Ces enfants qu’on doit quitter

Par Intellexuelle • jeudi 01 mai 2008 à 16:49 • Catégorie: Nouveau, Psyritualité

La première fois

La toute première fois où il m’a sourit, j’ai été conquise. Immédiatement. Il avait le même sourire coquin que son papa. Et les mêmes yeux. La couleur de ses cheveux devait être celle de Sylvie, sa maman. Et cette façon mignonne - et très, très longue - qu’il avait de s’essuyer chacun des doigts, après s’être lavé les mains. Ça devait également être de sa maman qu’il le tenait.

Il avait trois ans et s’appelait David. J’ai bercé l’enfant, vêtu l’enfant, raconté des histoires à l’enfant. Lui ai présenté les miens, d’enfants. Ensemble, on a reformé un brin de famille. J’aimais son papa. Forcément, fiston m’a également plu. Peu m’importait qu’il ait une vraie maman quelque part pendant la semaine. Les weekends, nous étions cinq. Mes deux fils, mon amoureux, son fils et moi.

Et le temps a mis à l’épreuve cet amour inconditionnel qu’on croyait posséder. Quelques semaines avant son entrée en maternelle, tout était balayé. .

La deuxième fois

La toute première fois où j’ai aperçu ses yeux, j’ai su qu’elle était la fille de sa mère. Le ton de sa voix, ses gestes lents et calculés, le port fier, le dos droit, la tête emplie d’images à faire rêver. C’était la fille de mon nouvel amoureux. Elle était magnifique, d’une intelligence remarquable pour une enfant de 8 ans. Tranquillement, nous nous sommes apprivoisées. Mutuellement. Doucement. Nous étions toutes deux farouches, apeurées, intriguées. Elle était douée d’une maturité peu commune pour son âge. Nous avions compris qu’il nous faudrait du temps pour bien saisir tous les liens qui se formaient entre nous. Les relations entre sa maman et son papa étaient tendues. Inutile de vous dire que ma venue dans le décor a été bouleversante pour toute la famille. La mienne et la sienne.

À grands coups de tentatives, d’essais, de reprises, nous avons fini par trouver une zone neutre, elle et moi, où son weekend sur deux avec papa prenait l’allure d’une reconstitution familiale. Elle devait partager ce précieux temps avec nous, son “autre” famille, et nous comprenions tous à quel point cela lui demandait d’ouverture et d’abnégation. Après trois ans, nous avions trouvé notre rythme de croisière.

Et la distance a mis à l’épreuve cet amour inconditionnel qu’on croyait posséder. Quelques semaines avant son entrée au secondaire, tout était balayé. .

Quitter un amoureux est douloureux. Même quand la se passe bien, la douleur, l’échec, le manque de l’autre est difficile à supporter. Quand cet amoureux a un enfant à qui l’on vouait un véritable amour, cela devient torture. Parce que quitter l’amoureux revient également à quitter l’enfant. Oh, on dira bien ce qu’on voudra sur les liens tissés et l’amour tangible, sur les promesses de se revoir et sur les aspects “adultes” de la … Inévitablement, le temps passera. Papa trouvera une nouvelle amoureuse. Qui n’appréciera pas le lien entretenu avec l’ex, déjà qu’on en a une à jamais dans le décor, avec la maman du petit…

Inévitablement, on entendra “c’est pas ta fille, c’est pas ton fils”. Inévitablement, on sentira qu’on est désormais de trop dans l’équation et malgré les petits coups d’épée dans l’eau pour tenter de se battre contre l’adversité, on finira par abdiquer devant la vie, par espacer les visites, puis les coups de téléphone, puis les matins où l’on se dit “c’est son anniversaire aujourd’hui”.

On fournira des détails sur tel ou tel souvenir à notre nouvel amoureux, qui se demandera bien qui était cette petite sur la si jolie photo où tu souris ? Nos propres enfants se demanderont si cet épisode était un rêve, tellement il semble loin de la réalité. On sourira devant un calendrier vide de ces enfants devenus fantômes dans notre nouvelle vie.

Bien sur, il existe de jolies histoires de familles reconstituées qui, une fois destituées continuent d’entretenir certains liens sans animosités, pour le plus grand bonheur des enfants, sans faire rechigner les ex de partout. J’en vis une, de ces histoires, avec l’Exception et l’Adulescent.

