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Patience et longueur de temps…

Je n’ai jamais été vraiment patiente. Mon époux encore moins… ce qui fait que pour nous, le ‘tout, tout de suite’ est un bon leitmotiv.
Quand, parfois, il arrive qu’on nous mette des bâtons dans les roues, c’est souvent avec ardeur qu’on tentera de s’en débarasser. Si, en plus, ces bâtons sont mis par des gens de mauvaise foi, qui ne mesurent pas la portée de leurs actes, alors là, on enrage.
J’en connais plusieurs, comme nous. Heureusement.
*
Quand nous avons déposée l’offre d’achat ferme pour notre maison, et que le propriétaire actuel, un avocat fier de son choix de carrière, a accepté, nous avons pris pour acquis que tout irait très vite. Dans les conditions normales et légales, c’est la règle, quoi.
Nous avions fait les choses parfaitement, selon les normes, suivant à la lettre les recommandations d’usage.
Quand le vendeur s’est dédit, quelques heures après nos célébrations, c’est le ciel qui nous tombait sur la tête. Voyage en enfer en passant par Nicolet, c’était original.
*
Armés de beaucoup de volonté, d’un petit budget et appuyés par plusieurs aviseurs légaux et par notre institution financière, c’est donc plein d’espoir et de rage que nous sommes entrés dans la valse des démarches légales.
Qu’est-ce qu’il faut être patient pour voguer dans ces eaux-là!
*

D’abord, le vendeur-propriétaire-avocat, impliqué dans un procès, ne semblait jamais trouver le temps de compléter ses engagements. Ensuite, tout était valable pour gagner du temps - lire étirer la cause : remettre ceci, oublier de retourner un appel, manquer un rendez-vous…

Bref, ça a été long. Stressant. Fatigant. Dur pour le moral. Épuisant. Et tous ces gens qui, heureux de notre bonheur des premiers jours, nous demandaient souvent ‘alors, ça avance, cette cause?’

Aujourd’hui, le proverbe ‘Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage’ est vérifié. Souvent, nous avons voulu abandonner. Souvent, nous étions découragés et pensions que notre cause était perdue d’avance. David contre Goliath, c’est du classique. Maintes fois nous nous sommes regardés, Patrick et moi, avec dans les yeux de l’un l’espoir, dans les yeux de l’autre l’épuisement. Toujours, cependant, nous nous sommes dit que si nous abandonnions la cause, nous le ferions gagner, lui, et ça, il n’en était pas question.

Vendredi dernier, alors que j’étais en réunion, le blackberry me faisait de drôles de buzz, pas mal intenses. Mon mari. Je rappellerai. Mais le téléphone continuait à vibrer et à vibrer. Je suis sortie de la salle de réunion, ai trouvé un endroit propice et ai rappelé l’époux.

‘Es-tu bien assise’ qu’il demande. ‘Trouve un endroit où tu pourras crier’ qu’il ajoute.

‘Nous avons la maison Martyne. Nous avons gagné. Notre avocat vient de m’apprendre la nouvelle. Il a cédé, le proprio a reconnu ses torts. On l’a ma belle!’

Et j’ai crié.

De joie, évidemment. De contentement. De bonheur. Mais aussi de soulagement. Un tout petit cri qui résumait les dernières et épuisantes semaines.

Ne reste que les derniers détails à régler. Dieu sait combien de temps cela prendra… mais il a reconnu ses torts. Et ça, c’est ce qui, pour nous, compte par dessus-tout. Le reste, c’est de la paperasse d’avocats.

Une case cochée grâce à ChezJules.tv

Ça a commencé en février. Avant d’aller dormir, je ferme le blackberry et je remarque un nouveau message. “Nous sommes heureux de t’annoncer que tu es la grande gagnante du concours ChezJules.tv… - La Production.” Deux réactions, alors : soit quelqu’un me niaise et c’est pas gentil du tout, soit je déborde de joietitude!

Une lettre à la poste pour l’Univers…

En fait, ça a commencé bien avant février. En novembre, je dirais. Mex voulait donner suite à son désir d’aller passer une semaine au chaud, écoeuré qu’il était de l’hiver. Et il gossait, et il gossait, et il gossait. Et la comptable en moi trouvait tous les arguments du monde pour le faire taire. En janvier, alors qu’il revenait à la charge avec 1000 pamphlets de voyagistes, je lui réponds: “Mex, cette année, la seule façon pour toi de me convaincre d’aller dans le Sud, c’est si le voyage est gratuit.” Chaque jour, depuis, Mex inventait des façons de demander à c’t'univers de me rendre ça gratuit…

Du gossage de l’univers…

De fait, ça a commencé bien bien bien avant novembre. Il y a 3 ans, je dirais. Mex et moi, nous faisions notre liste de trucs “désirés-le-plus-au-monde”. La liste d’amour, quoi! Les choses qu’on aimerait faire ensemble, en amoureux ou ensemble, en famille. Dans cette liste, tout juste après “trouver un coin de paradis près d’un lac pour s’y construire une cabane”, il y avait “aller aux îles Turquoises”. On avait même participé à un article de Coup de Pouce avec ces listes…

Et l’univers de répondre…

Évidemment, à force de mettre en place tous les éléments nécessaires, ça a fini par arriver! Alors ce fameux soir de février, quand j’ai reçu le courriel de “gagnante”, je me suis empressée de chercher la confirmation du rêve; puis de l’annoncer à Mex. Puis de crier de joie avec lui. Et quand on s’est calmé, on est allé fouiner dans les destinations possibles… et on a vu Turquoise. L’euphorie, j’vous dis pas!

