De l’élection prochaine comme d’un mariage arrangé…

Par Intellexuelle • mercredi 14 mars 2007 à 10:01 • Catégorie: Sociosphère

Ça parait gros, comme comparaison. Pourtant, personnellement, tout m’y mène.

Il y a quatre ans, quand les libéraux ont été élus, je me suis sentie comme une mariée à qui l’on avait imposé un époux. Je ne l’avais pas choisi, et pourtant, il a fait partie de ma vie pendant les quelques derniers mois. J’ai eu à subir ses colères, ses mensonges, ses plans qui, à mon sens, étaient inconvenants. J’ai souris quand il partait en voyage avec ces autres qu’il bafouait à l’heure du souper et qui, soudainement, n’étaient plus aussi vilains au moment du coucher. J’ai eu à m’affranchir de certaines de ses idées, à endosser ses décisions, à annoncer à la planète qu’il était mon chef… J’ai vécu avec lui durant tous ces mois, en maudissant presque ces autres qui avaient décidé, ensemble, de l’élever au rang qu’il occupe en ce moment. J’ai passé les dernières années à lui dire que j’en avais ma claque de donner la moitié de mon salaire à ces lubies et à celles de son père pour n’obtenir, en retour, qu’une maigre pitance… Je lui ai crié plusieurs fois que je n’étais pas d’accord avec ses choix. Soit.

Dans quelques heures, ma cage s’ouvrira. Je pourrai m’échapper et enfin sortir de ce mariage forcé. Vivre ! Je retrouve mon droit de choisir. Personne ne me forcera plus jamais…

Cela dit, en bonne épouse, je fais mes devoirs. Je vérifie, je scrute, j’examine, je lis attentivement, je regarde les prospects : qui saura remplacer mon «époux» ? Qui pourra faire que mes aspirations soient entendues ? À qui ouvrirai-je ma bourse sans craindre le vol ? Qui décidera désormais des soins apportés à ma famille, de l’éducation de mes enfants, de ma défense dans le R.O.C ?

Et je ne souris plus. Les choix qu’on me propose sont… dépitables.

D’un côté, j’ai un séparatiste qui n’a pas encore la couenne assez dure pour me défendre, en cas de crise. Il est d’ailleurs chef de famille par de biens drôles de circonstances… Si je le choisis, il prendra mon amour pour un cautionnement à toutes les causes qu’il défend, alors que je n’en appuie que certaines. Un idéal tremblant, un aspirant qui défend possiblement bien les mandats que je voudrais lui confier, mais qui s’obstine et s’entête à brandir, toujours, au-dessus de ma tête, l’espoir d’un divorce, alors même qu’il n’est pas encore marié… D’autant plus qu’à le voir lors de notre blind date d’hier soir, il me laissera difficilement placer un mot lors de nos conversations…

De l’autre, j’ai un autonomiste qui, malgré ses grandes connaissances en rouages politiques, me demande de lui signer, pour dot, un chèque en blanc… et qui n’a pas les appuis solides des voisins pour garder un oeil sur ma maison, si je pars en vacances. Toutes ses idées sont viables et certaines sont même enviables. Reste qu’il me propose un amas de généralités sans structure. Un peu comme un culturiste impressionnant. Qui a du mal à se battre, à se mouvoir, tellement ses muscles sont imposants. Notre blind date d’hier soir s’est terminé par une confusion : sait-il ou ne sait-il pas, peut-il ou ne peut-il pas ?

Finalement, mon dernier choix reste ce fédéraliste qu’on m’avait, au départ, imposé. Ce bon vieux mâle que je connais déjà et à qui j’ai souvent reproché ses (in)décisions. Cet homme qui s’est dit fidèle alors que je l’ai plusieurs fois coincé dans d’autres draps. Effet de récence aidant, le dernier amant est parfois perçu comme le meilleur… Hier soir, mon premier ministre a été égal à lui-même : patient. Vous dire que mon plus gros souci, c’est la peur qu’il pète d’une crise cardiaque pour être aussitôt remplacé par une taupe me gêne.

