again and again) petite Matou(e) leveuse de char…
xxx
Oulàlà, ça aussi, c’est assez percutant comme histoire. Je pense qu’à la naissance de nos enfants, en tant que parents, on se voit donner double ration d’adrénaline ! Juste au cas-où !!!
Vous avez fait, drette là, ma journée Madame Desmeules…
Je vous remercie pour ce billet comme j’aurais pu le faire pour tant d’autres… Je pense par exemple à celui où vous souhaitiez récemment un joyeux anniversaire à votre chum et dans lequel vous nous redirigiez vers des bijoux de billets qui ont suscité chez moi une émotion palpable…
Pourquoi ce matin, cela va demeurer un mystère car je ne me manifeste jamais dans les blogs que je lis, mais considérez ce petit mot comme l’appréciation de la masse silencieuse…
Bonne journée!
Représentant de la masse silencieuse, je vous remercie d’avoir osé ! Votre mot m’est d’autant plus précieux qu’il tient d’un «privilège» duquel je suis consciente de bénéficier. Il m’est souvent arrivé de me demander «et tous ces lecteurs invisibles, ceux qui passent, qui lisent, qui reviennent et lisent encore, qu’est-ce qu’ils pensent ? Ils viennent pourquoi ?». Vous me donnez, Éric, une partie de la réponse. Et j’apprécie. Bonne journée à vous, de même qu’à tous ceux que vous représentez !!
Je veux bien croire en la force surhumaine de la mère. Dans ma famille on a un peu la même légende entre deux frères (mes oncles) et une charrette de foin, mais l’oncle qui souleva la charrette de la jambe de son frère était un géant de 250 livres foudroyé dans son enfance avec des restes d’électricité dans le corps! L’amour décuple les forces et qu’il y a-t-il de plus fort que l’amour d’une jeune mère? Heureusement que tout est bien qui finit bien. Une belle légende maternelle pour ce grand beau fiston à tes cotés…
Quand on entend, qu’on assiste ou qu’on vit de telles histoires, c’est probablement de là qu’on s’imagine que l’expression «l’amour peut déplacer des montagnes» provient ! Moi, je me plait à croire que ce matin-là, dans mon corps, il n’y avait pas que moi, mais toutes ces âmes de mères qui ont du s’assembler dans mes bras pour secourir leurs petits, un jour. Autrement, je m’explique très mal comment, physiquement, tout cela a été possible… Heureusement, tout s’est bien terminé ! Mais toi-même, exemple de force et de courage devant les aléas de la maternité, il t’est arrivé de devoir combattre la petitesse d’un corps devant la volonté d’être mère, n’est-ce pas ? Dans nos livres, hihi, disons que nous n’avons plus besoin de 1001 activités pour devenir «superwoman», haha !
Quand je te dis que toi aussi tu nous partage des moments!
C’est merveilleux ce que ca peut faire l’adrénaline . WOW! Bravo à la femme bionique!
Ça te fera une drôle d’histoire à raconter à tes passagers, pendant les moments où la 20 ne ressemble à rien !!! C’est effectivement incroyable ce que peut faire une toute petite décharge d’adré ! Heureusement, d’ailleurs !
Quelle histoire! Tu es une mère très forte, c’est certain.
Mais sincèrement, moi aussi je trouve que vous vous ressemblez beaucoup. Les même yeux, les même lèvres. Il y a décidément un lien quelquonque entre vous!
Très forte ? hihi, pas du tout ! Pas au sens «physique» en tout cas. Je suis un tout petit bout de femme, tu sais. Pas de gros muscles, pas de super-force de sportive, rienqu’un chicot de 5 pieds 8, 130 livres mouillée. Mais à l’intérieur de moi, j’ai l’impression d’être Hulk quand la vie menace un de mes petits !! * Peut-être, surement, finalement, que nous nous ressemblons à quelque part ! Comme je me suis toujours fait dire qu’il était le portrait tout craché de son père (et c’est tellement une photocopie intégrale de son père !) j’ai toujours pensé qu’il ne devait pas me ressembler beaucoup. Mon plus jeune aussi est une copie conforme de son père… Pourtant, quand je regarde cette photo-là, c’est vrai qu’il y a des traits semblables aux miens… Tiens, ça vient de faire ma journée, ça ! héhé !
Je suis en train de devenir bleue tellement j’ai retenu mon souffle…
Je ne sais pas trop quoi dire d’autre que ouf…
Toute mère peut se reconnaître dans ton histoire, non pas qu’on ait toutes soulevé des voitures, mais bien des moment où l’on entend plus que les battements de nos coeurs.
Tu aurais dû écrire aussi, en haut: “ne pas lire si vous êtes au bureau” parce que les larmes me sont coulées, comme ça, derrière mon poste de travail.
Vraiment émouvant Martyne. Et touchant. Et doux à la fois. L’amour d’une mère, ce que ça peut faire!