Le grand branle-bas…

Gagner un voyage comme celui-là, c’est un truc qui n’arrive pas souvent dans une vie. Alors l’organisation que ça demande… oulà! D’abord, les remerciements. Ensuite, la préparation : et nous, on voulait partir vite, vite, vite. Alors on s’organise avec le travail, les contrats, le reste. Et pis Benny-le-kid qui avait besoin de surveillance pendant notre absence. Evel Knievel le chat, Bob Marley le chien et Che Guevara le perroquet, eux, ont aussi besoin de soins. Encore une fois, l’Univers est bon. Justement, le copain de ma mère était au chômage là, dret là, en mars.

Tout est beau!

Une case cochée…

Ce qui fait que le 27 mars au petit matin, nous étions prêts. Le 27 mars en après-midi, nous avons conclus notre rêve : îles Tuquoises, dans notre liste amoureuse, est coché. Le reste, je vous le raconte en résumé : c’était le rêve. La plongée, les incoyables plongées. Les ballades folles. Le repas pris avec de nouveaux amis sur une île légendaire, pleine de fantômes de pirates des Caraïbes. Le passage dans le fameux Triangle des Bermudes. Une virée en sous-marin totalement magique. Mex et sa rencontre avec un petit (un gros, très gros) requin. Ma propre rencontre avec un jackdrill (un Merlin, qu’ils appellent, là-bas). Des nuits magiques, des jours heureux. Et l’eau. Transparente, incroyablement turquoise.

Merci Chez Jules!

Et nous avons réalisé que nous étions chanceux comme pas un. De vivre cette aventure. Ensemble. Comme nous l’avions demandé…

Je veux “juste”…

Le paradis

Vous savez… quand vous avez l’impression de toucher le ciel, de voler, d’être à ce point libre que tous vos sens ne font qu’un. J’ai su. Ce que ça donnait comme sensation. J’ai su parce qu’on me l’a enlevé. Je suis comme ça, moi. Je sais que je sais quand je ne sais plus. L’antithèse devient ma thèse. L’absence devient présence. Bref, on m’a coupé l’herbe sous le pied; j’ai su à ce moment qu’il y avait de l’herbe et que cette herbe me faisait un bien immense.

Il y a quelques jours, Mex et moi étions en train de visiter une maison. Une superbe maison. Exactement comme je l’aurais dessinée si elle avait été créée par moi. Avec son attrait principal : un appartement intégré. Comme dans «papa, dis, tu viens habiter avec nous?». Comme dans «chéri, alors, c’est oui pour que papa vienne vivre avec nous?». Comme dans «les enfants, alors, il peut venir vivre avec nous, papy?». Comme dans «enfin papa, je te ramène près de nous, comme il se doit.»

Évidemment, en voyant la maison, les possibilités, en y imaginant le bonheur à la tonne avec l’espace pour chacun de nous (et les enfants et papa et nous), espace parfait pour Evel Knivel le chat, pour Bob Marley le chien et pour Che Guevara le perroquet; bref, en imaginant l’espace pour tous, j’ai eu l’impression d’être enfin chez moi.

Ça a pris quelques sourires et puis nous faisions une offre d’achat ferme. Quelques coups de téléphone et puis nous financions le bonheur. Quelques signatures et puis nous y étions : offre d’achat envoyée, selon les recommandations du proprio actuel qui nous avait bien fait comprendre que «une offre d’achat ferme, d’un bon montant, et elle est à vous.»

Tout était en règle. Tout.

Le proprio reçoit notre offre et le lendemain, nous surprend en étant plus gourmand que prévu. Une contre-offre, d’un montant plus élevé que sous entendu. Qu’à cela ne tienne : let’s go. On y va pareil. Rappel pour le financement, retour chez le proprio : contre-offre signée le jeudi. De nos deux mains tremblantes, conscientes sans doute que ces griffonnages nous mènent vers un chez-soi parfait. Le proprio, à mon insistance, nous fait immédiatement une copie du document «pour faire encadrer» et nous prenons rendez-vous pour faire visiter la maison – et l’appartement – à papa, le dimanche. Serrage de mains et grands sourires.

«Elle est à vous».