C’est vrai, il me reste un tout dernier choix, mais il me porte à me dépouiller de toute la contenance déjà amassée pour vivre en solidarité avec un plan de vie qui n’est encore qu’une petite graine dans le terreau… L’idée est là, les volontés sont fortes, mais le poids est si léger… D’autant plus que si je le choisis, c’est en commune que je devrai vivre. Un choix qui me permet de n’affirmer que la surface de mes idéaux. Qui plus est, un choix qui ne semble être reconnu que de sa propre famille…

Je me sens un peu comme une femme violentée qui pense à quitter son foyer, mais qui ne trouve aucune porte de sortie valable, aucune alternative à son malheur. La maison d’hébergement ne pourra que pallier à mon manque, le temps de me «reconstruire». Mais elle ne saurait m’héberger pendant quatre années. Il me faudra donc reprendre pied et me recréer une agréable vie dans un ailleurs choisi. D’autant plus que le choix qui m’incombe me forcera à regarder ma réalité pendant les quatre prochaines années. Je ne pourrai ni revenir en arrière, ni annuler le contrat, en cas de faille. Je devrai vivre avec mon choix, quitte à le regretter amèrement. Si je pars, je devrai vivre avec les conséquences de mes choix, encore plus si la famille décide qu’elle, elle le garde, l’époux forcé.

Car en plus du choix à faire, il reste cette dernière variable : la famille. J’ai mon droit de vote, oui, mais tous les membres de la famille comptent autant que moi, dans le poids décisionnel. Que décideront-ils ? Avec qui croient-ils tous que je devrais partager mes efforts, mon travail, mon coin de terre, ma vie ? Vont-ils m’imposer à nouveau cet exécrable ?

De la démocratie comme d’une famille élargie, je sais. Chacun pour soi comme pour les autres. L’absence de choix me ferait sortir de mes gonds : en d’autres familles, je maudis et détracte ces dictats, ces faux-choix, ces élections forcées. Ici, dans ma famille, on garde le droit de choisir. Mais comme dans toutes les autres circonstances de la vie, si on m’enlevait le choix, je brandirais haut et fort mes pancartes. Alors qu’en ce moment, je peux - et veux - choisir. Mais je n’arrive pas à me résoudre à retourner vers cet homme qu’on m’avait alors imposé… Ce serait comme cautionner ce qui m’a été froidement dicté.

Presque toutes les familles ont un secret à porter : dans la mienne, le secret, c’est qu’à défaut d’avoir un chef qui agit en tout bien tout honneur pour ses membres, on choisit le «moins pire». On oublie rapidement toutes ces fois où, honteux, on se disait «plus jamais», toutes ces fois où il nous a fallu endosser nos choix anciens, toutes ces fois où la mine basse, on bégayait des revendications, tous les matins où l’on a pensé à le quitter. On oublie, on occulte. Un peu comme un accouchement. Dans la déchirante peur de pousser, dans les cris de douleurs à peine qualifiables, on se dit «plus jamais», c’est inhumain… Et dès les premières tétées, on tend à oublier la douleur pour ne se concentrer que sur le bonheur d’avoir mis au monde un être pensant. Et on remet ça.

Si nous sommes si assurés du parti auquel nous donnons tout notre pouvoir, comment expliquer, alors, que deux personnes sur trois hésitent à avouer publiquement pour qui ils ont voté ? Et, encore pire, comment expliquer que ces personnes ne voudront pratiquement jamais expliquer, surtout, pourquoi ? S’il est si crade, si vil, si incertain de lui faire confiance, pourquoi l’avoir choisi, alors ? Parce qu’on ne choisit qu’un idéal, pas l’homme qui porte ses idées ? Et que de dire tout haut que l’idéal auquel on aspire est représenté par un moindre mal, c’est déjà savoir qu’il y a anguille sous roche ?