Mais pas avec David et Salomé. Leurs vies sont reparties avec leurs papas respectifs. Les souvenirs de nous sont encore présents dans ma tête, sur plusieurs images, dans plusieurs cahiers. Mais avec le temps va, tout s’en va…

Ce matin, j’étais seule parmi les autres solitudes qui traversaient le centre-ville et j’ai cru apercevoir son visage. Il m’aurait bien fallu ajouter quelques années à la petite de 11 ans que j’ai quitté… Ce n’était pas elle, évidemment.

Je me suis demandée ce que sera le reflet de notre nouvelle société, après quelques générations de ces abandons bien involontaires. Autrefois, il y avait papa et maman, pratiquement pour la vie. Puis papa, sa blonde ; maman, son chum. Voilà maintenant qu’on a des papa-sa-blonde-son-ex-et-ses-enfants, puis maman-son-chum-son-ancien-chum-la-fille-de-son-ancien-chum… Si chaque est une blessure à l’âme, combien de petits guerriers et petites guerrières laisserons-nous derrière ?

Un cœur, ça aime. Peu de gens s’empêcheront d’ailleurs d’aimer sur la simple prémisse que le nouvel amour a déjà un ou deux enfants. Dans l’instant où les mots “je t’aime” partent d’un cœur pour se rendre à l’autre, l’utopie de l’éternel implose et sous aucune considération le fait d’avoir des enfants “déjà” ne viendrait ruiner ce bonheur d’aimer. Mais qu’arrive-t-il quand l’utopie se transforme en réalité désespérante ?

Rapidement, je fais le décompte de mes connaissances et amis. Tristement, j’en arrive à la conclusion que 80% d’entre eux ont des enfants d’une précédente union. 8 personnes sur 10. Ça fait beaucoup de petits et de petites qui auront à apprivoiser de nouveaux cœurs, le temps d’une, de deux ou de plusieurs chansons. Ça fait plusieurs petits qui devront vivre la imposée par papa ou maman à leur corps défendant, s’il y avait .

J’espère sincèrement que David et Salomé se portent bien. Et qu’ils aiment la nouvelle conjointe de leurs papas. Si j’avais un peu plus de courage, je forcerais le destin et prendrais plus souvent de leurs nouvelles. Je m’imaginerais que rien ni personne n’est indifférent à toutes ces années écoulées depuis les ruptures. Je n’aurais pas peur de foutre le bordel dans la nouvelle relation “sans nous”. Et, surtout, je n’aurais pas peur que ces petits anges venus d’ailleurs m’aient oublié, avec le temps…

Juste comme ça, pour satisfaire notre curiosité vous avez...

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18 Réponses »

  1. Quelques amis m’ont raconté des ruptures où ils ont dû laisser derrière des enfants. Ils m’en parlait comme si ça avait été plus difficile de laisser l’enfant que l’amoureux ou l’amoureuse. Pour les enfants aussi c’est triste que le lien ne puisse pas être maintenu avec l’ex. Y’a jamais trop d’adultes significatifs ou dignes de confiance dans la vie d’un enfant. Et le fait que cet adulte ne soit pas un parent rend à quelque part le lien privilégié…

  2. dans ton sondage, il manque,

    ” je me fou de ce que pense l’ex, l’équilibre des enfants prime avant tout”

    mais dit moi, qu’est-ce que tu fais la ? tu n’es pas encore sur le téléphone ?

    allez, fait leur plaisir et fais toi du bien. prend le téléphone !!

    moi je suis l’ex, avec les enfants.
    mon ex, qui n’avais pas d’enfant est entré dans ma vie, a prise mes enfants sous ses ailes et les a fait grandir. à son départ, malgré les promesses de toujours êtres la pour mes filles, elle n’a pas téléphoner et je vois le résultat sur l’équilibre de mes enfants. au début je prenais souvent le téléphone et l’appelais pour lui dire que mes filles avais besoin de son contact. mais malheureusement, elle ne leur donne jamais de nouvelle. si vous avez été en contact avec un enfant d’une autre union, qui est maintenant fini. de grace… prenez le téléphone et redonnez leur des nouvelles… ils vont etre tellement content.
    bon…. je vais secher mes larmes moi la. @+