Quels mots magiques et porteurs d’espoir. Elle est à nous. Nous avons trouvé une maison idéale, dans un coin parfait, juste assez, pas trop.

Le vendredi soir, nous faisons la fête. Conscients de ce qui nous arrive. Heureux d’avoir su saisir l’opportunité quand elle s’est présentée. Fiers de nous, de notre constance dans la préparation à l’achat de «la» maison. Économiser, puis économiser encore; vendre ceci; oublier cet achat farfelu, attendre et le reste.

Le purgatoire

Anger

Samedi matin, Mex vient me réveiller avec un mort dans la gorge. Une voix d’outre-tombe. Le proprio l’a appelé. Sur cellulaire. Pour lui dire que la maison avait été vendue. À quelqu’un d’autre.

À quelqu’un d’autre? Endormie, je répète la phrase. Ne saisis pas bien. «Comment ça, à quelqu’un d’autre»? À quelqu’un d’autre.

Oui, ça se peut.

Je vous le jure que ça se peut.

Vous savez ce qu’il fait, dans la vie, le proprio? Avocat.

Vous savez ce qu’il nous a répondu quand on lui a dit que ce n’était pas légal d’agir ainsi?

«Vous vous battrez, c’est tout. Je suis avocat, alors je vais faire étirer la cause pendant 10 ans, vous allez mettre la main dans votre poche, et on n’en finira jamais. Oubliez ça les jeunes.»

C’est là que les jambes me sont revenues. Là que le coton s’est solidifié. Là que le sang s’est remis à circuler dans mon corps. C’est aussi là que Mex et moi nous sommes regardés en sachant bien que nous y allions. Au combat. Au début, c’était dans le but de ne pas nous faire avoir, après tout ce qu’on y a mis comme entrain et comme efforts, à cette acquisition-là. Par la suite, c’est devenu une histoire autant personnelle que sociale. On n’arrive pas à croire qu’avec un statut d’avocat, on puisse exagérer autant et se croire au-dessus des lois, juste parce qu’on sait comment elles peuvent être manipulées.

Non mais.

Dommage, vraiment, ce que je vous raconte. Vous vous souvenez, je vous disais au début du texte que c’était le paradis? Voilà son opposé : l’enfer. Première mise en demeure (revenez sur votre décision, monsieur l’Avocat) : rejetée. Deuxième mise en demeure (croyez-nous, nous sommes sérieux, dites à l’autre acheteur qu’il vient de – lui aussi- perdre sa maison puisqu’elle était à nous) : rejetée.

Je vous passe les détails. Les indications à l’huissier. Les silences. Les refus. Et le reste.

L’enfer

Dernière étape : nous sommes convaincus et décidés. Notre avocat également. De même que tous les gens à qui nous avons montrée la contre-offre et qui ont constaté qu’elle était légalement valide. En y ajoutant ses paroles et son non-sens, la cause est bonne. Pas pour lui. Non. Pour l’Avocat, c’est son libre arbitre de dire oui un soir et non le lendemain. Il peut vendre à qui il veut. Selon lui.

Mer. De. Merde.

Voilà donc que plus nous avançons dans la bataille, plus mon corps se crispe; plus ma tête éclate; plus mes paupières s’alourdissent; et je comprends tous ces gens qui ont envie de baisser les bras quand un truc du genre leur arrive. Parce que c’est énormément de temps, d’argent, de visites, de signatures, de téléphones, de rendez-vous et d’énergie, une bataille de ce genre. Parce que Mex y a passé toute la semaine dernière, ou presque. Et parce qu’on vit tout près de monsieur l’Avocat qui, lui, a une vie normale et se rit bien du trouble qu’il nous fait.

Il s’en contrefout, en fait.

Nous avons rendez-vous devant le juge la semaine prochaine. Question d’aller valider notre jugement contre le sien. Et, peut-être, d’avoir la chance de croire encore en la justice. Si elle y est.

Ce qui nous fait le plus peur, dans tout ça, c’est ce point précis : l’arrogance de l’Avocat.

On peut toujours se remettre d’un combat perdu justement et bien joué. Cette fois, nous savons que nous avons raison; nous avons les documents pour prouver que nous avons raison, mais nous avons deux défauts majeurs : je suis directrice de communications, Mex est en affaires. Pas avocat. Nous avons d’la gueule, pas de techniques. Et nous devons continuer à vivre et à espérer que justice sera faite, à payer notre avocat, la notaire et le huissier pendant que l’autre sait exactement où sont les failles du système…

Des fois, pas souvent, mais des fois je vois la vie comme un beau gros tas d’emmerdes. Comme en ce moment.

Je sais que ça me fera toute une histoire à raconter à mes petits-enfants. Que ça se règlera éventuellement, positif ou négatif. Qu’à mes 100 ans, je ne m’en souviendrai probablement pas. Mais pour le moment, je suis en géritole de gériboère. Et j’ai envie de prier. Avec plus rien à dire.