Peut-être parce que personne ne veut être responsable de dire, à la face du monde, qu’il est un peu, même par dépit, imputable des déboires de l’épouse forcée…

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10 Réponses »

  1. Chère J-M, tu devrais lâcher ta job et faire de l’analyse politique ! vraiment bien ta façon de décrire cette élection !

    Tu viens d’écrire tout haut, ce que beaucoup d’entre nous ressentes !

    A+
    °°°

    Bonjour Nathalie, et bienvenue ! Je préfère garder mes mots, et ma liberté d’assumer l’horrible comme le bon, tout en évitant la politique ! Du moins, pour le moment. Un coup bin écoeurée, qui sait si je ne déciderai pas d’aller brasser la cage du dedans, au lieu de ne faire que des observations personnelles !!! Quoiqu’il en soit, il est vrai que je ne suis pas la seule - loin de là - à se sentir coincée dans un engrenage sans réelle issue… Pour le reste, nous serons à même de constater, dans quelques jours, à quoi ce que la majorité pensante du Québec aura réfléchie !

  2. Ââh, JM, garde ta job, la politique, c’est pas constant. Par contre, ton point de vue est audacieux et a l’avantage d’être assumé, clair et différent. Entre les lignes, je pense exactement comme toi : on est pogné pas à peu près dans notre choix.
    Dommage que les 25 cennes aient juste deux côtés, ça va être plus dur d’aller voter sans flipper à pile ou face !
    °°°

    JM répond : Oh que oui, je vais garder ma job !!! Quoique Dumont aurait probablement besoin de soutien en PR en ce moment… Le truc du 25 cenne est crampant, parce qu’il doit être malheureusement utilisé pour vrai par certains !

  3. Je crois moi aussi que tu sais mettre en mots le sentiment qu’éprouvent actuellement plusieurs électeurs.

    Tu sais, on dit que nous,les jeunes, sommes l’avenir, qu’il est important de s’intéresser et de s’impliquer en politique pour que le Québec jouisse d’un avenir meilleur. Mais si déjà, à 20 ans, je me sens comme une épouse prise dans un mariage forcé, comment puis-je avoir envie de m’impliquer et d’y croire à long terme?

    J’étais aussi de cette blind date d’hier soir, et le constat qui s’impose à moi, c’est qu’aucune question n’a trouvé sa réponse.

    Durant toute la soire, je n’avais qu’une seule envie: plonger dans mon écran et aller brasser mes prospects par les épaules, un à un, jusqu’à ce que leur tête se décroche et roule par terre. Peut-être qu’enfin j’aurais pu regarder à l’intérieur pour voir leurs vraies valeurs et leurs réelles intentions.

    Je suis sincèrement découragée de devoir choisir «le moins menteur», et je me demande qui a dit un jour que nous avons le gouvernement que nous méritons. Mais bon, c’est toujours un plaisir de te lire.
    °°°

    JM répond : Merci, Laurie, des compliments. :-) Si nous sommes comme l’adage, et que nous avons le gouvernement que nous méritons, j’ai peine à croire que nous allons renouveler l’horreur du dernier mandat et assumer le fait que nous sommes lents, malhabiles, vindicatifs et opportunistes. Me semble que le Québec, c’est tellement autre chose…

  4. visionnaire ou folie complete ? je plonge pour la folie visionnaire.

    ca fait plusieur élection que je vois, et ’subit’ dans ma vie. j’en ai vue des mures et des pas mures.

    j’ai été longtemps comme toi, choisissant le moins pire de la gang. subissant les choix des autres.

    aujourd’hui, j’ai décidé d’agir.

    j’essayais toujours de prendre le politiciens le plus expérimenté pour piloter botre bateau, je me disais, avec son expérience on va arriver a bon port.
    nann!!

    ensuite moins expérimenté mais quand meme sur le pont pour savoir comment sa marche.
    nannn!! on dirais qu’on leur aprend a l’école comment etre menteur, voleur et croche.