  3. Tu dois bien te douter que ce billet me touche particulièrement…

  4. Ah… oui. Je n’ai jamais eu le plaisir (et la souffrance, à ce que j’en vois), d’avoir un chum qui avait déjà des enfants. J’aurais adoré, je crois. J’ai eu des chums qui se sont plus ou moins attachés à mon fils, et un en particulier qui est resté dans sa vie, pense toujours à son anniversaire, et m’a eproposé de payer une partie de son permis de conduire. C’est précieux, et pour lui (mon fils) et pour moi. Je ne sais pas s’il s’est fait un cadeau à lui-même, mais en tout cas, il nous en a fait un à nous…
    De l’autre côté, belle-mère coriace et pas trop tendre, avec laquelle il n’a jamais accroché, et si la rupture arrivait, je ne crois pas qu’il la reverrait jamais.

  5. Faudrait bien que la Reine vienne lire ceci. Je te l’envoie tiens ;)

  6. MÉLOU : C’est, dans mon cas, partiellement vrai. Quitter les papas a été difficile, autant que leurs enfants… ce qui est triste, avec les enfants des autres, comme pour ce qui est des miens, d’ailleurs, c’est le “fait accompli”. J’entends par là que les petits subissent la séparation. Ils ne l’ont pas demandée. Ils doivent vivre avec la décision des parents, malgré leur attachement, malgré les liens créés, malgré tout.
    C1KDO : Mais tu le sais comme moi que c’est parfois plus embrouillé que ça. Souvent, il y a toute l’animosité autour. Puis les nouvelles amours qui font surface. L’appel de l’Ex devient moins, tout à coup, attrayant et justifié. Le contact se fait, mais perd de sa valeur avec les semaines, avec les mois. Le nouveau conjoint comprend parfois mal pourquoi on tient tant à garder contact avec “l’ex”… alors qu’il s’agit en fait du maintien d’un lien avec son enfant ! Tout est plein de nuances qui s’agencent plutôt mal. On continue seulement de se donner des nouvelles de temps à autre, pour préserver un nouvel équilibre, je crois. Et puis l’autre contexte : toi, ton ex a vécu avec les enfants pendant des années. Pour d’autres, c’était un weekend sur deux rempli d’activités, sans quotidien où l’on tire le meilleur de soi…
    CHOCO : Évidemment… tu y as déjà pensé ? Si la puce et son papa partaient ? Qu’est-ce que tu ferais pour la puce… c’est triste d’y penser. Surtout, surtout, on ne le souhaite pas. Vraiment pas ! Longue vie à vous trois, ensemble !
    TASSILI : C’est délicat, comme sujet, je vois. En plus de tous ces paramètres, tu m’en pointes un que je n’avais pas identifié : quand l’enfant n’est pas si heureux que ça de la relation avec l’autre, qu’en restera-t-il ? S’il advenait que l’autre veuille à tout prix garder contact ? Ahhh…
    DREW : Bonjour à la Reine, alors ! ;-)
  7. Drew m’a dit de venir faire un tour et lire le billet.
    Je suis une des chanceuse Je vie un lien assez précieux avec la fille de mon chum. J’ai lu le billet et je le trouve touchant.
    De nos jours avec cette réalité si cruelle de rupture, séparation c’est vraiment dure pour l’enfant de vivre avec tout ca.

    Je suis sans mot. je ne fais que penser a ma vie de famille et s il fallait qu un jour je ne vois plus sa fille je trouvais sa bien dure.

  8. J’ai gardé contact par MSN avec la fille de mon ex. Parfois ma fille et elle veulent se voir, elles ont “connecté” en tant que “demies” . Alors c’est week-end chez-moi…Et quand elle repart, j’ai mal, ma fille a mal et elle a mal aussi…Petit à petit, les week-ends s’espacent, par instinct de survie émotive je suppose. Mais le contact reste (peut-être parce que la séparation n’a pas été explosive) et j’en suis fort heureuse.

  9. @ Intellex : J’y pense souvent… Et je ne sais pas ce que je ferais. Vraiment pas.

