Complainte de l’inexorable
Par Intellexuelle • lundi 23 janvier 2006 à 15:16 • Catégorie: Psyritualité
Deviens-tu c’que t’as voulu? Deviens-tu c’que t’avais vu? Deviens-tu c’que t’aurais pu? T’as-tu fait c’qu’y aurait fallu? [Daniel Boucher, «Deviens-tu c'que t'as voulu», sur 10 000 matins.]
…plus ou moins, selon l’extrait… - La Matou(e)
Nicolet (JMD) - Dans 14 dodos, tu auras 28 ans pour la 5e fois. Si tu t’extradiégèses, ce que tu vois, ce que tu constates, les faits, sont les suivants : tu es une femme. Bientôt 32 hivers. Un Daniel de presque 16 ans, au secondaire, qui aura son permis de conduire dans quelques mois. Un Benjamin de bientôt 10 ans, mi-primaire. Un fiancé, la trentaine, des yeux incroyables, un coeur gros comme ça, entrepreneur, qui réussit bien. Un Evel Knievel de chat. Un Jonas de chien. Tu extrapoles : Une petite famille exemplaire. Tu ouvres encore les volets : une maison, en campagne (!), dans une petite banlieue, avec piscine et grand terrain, stationnement double et verdure. Un rosier, un lilas, un pommier, une masse de tulipes, pour le printemps. Tu étends encore : un bateau-pour-l’eau, une-auto-pour-le-boulot. Le rêve américain, version québécoise.
Tu examines : Un DES. Un DEC. Un certificat en littérature. Un BAC en communication publique. Une maîtrise en gestion des organisations. À venir, un certificat en psycho. À gauche : une compagnie qui t’appartient. Un autre bureau à Roberval. Un boulot que tu aimes. À droite : une passion pour les lettres, pour l’écrit. Au centre : des prix, des récompenses. On t’a déjà dédiées deux chansons endisquées. Et écrit une pièce de théâtre, où tu étais le personnage principal. Cet été, tu auras enfin ton permis de conduire une moto. En prévision, donc, tu vois une moto. Côté santé : pas ou peu de problèmes. Un rhume de temps à autre. Une gripette. Des hormones instables. Deux ou trois opérations, mineures. Ligatures. Extraction de mélanomes bénins. Tu parles couramment 2 langues. Tu te débrouilles en espagnol. Tu baragouines l’allemand. Tu es plutôt jolie. Plutôt intello. Tu fais mensa, tant qu’à y être. Tu as trois bons amis, fidèles, fiables, toujours là. Marcel, Isabelle, Mercédès. Beaucoup de «relations», de «connaissances». Tu adores ta soeur. Tu adores ton frère. Tu es tante et marraine d’Émilie, une joie. Tu planifies un voyage en Afrique pour février 2007, avec ton Mec, tes kids, et ton ex, Jean.
Quand tu te googlelises, tu as des résultats. Tu ne souffres d’aucune maladie mentale détectée (!), si on exclut la folie douce qui t’habite.
Je résume, donc : tu as une vie agréable, presque «parfaite», enviable. Contre toute attente, d’ailleurs. Devenue fille-mère à 16 ans. Décrocheuse. Père alcoolique absent. Mère au foyer. Milieu défavorisé. En région éloignée…
Je te regarde, je te vois, je te sens, je te sais. Mieux que quiconque. Je perçois. J’entends. Je ressens. Ce que tu perçois, entends, ressens. Si je n’étais pas toi, je voudrais probablement l’être.
Moi, je voulais être autre chose. Du plus loin dont je me souvienne, je voulais être médecin. Changer le monde, aider le monde, améliorer le monde, sauver le monde, enseigner au monde, apporter quelque chose au monde. Mon plan était bien défini : dès la 5e secondaire, j’envoie les papiers d’inscription à l’armée. Je suis enrôlée. J’y fais mes études. J’y deviens médecin. Puis je voyage. Je parcoure la planète, à aider et à guérir. Je passais toutes mes soirées libres - ou presque - depuis mes 12 ans, à faire du gardiennage, pour ramasser mes sous, pour aider ma famille quand je serai partie, loin, loin, outre-mer.
L’histoire nous apprend qu’à 15 ans, bien assis sur la chaise de l’infirmerie, parce que tu te sentais mal, à la polyvalente, c’est l’infirmière qui a annoncé que tes plans allaient être chamboulés.
Est-ce que tous les rêves, tous les plans, doivent être réalisés, pour convenir à «être» ? Est-ce que la «réussite» se mesure à l’atteinte d’objectifs déterminés ? Est-ce que les événements qui concourent à faire dévier ces plans-là sont oeuvres du destin, ou de la vie ? Est-ce qu’ils sont là, non pas pour nuire à la destinée que tu t’es imaginée, mais plutôt pour te mener vers des chemins que tu n’avais pas prévus ?