    aujourd’hui, je vais voter pour celui qui n’as pas d’expérience, celui qui ne sait pas comment ca marche, celui qui n’a pas de réponce, qui n’a pas d’idée…. j’ai une chance de trouver celui qui a le moins piloter dans la ‘marde’ et je dit bien, j’ai une petite et infime chance que la marde il ne me la pelleteras pas sur la gueule.

    estce que je crois que mon bateau va arriver a bon port ? aucune idée…mais les autres options ont déja prouvé qu’il ne se rendrons jamais.

    je suis un visionnaire fou! pourquoi pas ;-) °°°

    JM répond : L’expérience, c’est excellent, en effet. Mais le coeur au ventre, c’est aussi un excellent moteur ! Comme le dit un bon ami : «Cliss, tant que t’as pas essayé, tu sais pas…» :-)

  5. T’es pas en train de nous dire que tu vas voter Charest là?

    J’suis tellement tanné d’entendre les gens dire que Boisclair n’a pas la maturité nécessaire ou le “calibre d’un chef”. Boisclair a été ministre, contrairement à Dumont ou même à Charest quand il s’est fait remettre les clefs du gouvernement il y a quatre ans. Boisclair, on ne le connaissait pas beaucoup avant la campagne, mais que ce soit à Tout le monde en parle ou au Débat, il a prouvé qu’il avait tout ce qu’il fallait pour être chef.

    Ça me fait capoter qu’un gouvernement qui a réussi à atteindre un taux record d’insatisfaction puisse, après quelques mois d’accalmies (et surtout grâce aux faveurs d’un certain M. Harper à Ottawa) remonter comme ça dans l’opinion publique.
    °°°

    JM répond : Meuhnon, voyons, que je dis pas ça !!! En fait, ce que je dis, entre les lignes, c’est qu’une absence de choix valable pourra nous mener à renouveler l’horreur… L’effet de récence est trop pervers, surtout en politique…

  6. Tout à fait!

    Ah pis… Tout à fait déprimant ouais!

    Je vas continuer de préserver l’espoir, je vais regarder vers le ciel et me répéter encore et encore qu’il est possible d’avoir mieux! Ce n’est pas posssible que ça soit ce qu’il y ai de mieux, non je dis NON!

    Tient je vais voter pour le plus cute! (Nah ;) Ça adonne juste comme ça :) °°°

    JM répond : J’espère seulement que Charest n’est pas dans tes goûts… après tout, Michou, elle, l’a déjà trouvé cute !!! Cela dit, un contre-choix comme celui que nous avons, un «double-bind», finalement, ce n’est pratiquement plus du choix, mais du «coût d’option»… :-)

  7. Je suis entièrement d’accord avec ton propos. Pour ma part, après avoir beaucoup tergiversé, j’ai finalement choisi de voter pour la personne plutôt que pour le chef ou la famille.

    Aussi, j’ai opté pour le candidat qui m’apparaît le plus fiable, dynamique et ayant fait preuve de leadership positif à défendre ses dossiers par le passé. J’ai au moins la chance d’avoir cotoyé les trois candidats, à un moment ou un autre, dans le cadre de mon travail. C’est pas l’idéal, mais c’est le mieux que j’ai trouvé comme alternative pour cette fois-ci.

  8. [...] vous avais dit dernièrement que je me sentais un peu comme une mariée obligée par rapport aux choix électoraux qui me sont proposés. C’est encore le cas, mais en plus, j’ai l’impression [...]

  9. qui avait déjà dit:

    “elle nous offre un chèque en blanc
    et lui
    Un chèque en bois”?
    Ché plus….

    Mais de loin je préfére un chéque royal et bien républicain, sans gravitude aucune!
    Une Femme enfin au chevet de la France!

    Go Ségo Go!

  10. Je pense que vous dites tout haut ce que pensent d’autres tout bas.

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