  10. Touchée encore une fois… MOi aussi j’ ai cette peur qu’on moublie, que je n’ai pas été assez significative pour faire parti de leurs histoires, de celles dont ils se rappellent en silence lorsqu’ils sont face “a leur nouvelle vie.. Qu’ ils en parlent ca m’importe peu, tant qu’ ils pensent à moi avec le sourire, c’est déjà ca de gagné ;) xx

  11. Trop tôt pour avoir vécu celà. Je ne peux que faire un rapprochement avec la belle-famille pour qui l’amour ne suit pas la même tangeante que pour l’ex. J’aime m’imaginer que l’amour se ressent lorsque l’on sait que l’on est aimé par quelqu’un. Qu’il soit là pour nous le répéter ou non importe peu, l’ennui se mettra de la partie au pire, mais être aimé par adoption comme tu l’as fait pour ces deux expatriés a une grande valeur à mes yeux. Ça laisse croire que c’est possible.

    Merci encore une fois pour cet excellent billet.

  12. Je n’ai aucune idée de ce que c’est concrètement.

    Mais j’ai souvent pensé à ce que ça devait être… Le fait d’avoir partagé la vie de l’enfant d’un conjoint pendant parfois des années… et quand le conjoint devient un ex, c’est comme si on ne pouvait plus compter dans la vie de l’enfant, dû à la rupture.

    Ça doit faire de ces déchirures pas possibles… et je crois que tu l’exprimes dans ton billet, toujours aussi brillamment écrit, par ailleurs.

  13. Moi je serais jamais maman, et les enfants de mes ex on dirais que ca collais jamais…par contre je suis une enfant du divorce et je sais ce que c’est de s’attacher a un pi a l’autre pi paf il est parti..mais la vie se charge de nous faires oublier asser vite merçi ce genre de déboire la, car aussitôt l’âge adulte elle se charge de nous faire entré dans la spirale de tout et chacun, enfants pas enfants! Platte a dire mais vrai, la vie continue….

  14. Quel témoignage!
    Avec Ferré en trame…
    Touché.

  15. JACYNTHE : Je suis entièrement d’accord avec toi. Mex, après avoir lu ce billet, s’est dit la même chose. “Et si…” Personne n’arrive à bien imaginer comment serait la vie familiale sans… la famille !
    LUSCIOUSLOBA : L’instinct de survie émotive… c’est bien dit. Je crois que c’est ça, en fait. Tu as trouvé le terme exact.
    CHOCO : Alors on n’y pense plus, d’ac ? :-)
    MANDOLINE : C’est une des parties du “pire”. Parfois, juste de me demander “et si, au fond, c’est moi qui suis “gossante”… s’il n’y a que moi qui tient à ce contact ? Peut-être sont-ils, finalement, dans une autre vie, sans besoin de moi. Pas qu’ils m’aient oublié, juste que… je ne fais plus partie de leurs vies.
    EN SAIGNANT : Je dirais même “C’est possible sans effort” ! Évidemment que parfois, les petits des autres, ils sont à des lieues d’être parfaits “comme les nôtres” ! Mais de savoir qu’on croise là le regard d’une moitié de l’amour qu’on aime… ah ! Facile !
  16. NOISETTE : Pour moi, ça a été un peu comme une double peine d’amour. Déjà que de laisser partir un adulte qu’on a aimé, c’est rushant… Mais le faire en “double”, c’est presque inhumain. Ça prend beaucoup de bonnes journées pour passer à travers ! Surtout quand l’autre “ne veut plus rien savoir de rien”…
    ANNIE : Je trouve ça poche, quand même ! La vie continue, évidemment… mais on dirait qu’à force de manger de beaux fruits bien sucrés, quand on retombe avec juste la même assiette, ça manque de saveur !
    DANIEL : Un commentaire où je n’ai rien à ajouter. Sinon merci !
  17. Un très beau texte sur un très touchant problème…

  18. La fille de mon amoureux (13 ans) a déjà réglé ça pour être certaine que si on se sépare en catastrophe , tout sera réglé. Alors donc, si on se sépare, c’est sur et certain et absolument certain qu’on va passer du temps ensemble. Ça me fait plaisir qu’elle me dise ça parce que je sais que c’est rempli d’amour, mais je connais aussi la vie et avec une nouvelle copine dans la maison, ça serait peut-être un peu compliqué…enfin…On va donc s’arranger pour ne jamais se séparer, comme ça, y’en aura pas de problème!!!

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