Que vous m’avez fait peur! Dieu merci, j’ai eu le réflexe de me rappeler que votre aîné était vivant, mais vous m’avez quand même foutu la trouille! Non mais, quand un enfant vient nous balbutier que notre fils est mort, on panique t’y rien qu’un peu?
La femme de mon père m’a raconté une histoire semblable où, dans un excès de colère, elle avait réussit, malgré sa minuscule taille, à soulever de terre son père et l’enfoncer dans le mur, ses pieds à lui suspendus dans le vide le temps de lui recevoir ses quatre vérités quant à l’injustice flagrante dont elle était victime vis-à-vis sa soeur.
Elle a redéposé sur le sol un autoritaire père allemand complètement sous le choc devant la force de sa petite préférée.
Elle a retenté l’exploit à froid, mais NIET.
L’adrénaline qui engendre la force n’était plus justifiée.
Ma première fois ici et ouf! Quel billet!
J’en ai encore des frissons!
Mon Dieu juste d’imaginer ca j’ai le coeur qui me serre c’est dans ce genre de situation que tu trouve la force de faire des choses que tu croyait jamais faire un jour…
Ahh l’amour d’une mère ca peu déplacer des montagnes… La mienne si elle le pourrait donnerait sa vie pour moi…
Et je suis sur que moi aussi un jour je serait prête a donner autant d’amour a un enfant…
Merci pour ce petit vécu!!!
WOW!
J’espère pouvoir faire preuve de cette force-là, le jour où mes petits auront besoin de moi…
Quand on dit que la femme protège ses enfants comme une lionne, en voici un très bel exemple.
C’est vrai que quand nos petits sont menacés, il nous vient des forces qu’on ne sait pas d’où elles sortent.
C’est une superbe histoire en tous cas. Je suis très émue!
Bon, ça y est, je suis au bureau, devant mon ordi, et je dois faire attention pour ne pas laisser couler mes larmes. J’ai les yeux humides, là.
Et la photo… Que vous êtes beaux, tous les deux, comme ça !
Ton histoire me rappelle un soir d’hiver, il y a plusieurs années. Je devais avoir environ 15 ans et j’étais seule à la maison avec mes deux jeunes soeurs, mes parents étant partis à une soirée. Environ une heure après m’être couché, la plus jeune est venue me réveiller en me disant que le garage était en feu. Quand j’ai vu par la fenêtre qu’elle disait vrai, j’ai enfilé mes bottes à toute vitesse et je suis sortie dehors en pyjama par -40C et j’ai tiré le vtt qui était juste devant la porte du garage sur environ 50 pieds, pour éviter qu’il n’explose. J’ai tenté de déplacer ce même vtt le lendemain mais, je n’ai pas réussi à le bouger d’un pouce. J’ai également eu le bout des doigts brûlés par le froid pendant plus d’une semaine même si, sur le coup, je n’ai absolument rien senti… C’est hallucinant ce que l’adrénaline peut nous faire faire!
Bonjour Josée-Martyne et vous tous,
Quelle Histoire Magnifique de l’Amour d’une mère. Tu m’as tiré les larmes aussi.
Tout ce monde qui était là, a observer sans rien faire, je m’interroge sur leur non-agir.
Quand une personne est en difficulté, et à plus forte raison quand c’est un enfant, le réflexe instantané est d’agir, ce n’est peut-être pas la même adrénaline que celui d’une mère mais il y a une force surnaturelle qui nous fait agir.
Bien sûr, on ne peut pas déplacer une personne qui pourrait peut-être avoir des bris au niveau de la colonne vertébrale, mais au moins ils auraient pu la déplacer, à plusieurs, cette auto pour libérer la jambe de Daniel, en attendant les ambulanciers.
J’espère bien que ce que la foule a vu cette journée là est encore bien présente dans leur mémoire et que suite à cela, ils ont pris une bonne leçon de courage.
Gros câlins à toi et à Daniel, vous êtes magnifiques.
Ma chère Matoue de mon coeur, tu me tires les larmes, chaudes, qui roulent. Encore une fois, tes mots me touchent droit au coeur. Merci de faire partie de mon univers.
Alors que nous nous baladions à vélo dans un coin perdu sans âme qui vive a proximité, ma soeur a piqué une fouille, s’est éraflée la moitié du visage jusqu’au sang et a perdu connaissance. Mon père, la pensant morte, l’a prise dans ses bras, a perd ses sandales dans la panique et a couru pieds nus sur un km sans même se rendre compte qu’il se blessait les pieds. C’est fou comme l’adrénaline (ou l’instinct paternel/maternel) décuple les force et rend insensible à la douleur…
Ton fils, il te ressemble incroyablement. Beau jeune homme.
ouf.. ça faisait longtemps que je n’étais venu te voir, et là, tu me pognes aux trippes comme tu dis ! J’ai trois garçons moi-même alors, question d’avoir peur pour eux, je sais c’est quoi !!
J’en raconterai une sur mon blog un jour, dans mon cas, c’est le plus vieux qui a sauvé la vie du tout petit… s’tie j’en shake encore !