Tu rêvais d’une vie grandiose, en solitaire, faite de voyages et de découvertes, bistouri à la main.
Tu as une vie enviable, accompagnée. Elle t’a fait voyager, certes, en toi. Elle t’a fait découvrir et explorer ce dont tu n’avais jamais rêvé. Sans bistouri. Soit. Mais qu’importe ?
Tu voulais aider les gens à mieux vivre, à survivre. Et si c’était ceux qui t’entourent, qui bénéficient de ton bistouri invisible ? Et si c’était à eux, que tu étais destinée à apprendre, à aider, à apporter quelque chose ?
Deviens-tu c’que t’as voulu? Non. Pas exactement.
Deviens-tu c’que t’avais vu? Non. Pas exactement.
Deviens-tu c’que t’aurais pu? Non. Oui. Inexactement.
T’as-tu fait c’qu’y aurait fallu? Oui, ça oui. Exactement.






T’es vraiment ‘hot’ toi, je te l’avais déjà mentionné???
Touché. Droit au coeur.
c’est vraiment bizarre. comme on peut devenir une meilleure personne que ce qu’on en avait reve. ou presque. des fois, les reves, c’est peut-etre juste la pour nous cacher la meilleure face de la lune. qui sait.
wow, what a life already… impressive indeed…
Tu en as fais des choses toi!
Moi je m’interroge encore, faut dire que je suis un peu plus jeune…
J’ai eu longtemps un complexe. J’étais complexée parce que je trouvais que j’avais eu une vie trop facile et que pourtant… Y’a fallut que mon père m’ouvre les yeux pour que je constate que ce n’était pas si facile que ça…
Bref tu possèdes une belle lucidité que de toute évidence je ne possède pas encore tout à fait! J’imagine que ça vient avec la maturité :)Ou la sagesse?
Hum…
Tu pourras dire que ton bistouri invisible fait aussi du bien à certaine personne qui viennent te lire ici. J’te l’ai souvent écrit. Ton blog me fait du bien, belle Matou(e).
Merci!
Parfois, ce qu’on reve de faire ne se matérialise pas de la facon dont on souhaiterait le plus fort, ni de la facon qu’on imagine, mais se matérialise quand meme.
Tu revais de parcourir le monde, armé d’un bistouri, je vois ton BLOG, affiché sur toute sorte d’ordinateurs a travers le monde, soupesant, disséquant, analysant, soignant et apportant la vie et la survie de l’ame, de la personalité et du potentiel humain de chaque personne que tu touche de ton bistouri d’amour.
Moi je vois une Femme qui accomplis sa mission de vie…..
J’aime bien faire le tour de ta vie en quelques lignes, te connaître toujours plus, sonder tes rêves et tes attentes de vie. C’est vraiment puissant ce que nous permettent les blogs, non? Tous ce partage et cet échange, ces chaleurs qui naissent à travers les lignes, bien réelles…
Tu as acquis une belle sagesse, qui te permet de TE rencontrer dans l’un de tes futurs possibles. Tu serais devenue TOI quelque soit ce futur à accomplir, bien sûr, et c’est bien que tu le saches (c’est le cas) et que tu sois fière de la personne que tu es, que tu as toujours été, finalement.
mouin, je viens de me relire, ça fait sentencieux en titi mon affaire…:-P
Dans le fond, je voulais simplement dire = contente que tu éprouves de la fierté et de l’affection pour celle que tu es.
Touchant ce texte. Tu as réussi ce que je m’évertue à essayer de faire depuis quelques semaines : un autoportrait juste.
Je suis arrivée ici via le blogue du journaliste Lagacé, du Journal de Montréal. http://pat.blogue.canoe.com/pat/2006/01/24/blogues_d_ici
Eh oui, tu écris «pas mal» du tout ! T’as déjà pensé à publier ?
Il y a quelque chose de très impressionnant, de très posé et de très sain dans ta manière de faire la synthèse. Du bonheur radioactif non cancérigène?
wouin
Et a l’aube de mes 35 …
Le même refrain joue chez moi !
Bravo.
(impressionnant)
Bravo pour le permis de moto !
Fais-moi savoir si tu as besoin d’une accompagnatrice !!
[...] dernier, presqu’à pareille date, j’avais écrit la «Complainte de l’inexorable», comme une sorte de bilan, de revue. Cette année, je n’écris rien qui puisse être lié [...]
[...] dernier, presqu’à pareille date, j’avais écrit la «Complainte de l’inexorable», comme une sorte de bilan, de revue. Cette année, je n’écris rien qui puisse être lié [...]
[...] me reste moins d’une semaine pour trouver quelle attitude adopter le 5 février prochain. You [...]
[...] y être, tu feras médecine.” J’ai fait communication, puis gestion. On sait pourquoi. Mais j’ai fait ce que je voulais [...]